Donjon 2 bis PDF Imprimer Envoyer

DONJON 2 (bis)

 Soirée chez Christine, 16 mai 2008       C'est la deuxième fois que nous allons au donjon à une soirée de Christine où il y aura du monde.       Je t'ai dit que cette deuxième fois, je prendrai le temps d'observer, que j'y allais par curiosité, je ne sais pas trop ce que je veux, ce que j'en attends. Mais c'est une vraie fête, grande joie à l'avance…        Très vite, Christine dit qu'elle monte pour que l'ambiance démarre, j'attends de boire un ou deux verres de champagne avant de la rejoindre, pour la voir à l' oeuvre .  Scène 1 :      Dans la grande salle du premier étage, un homme est attaché debout, bras relevés et écartés, jambes écartées, yeux bandés, sexe lié par un bondage, quelques pinces déjà sur le corps.      Christine est en train de le lever, grâce aux poulies, pour qu'il soit suspendu sans plus toucher terre. Charline l'aide. Maîtresses Danaë et Lisiane sont là, et aussi maîtresse Athéna. Rondes entre elles, à qui pose une pince plus ou moins cruelle, qui fouette, il doit remercier en devinant tel ou tel geste "Merci qui? _merci maîtresse Athéna".      Danaë me fait venir derrière le soumis pour regarder. Les coups pleuvent sur lui. Je n'arrive déjà plus à me concentrer? Je ne sais comment je me retrouve à quatre pattes, fessée également, mais narquoise, riant et commentant, mon devenir-soumise incertain. Danaë me capte, essaie, jusqu'à ce qu'elle ait senti que oui, je pourrais bien être sa soumise... Il y a aussi un vieil homme, un sourire épanoui sur les lèvres, pathétique dans une tenue de petite fille en vinyle.       A la porte il y a quelques uns des voyeurs que je regarderai le moins possible toute la soirée, pour oublier leur pénible présence de voleurs, qui prennent mais ne donnent rien, surtout rien, même pas un sourire de reconnaissance quand on croise leur regard, purs parasites, violeurs de la vie des autres (mais au moins il n'y a pas la violence de toutes ces photographies prises sans autorisation et sans vergogne, de la première fois où nous étions venus, avec l'impolitesse de personnes qui ne se présentent même pas et ne demandent même pas s'ils peuvent).        Les scènes s'achèvent. Tu me reproches mes rires, mes bavardages, d'avoir distrait quelque chose de la scène principale, de cet esclave au pilori, subissant les coups et les pinces, violents. Je trouve le reproche injuste. Je ne suis pas responsable de la manière dont Danaë, Charline et Lisiane m'ont prise en charge... Je dois reconnaître que j'ai sans doute fui le spectacle de cette séance SM, parfois les images de ces scènes me deviennent incompréhensibles. Maîtresse Athéna se distingue par la méchanceté de ses coups et de ses interventions. Elle frappe avec une application de sportive.        Ce n'est que très tard dans la soirée que j'entendrai Christine se plaindre amèrement que maîtresse Athéna lui a "volé" le numéro annoncé de la soirée avec cet esclave, qu'elle s'est avec sans gène immiscée dans le jeu. Elle me le dit à moi, je l'entends répéter, le claironner à d'autres ensuite. C'est le bug!... rivalités de dominatrices, cancans, bêtise de l'Athéna indélicate à son insu, ou susceptibilité de Christine qui n'est peut-être qu'un déplacement : quelqu'un lui vole quelque chose, c'était peut-être cela ou autre chose, sa place d'entièrement reine ?       L'une dit à l'esclave qu'il faut qu'il aille manger, se restaurer. Tu m'as dit que l'esclave avait été au bord de s'évanouir... Sollicitude déplacée et tardive après avoir abusé de lui? C'est un homme d'un certain âge, la cinquantaine bien passée, avec un de ces corps pas vraiment laids mais sans beauté non plus, flasque, une peau blette. Ils ont souvent de ces corps peu appétissants, les soumis, un peu gros, relâchés, et on peut avoir envie de les châtier rien que pour cette chair laide, cette bedaine, cette peau blême, poils clairsemés, ces petits sexes inutilisables et dont on ne saurait quoi faire sinon les martyriser d'être si pitoyables.

      Quand celui-ci n'a plus son bandeau, on voit ses cheveux gris, sa coupe de cheveux et sa moustache soignés, une distinction qui transparaît malgré la nudité. Je l'ai vu une dernière fois avant de partir, attendant que Michel ait terminé d'être piétiné par une maîtresse noire. Il est assis, profondément absorbé par ce spectacle, comme un fou, un pauvre fou qui guette, un obsédé, visage triste. Est-ce le même qui sur une table gynéco attendait anxieusement d'être pénétré pendant qu'une autre domina enfilait ses gants en latex ? ...

       Que fait cet homme là, dans ce rôle, dans cette place? Qui est-il? Qu'est-ce que c'est pour lui que ce masochisme qui fait dire à maîtresse Athéna : "celui-ci on peut y aller?" et à maîtresse Christine d'annoncer une séance de SM hard? Hard quoi? Parce qu’il a une bonne résistance à la douleur, ou que son masochisme est profond et qu'il requiert d'aller loin dans le paiement de la dette ?        Je ne vois pas cet homme comme un jouisseur, non, plutôt comme quelqu'un qui ne trouve plus comment jouir. ( Ce pourrait-il que le masochisme soit aussi une ultime ressource pour retourner brutalement la frigidité et l'impuissance, et retrouver la jouissance que la névrose est en train de claquemurer ? ).  Scène 2 :       Entre temps nous sommes descendus aussi. Je me suis plainte à Danaë que tu m'avais reproché mes rires et mon inattention. Discussion dans le couloir. Tu demandes à Danaë de dire ce qu'il en était selon elle de cette séance pour le soumis. Elle dit que tu as raison, une séance ne peut se passer correctement dans un tel climat, de distraction, mais que là quand elle a commencé à jouer avec moi c'était déjà fichu, le courant ne passant pas entre les trop nombreuses dominatrices (cinq en comptant Charline).      Je remonte avec Danaë et Charline, je ne sais plus au terme de quel accord ni pourquoi tu ne viens pas tout de suite (ou si?)      Danaë m'embrasse, me fait avancer devant la glace, me complimente, me demande d'enlever le haut, attache mes poignets en l'air, demande à Charline d'enlever le bas, joue avec moi, m'enlace, comme un serpent et comme une Eve tentatrice. On ne me fouette qu'un tout petit peu. Danaë a passé un gode ceinture, me place debout contre la table, je préfère dans le cul, elle m'encule. Christine passe dans le couloir. Je me moque de Charline, parlant d'une demie femme, d'une demie maîtresse. Je me mets à quatre pattes au pied de Danaë pour lui faire un signe de soumission car cela ne me mène à rien d'être prise ainsi, je flotte, je ne sais ni ce que je veux, ni ce que l'on veut de moi, et Danaë ne me dirige pas suffisamment pour que j'entre réellement en soumission. Et puis d'autres sont arrivés, Lisiane et qui? Tu es là assis dans le fauteuil, on me fesse pendant que Danaë m'embrasse, me capte, dirige aussi les opérations pour que Charline me pénètre. On m'a baillonnée avec une bande velpo : me faire taire et me panser, faire de moi une malade.      Je n'arrive plus à démêler mes sensations, Charline doit me pénétrer, j'ai la tête entre les jambes de Danaë (tu me diras ensuite qu'ils s'embrassaient au-dessus de moi).Toi tu me regardes avec un regard glacial, mauvais, sans l'ombre d'une réponse à mes appels muets. Je commence à m'ennuyer et à en avoir marre, je me relève et arrête, c'est fini pour moi.       Je n'ai pas eu le temps sur le moment de comprendre ce qui se passait, une scène où j'étais au centre apparemment mais où finalement on m'utilisait et on se jouait de moi, au lieu de construire quelque chose autour de moi, avec moi et pour moi comme je le croyais naïvement ( Danaë, à certains moments, pourtant semble chercher ce qui peut me convenir, mais finalement ne me pose pas de question à ce sujet. J'aime bien quand elle joue au petit mec, tout à coup je la crois trans, ça ça me plaît). Lisiane, regard impassible, peu amène, assise sur la table, elle pose ses pieds sur mes fesses quand je suis à quatre pattes. Est-ce à elle que je dois les marques qui me restent? A un moment, debout, je tente de caresser ses jambes, elle me rabroue en me frappant violemment sur le bras, j'en ai encore une trace quarante huit heures plus tard. Elle ne m'aime pas,  c'est le moins qu'on puisse dire. Qu'est ce qu'elle vient faire autour de moi? Sinon me régler mon compte?  

       A un moment au moins, au milieu de cet arrangement et dans le sentiment d'absurdité ou de vacance dans lequel me plongent ces situations où quelque chose de mon désir et de mon excitation est inaccessible, et donc je suis là sans y être, à un moment, donc, cela me traverse l'esprit, que c'est une scène de mes fantasmes, être ainsi à quatre pattes, livrée sexuellement. Mais il manque quelque chose! Sur le moment je ne sais pas quoi! Après coup je  peux dire l'absence totale de respect de l'objet sexuel que je suis devenue ("viande"; digne des boîtes échangistes, écrirais-je) si bien qu'au lieu d'être une scène SM où le maso récupère et inverse quelque chose du traumatisme en le revendiquant et en en étant glorifié, ici la scène, bêtement, méchamment, salement, répète toutes les scènes d'humiliation d'une femme ravalée au rang de viande sexuelle, et le comble, c'est que des femmes dirigent la scène ! Je suis fatiguée, étourdie et j'ai envie de boire un verre... raté !

  Scène 3 :        Christine arrive, me noue un collier au cou et m'embarque deux étages plus haut. Je dois me promener nue avec mes bottes et c'est tout. Ce n'est pas facile.        Dans la salle sous les toits, c'est noir de monde! Quelle horreur ! Pourquoi m'emmène-t-elle ici? J'ai un premier geste vers elle pour la toucher ou l'embrasser. "Qui t'a autorisée?", première gifle violente. La seconde, je ne sais même plus à quoi je la dois. Ce sont deux gifles méchantes, qui font mal, et qui humilient, surtout devant ce public nombreux, où jamais je ne croise un regard amène. Deux gifles pour me mettre au pas, pour me faire plier vite fait bien fait, et me faire savoir qui domine? Mais ai-je demandé quelque chose? Ai-je exprimé le souhait de jouer? D'être soumise? Non. Suis-je bien entendu une maso qui appréciera ? Non plus. Je me suis déjà clairement exprimée là-dessus? De quoi s'autorise-t-elle? C'est pratique d'être dominatrice! On fait comme on veut avec autrui, sans rendre de comptes. On fait des autres des maso qui de toute façon doivent aimer ça, et on en prend à ses aises! Facile la domination! (Encore faut-il aimer ça de cette manière là!).        Je sens les larmes monter, irrépressibles, et la panique en même temps de pleurer devant tous ces gens, peur d'embarrasser Christine, de la mettre dans une position difficile (comment signifier à ce moment là, que je ne veux pas, que je ne peux pas m'en remettre comme ça aveuglément à quelqu'un ? ) . Par égard pour elle je ne dis rien, je lui montre mes yeux mouillés pour qu'elle fasse attention. Elle a demandé qu'on lui apporte une cordelette. Elle me noue les seins, et me fait tenir ensuite le bout de la corde entre les lèvres. Elle vient faire admirer son ouvrage à Alain qui est en train de nouer de la corde blanche sur sa soumise. J'ai honte de pleurer, de renifler comme une misérable, de n'être pas à la hauteur, de me sentir une pauvre fille. Christine me dénoue, me prend dans ses bras, me dit "tu vois pourquoi j'y vais doucement avec toi!" ( non je ne vois pas qu'elle y soit allée doucement avec moi. Enfin ça dépend de quel point de vue on se place, si c'est elle qui compte, sûrement il n'y a pas de quoi jouir sadiquement avec moi à coup de violence. On peut jouir sadiquement de m'humilier, ça elle doit l'avoir bien vu : puisqu'elle a rendu public le statut cette fois sans ambiguïté qu'elle a décidé pour moi : une soumise, point barre, la race des esclaves. Et non celui que je m'aménage, vaille que vaille entre soumission ( en cherchant la résistance d'un maître qui pourtant me rendrait des comptes transparents de ce qu'il me fait) et domination ( je sens de plus en plus mon goût et mon talent à décider des scènes par mon verbe). )       Christine me dit aussi : "tu as senti que moi aussi j'en avais envie, de te dominer..." Non, ou bien si, j'ai bien vu que tu pouvais m'écraser, m'utiliser pour montrer tes talents à maître Alain, m'utiliser pour un numéro public, de quoi satisfaire une partie de ceux qui se pressaient là, "envie de dominer"? , c'est-à-dire de me faire payer mes textes, ou d'oser te tenir tête? , exercer ton talent sans le garde-fou du client à qui l'on doit satisfaction?        C'est dommage, oui il peut y avoir du désir entre nous, oui nous pourrions peut-être jouer, nous mettre d'accord.        De cette scène où Christine me domine, je garde le souvenir d'une plongée beaucoup trop rapide et violente dans un cauchemar, avec le sentiment que mon enfance est là, présente, avec un moment d'affolement où je ne vois plus en Christine que le tortionnaire, où me traverse cette pensée "mais elle est complètement folle", et où je fais un effort surhumain pour ne pas hurler et m'enfuir. Mais me rappeler que c'est un jeu, que je suis dans un donjon, avec une femme qui a l'habitude de faire tout ça, que je ne cours aucun danger, et qu'il faut que je me calme!      
 
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