Masochisme 3 PDF Imprimer Envoyer

 

Masochisme 3

Séance de février 2008 .

Je vais rappeler le contexte : nous n’avons pas baisé depuis longtemps , mettons cinq jours au minimum , peut-être une semaine . C’est toujours pris dans le risque , baiser est toujours pris dans le risque , pour moi , de ne pas y arriver , même si ça n’arrive jamais de ne pas y arriver .Réussir à jouer à deux , que tu me domines est toujours l’horizon pour moi de retrouver le sexuel qui m’échappe , l’excitation qui me fuit , mais ce jeu-là , il est rare que nous y arrivions . ( et puis il y a eu le nouvel épisode F. : qui déboule , et disparaît et joue un drôle de rôle entre nous . Je refuse de continuer à baiser avec elle quand je sens trop que quelque chose déconne et n’est pas clair , quand c’est sa haine à mon égard qui à nouveau se déclare , tu réagis mal dans un premier temps .)

 Le matin au réveil , je te parle de mon père , j’ai oublié quoi précisément , puis je te donne des consignes claires pour que tu joues le rôle de dominateur avec moi .Je te dis que dans mon fantasme , cet homme est froid , qu’il ne donne pas de raison , il ne cherche pas à masquer son caprice sous tel ou tel prétexte , en aucune façon , sa volonté est le bon plaisir d’un roi , brutal , et qui n’a aucun égard .Je me dis que tu ne peux pas ne pas entendre le parallèle avec mon père dont je t’ai parlé dans des termes similaires juste avant : on voit d’où vient mon fantasme , de ma crainte et de mon désir d’enfant , d’avoir eu peur de cet homme-là , d’avoir su enfant ce que c’est que la volonté arbitraire d’un autre qui s’impose sans ménagement simplement parce qu’il en a le pouvoir .Je crois que je te dis aussi combien compte le fait que je sois ravalée , rabaissée , une bonne à rien , une merde .

Quand tu reviens plus tard dans la matinée , j’ai déjà bandé mes yeux , je suis nue , tu m’attaches les mains derrière le dos . Et le jeu fonctionne .Tu as un ton froid , tu ordonnes .Tu me traites comme une traînée . Une salope , c’est encore trop beau , c’est presque un compliment , et moi je suis moins que ça dans mon fantasme , je ne vaux vraiment rien , je suis juste bonne à servir d’exutoire à la violence et à l’appétit sexuel du « maître » . Cela n’empêche pas qu’IL tient à moi quand même , parfois il est content de moi et me console , mais d’abord , IL est sans aucune indulgence à mon égard , je n’existe pas à ses yeux autrement que comme un être d’une espèce très inférieure .

Tu me caresses le sexe , le pince .Dans ce contexte , c’est contre mon gré que monte en moi l’excitation , et une excitation qui me rabaisse encore plus , qui signe la preuve que je ne suis bonne qu’à ça . Tu me frappes avec la cravache , les fesses , le dos , les cuisses . J’ai un peu mal .Parfois , j’ai très mal , je me dis que ma peau est peut-être fragilisée en ce moment par le traitement que je prends tant je ressens vivement le moindre coup .Tu ne me ménages pas , tu frappes , parfois aussi mes fesses à main nue . La douleur n’est pas insupportable , mais pas anodine non plus .Je commence à me laisser aller , à sangloter , c’est dans ma tête que je suis comme choquée , hagarde .Je pleure de plus en plus , et de plus en plus librement quand j’ai été sûre que mes pleurs n’allaient pas t’arrêter , pas t’effrayer . Le temps d’un éclair et je vacille entre jeu et réel : je ne sais plus où je suis , pourquoi je suis battue , quelqu’un en moi se révolte d’être maltraitée , quelqu’un en moi me regarde avec stupeur et n’en revient pas de découvrir que je suis comme ça .ça ne dure pas .Je plonge de plus en plus loin , je pleurniche et je crie comme un enfant , je me sens redevenir enfant , une toute petite fille .Mais en même temps je savoure mes larmes , je sens combien mes sanglots me défoulent , me délivrent , c’est exactement la sensation que j’ai quand nous avons une crise et dispute terribles : je souffre , je peux gueuler que je souffre ah ça oui , et je souffre d’une souffrance parfois bizarre surtout quand cela devient trop visible que j’affabule pour entretenir la montée de cette souffrance .Cette fois-ci : je pleure de ces pleurs qui me défoulent , mais sans la crise , pour rien , dans le jeu et l’excitation sexuelle qui l’accompagne . L’expérience est même comme la meilleure confirmation qui soit que dans nos crises , quelqu’un en moi cherche satisfaction par tous les moyens , et que ce qui se ressent consciemment comme souffrance est bien une jouissance inconsciente , une jouissance à la lacan .

Ce fantasme qui est au cœur de mon excitation sexuelle , comporte des éléments extrêmement précis , qui ne doivent pas être modifiés , des détails qui ont une importance décisive ( le ton de voix , les attitudes qui explicitent le plus exactement possible le rapport d’infériorité ) , et en même temps , mon fantasme comporte des zones d’ombre , des choses que je ne sais pas : on dirait un tableau à compléter ou un puzzle à reconstruire . (Parfois j’admire que certains connaissent si bien leur fantasme , qu’il soit déjà si élaboré si construit : je voudrais interroger ces gens : savoir depuis combien de temps ils le cherchent et l’élaborent , comment leur vient leur savoir de ce qui va les faire jouir .) Les éléments précis sont tout aussi énigmatiques : d’où viennent-ils ? Quelque chose s’est imprimé un jour qu’il faut retrouver ? Ce sont des petits cailloux de poucet ou des chaînes d’objets petit a à la lacan ? Ce qui n’est pas connu du fantasme laisse de la marge à l’expérimentation .

Dans cette séance , j’ai l’impression de voir ce que je conjecturais :là où se croisent masochisme moral et masochisme sexuel .Mon fantasme est le lieu où l’excitation sexuelle peut venir s’accrocher à la jouissance à la lacan . Mon fantasme est le lieu où la scène traumatisante et la blessure font la bascule et aboutissent à l’orgasme .

A la suite de cela , à la fois pour comprendre mon fantasme et sa difficulté à trouver sa réalisation , je reviens à une différence , selon moi , entre le masochisme des femmes et celui des hommes .Pour moi le masochisme masculin est toujours plus ludique , ou du moins toujours dans la jouissance de la transgression et le pied de nez aux figures du pouvoir , pour un homme , jouer au soumis , c’est s’auto-destituer , c’est jouer à renoncer temporairement à son pouvoir .Pour une femme , ce n’est pas pareil , elle est de fait ou historiquement déjà destituée , guère ou pas respectée : jouer à la soumise est risqué ! D’où la nécessité de bien mettre en place la distinction entre « moi » à consolider ( un narcissisme défaillant et toujours intéressé par une humiliation qui fait souffrir moralement ) et « moi sexuel » , le jeu SM ne doit pas toucher au « moi » défaillant ( mais en tenir compte , le flatter même !) …Voilà pourquoi le Maître est Janus : il a en charge deux « mois »

Il y a des femmes qui s’engloutissent , et se perdent ? , dans une relation SM , où elles vont plus loin que leur propre désir , pour obtenir cette jouissance masochiste absolument nécessaire .Il y a des femmes qui restent avec des hommes qui leur en font baver .Le masochisme féminin est Moloch qui impérieusement cherche à se satisfaire ! Il est l’envers de la domination masculine .Par leur masochisme , les femmes répètent indéfiniment le traumatisme d’être vouées à être femme et quand c’est possible demandent et obtiennent réparation , par le biais de leur jouissance sexuelle sous le fer du bon génie , le Maître capable de ne pas abuser d’elles à nouveau …bref le maître devenu femme .

 

 
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