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DANS LES QUESTIONS DE GENRE ET DE SEXUALITE

 

(Intervention au Centre LGTBIQ Lille 27 octobre 2010 association « Les Flamands Roses »)

 

Je voudrais partir de l’opposition entre genre et sexualité, pour démarrer. C’est une opposition qui a permis de clarifier les choses, d’arrêter de confondre par exemple homosexualité masculine et genre efféminé. On n’a pas forcément le genre qui correspond à son orientation sexuelle.

 

Ce sont les LGTB qui ont fait tout ce travail pour mettre à jour et questionner ces normes invisibles mais bien présentes du système hétéro-centré.

Mais du point de vue des gays et des lesbiennes , une femme qui a des relations majoritairement avec des partenaires hommes est donc une hétérosexuelle (comme moi par exemple !) .Comment se fait-il alors que cette étiquette ne convienne pourtant pas toujours .Une femme qui ne correspond que peu aux critères dominants de la féminité , féministe , allergique aux rapports de séductions traditionnels entre hommes et femmes et refusant les rôles préétablis de l’univers hétérosexuel est-elle pour autant , parce que ses partenaires sont de genre masculin, hétérosexuelle ?

 

Donc il faut chercher qui on est , à quelle catégorie on appartient , chercher ses pairs , et pour cela des catégories autres, nouvelles, dont on n’a pas l’habitude, peuvent être des bouées pour arriver à comprendre ce qu’on ne comprend pas.

Et en fait , si je me prends pour exemple , c’est grâce à des amis « homos » que la question de mon genre a pu être mieux nommée.. Par exemple, Patrick Cardon qui m’a dit un jour « toi, t’es pas une femme, t’es un pédé », ou une copine butch qui m’a traitée de « tapette »…

 

Là où cela se complique, c’est du côté de la sexualité. Lorsque les fantasmes excitants sont en contradiction avec le « moi » : par exemple que faire de fantasmes de soumission quand on est féministe ? Là encore , c’est du côté des LGBT que l’on peut trouver des solutions que le SM hétéro ne donne pas . En découvrant l’existence de lesbiennes S/M par exemple : si des femmes jouent sexuellement avec les rapports de domination, ce n’est pas pour reproduire le schéma de la domination masculine. Et cela permet aussi de mieux apercevoir que le S/M « joue » la rapport de pouvoir .Cf Pat. Califia , Sexe et Utopie .

Et si on a compris grâce à Butler que le genre est performatif, on peut donc jouer les rôles du dominant et du dominé, qui sont dénaturalisés: l’homme n’est plus l’éternel dominant, et la femme n’est plus naturellement soumise et maso . Tant que l’on est assigné en tant que femme à une sexualité féminine hétéro , la sexualité est forcément difficile , c’est un lieu conflictuel où l’on se débat là aussi contre les modèles dominants de la domination masculine et de l’hétéro-centrisme . Or les solutions sont bien à rechercher du côté des nouveaux modèles . Le dernier film de Virginie Despentes , Mutantes , donne la parole à des féministes américaines et espagnoles prosexe qui affirment clairement le détournement de la domination masculine dans les jeux sexuels BDSM .

 

Les catégories sont un carcan qui empêche de vivre, de jouir, mais les catégories sont aussi nécessaires pour chercher qui on est et ce qu’on veut.

Ceci dit se catégoriser est un vrai travail, qui nécessite un va et vient entre théorie et pratique, (norme et invention). On essaye des catégories sur soi pour voir si ça nous convient, si ça s’ajuste:

-L’étiquette « bi » par exemple , est particulièrement difficile à porter : c’est être traître des deux côtés : du côté hétéro et du côté homo .

-On peut affiner sa compréhension de soi-même au lieu de vivre les tensions entre des modèles contradictoires : on peut être une femme hétérosexuelle apparemment , mais en fait dont les partenaires masculins pourraient être qualifiés d’hommes lesbiens (et féministes) , ou bien être lesbienne mais néanmoins préférant les lesbiennes qui ne sont pas allergiques aux hommes .

 

Pour la « question » Trans’ :

 

Je vais partir des catégories issues de la psychiatrie, mais qui me permettent de m’orienter: l’opposition névrosé / pervers, qui est pour moi une ligne de partage fondamentale.

Les névrosés = les « coincés », et les pervers = les pas coincés !

Les névrosés jouissent d’eux-mêmes, les pervers jouissent du sexe.

C’est la ligne de partage des féministes américaines pro sexe, contre les féministes antiporno.

Pour les Trans’, c’est une dichotomie qui pourrait aussi mieux fonctionner, comme pour tout le monde, pour ne pas mélanger les « pro sexe » et les « pro identité »…

 

Je connais des Trans’ pour qui la transition est branchée sur le sexuel, clairement. La transition est ce qui permet l’accès à la sexualité ou à un pan de la sexualité impossible avant la transition. Et alors être Trans’ sexuellement, c’est peut-être une manière non phallique de jouir, sûrement non hétéro. C’est une manière féminine ou queer de jouir.

Mais pour d’autres Trans’, la question de la sexualité est silencieuse, ou douloureuse, je ne sais pas…

 

CONCLUSION

 

Je suis pour les « catégories », mais à inventer sans cesse. Mais avec l’idée que pour moi c’est moins une question d’identité : « qui suis-je ? », qu’une question sexuelle : des catégories pour m’orienter et comprendre ce que je désire.

Et je pense que s’il y a lutter contre les catégories « psy », pour les Trans’, il y a une alliance à faire avec les « pervers », ceux dont la sexualité est considérée comme « hors cadre » par les hétéros bien normés : une sexualité toujours guettée par l’Etat ( sa surveillance , sa confiscation ) , par la société de consommation aussi qui singe , digère , commercialise et défait de toute sa substance ces éléments créatifs .

 

 

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