Autobiographie de Catherine A. 3 PDF Imprimer Envoyer

 

 

 

C’était Paris , les années d’étude .J’ai fait connaissance avec madame l’Angoisse , et je l’ai beaucoup beaucoup fréquentée toutes ces années- là , j’ croyais alors que c’était normal : du genre la pression des classes prépas quoi …pis y avait pire que moi , cette jeune fille en hypo qui a commencé à venir en pointillé au cours , s’amaigrissant spectaculairement , plus un bout de gras en trois mois , perdant tout ce petit côté chiant et vindicatif et mêle tout qu’elle avait à la rentrée pour n’être plus qu’une ombre , au regard absent , qui se pointait en cours sans tenir compte des horaires , comme un zombie à qui plus personne osait rien dire et qui ne comprenait plus rien quand on lui adressait la parole .Là ça tournait vinaigre , moi ouf , j’étais sauvée que j’ croyais ! même si j’avais le ventre noué , même si je passais des nuits blanches sur un terrorisant devoir de français pour courir le rendre la gorge sèche et le ventre toujours noué et à deux doigts de vomir dans l’ métro pour aller au Lycée Claude Monet , même si je restais sèche incapable de rien avoir dans le cerveau qu’un grand blanc pendant les quatre heures de DS de philo , tout ça c’était normal .Et l’année d’après , les allergies avec grosses plaques rouges démeangeantes sur tout le corps , puis un petit zona , faillir tomber dans les pommes à la fin du concours blanc en rentrant chez moi par la rue Soufflot , c’était rien , c’était les visites de Madame l’angoisse , c’était les effets secondaires de la mise en place du gros gros couvercle sur ma vie sexuelle , sentimentale , ma vie tout court si on considère que sans amour et sans sexe c’est pas tout à fait la vie qu’on vit mais juste un truc qui y ressemble en apparence : moi aussi j’étais devenue Zombie , mais discrètement : fallait surtout pas que ça se voit parce que dedans j’étais terrorisée et morte de honte .

 

Bon je vais pas continuer le lamento-trémolo de mes petites misères , ça commence à me peser sérieusement tout ça au point que même me relire j’attends des jours de grande forme ! Vous , j’ sais pas , ça doit pas vous faire comme à moi j’imagine , ou vous auriez déjà laissé tomber ?Et où je vais comme ça ? Faudrait quand même pas arrêter ce boulot avant d’arriver à la résurrection , sinon ça rimerait à rien de tartiner du mélodrame de fifille frigide pendant des pages .Le problème , c’est que j’fais comment avec mes quinze années rideau vu qu’à part parler de cul j’ai pas trop de goût aux aut’ sujets de conversation !

 

En six ou sept années à Paris , j’ai baisé combien de fois ?sur les doigts

de la main ?

 

Chapitre 33 : Mon frère tox .

 

Bon ben , on va faire un petit tour en arrière ! c’est pas tout ça mais j’ai pas encore éclusé tous les tenants-aboutissants !Tiens tiens ! retournons faire un petit tour par exemple au milieu des années 70 , tiens dans les années qui précèdent la prison pour Yves et mes visites avec Maman à Fleury Mérogis le samedi après-midi (c’était un chouette début de week-end , y a pas !)

Il y a eu la période où Papa et Maman ignoraient semble-t-il que l’artiste se droguait , puis il a fait une de ses overdoses à la maison , les pompiers, tout le bordel et moi qu’on envoie faire mes devoirs chez une copine .Le soir , visite du médecin et ami de la famille , re : va dans ta chambre Catherine c’est des discussions pas de ton âge ! j’écoute en douce dans le couloir .Bref après ça on peut plus ignorer et toute la famille se met à potasser le thème : on lit plus que des livres sur les drogués à la maison et sur les cures de désintox’ : la clinique du docteur Olivenstein et compagnie , et des témoignages de camés à donner froid dans le dos !

 

Alors : deux scènes des années tox du frère chéri .On part aux sports d’hiver à Flaine , comme d’hab’ , sauf que y a plus que Eric et moi les plus petits et cet hiver là et ben Yves aussi , il a les cheveux teints au henné , un bonnet gris et vert avec pompon exactement tartignole détourné qui va être La touche je ne suis pas comme tout le monde griffe Yves A.Les apparts au ski c’est tout petit : y a une chambre séparée et le living , dans la première on met les garçons ensemble , à savoir le petit kiki qu’a quoi ?bah dans les trois quatre ans , et Yves dans les dix-huit dix-neuf .Moi , zut, je suis sûrement avec papa et maman alors que j’aurais préféré être avec Yves que je quitte pas d’une semelle pendant la journée vu qu’on skie mieux que les autres tous les deux et plus vite et voilà .Moi j’ai douze ans , Yves est très très cool et très gentil avec moi , il arrête pas de blaguer , on fait du hors piste , j’ai même eu les jetons de ma vie sur une descente de piste noire fermée et absolument déserte personne pour venir nous ramasser avec les civières oranges au cas où ça tourne mal et devant moi un schuss dément et surtout une remontée en face terrifiante : un mur vertical de six ou sept mètres de haut avec même une bosse comme un ourlet à l’arrivée : j’ai la trouille et je n’arrive enfin à me lancer à fond parce qu’y a pas le choix qu’en entendant Yves qui rigole et qui jubile et qui dit que c’est rien que ça va être rigolo ! J’ai les boyaux en position essorage pendant toute la descente , y a pas intérêt à se planter parce que le remontée elle est absolument impraticable à pied et sans élan ! je remonte le mur vertical en hurlant sans savoir si je vais arriver jusqu’en haut et puis cette dernière bosse qui pourrait me renvoyer en arrière et ouf tout juste je me retrouve vivante en haut .j’ai encore plus la trouille après qu’avant , c’était encore pire que je croyais , je reviendrais jamais plus sur cette piste .J’ai tellement eu peur que j’ai les jambes qui se dérobent , je suis plus tout à fait sûre non plus que ce soit une bonne idée de faire aveuglément confiance à mon grand-frère .A part ça , c’est cool , on skie tous les deux , y a que quand il part dans les sapins pour pisser que j’en ai marre d’attendre en me gelant au milieu d’une piste parce qu’il met des plombes c’est pas croyable , mais je pose pas d’ question , je me pose pas d’ question , on se pose pas d’ question à cet âge là .Une nuit papa se réveille parce qu’il y a de la fumée : Yves avait mis son bonnet sur la lampe au dessus de son lit pour ne pas gêner le petit mais il s’est endormi et le bonnet gris et vert à pompon il a cramé à deux doigt de foutre le feu à l’appart’ sans que ça le réveille le frérot ! Bref c’est que après l’overdose à la maison qu’on saura que y avait danger avec un tox qui se faisait sa demi douzaine de fixe aux vécés et dans les sapins où y passait des plombes .

 

Chapitre 34 : La scène qui me file des doutes sur l’innocence de ma mère .

 

L’autre scène c’est après , on est tous au courant qu’il se came , papa et maman ont vainement essayé de faire quelqueu chose , je sais pas trop bien quoi d’ailleurs , à cette époque comme il va plus à l’école et qu’à 16 ans ça fait désordre , papa a essayé de le mettre au lycée de Cachan en se disant qu’il aurait un oeil dessus par exemple le midi parce que c’était près de l’ENSET , mais ça a pas traîné qu’il s’est barré d’ ce lycée , pis après c’est au lycée de C… , celui où maman travaille qu’ils l’inscrivent et il doit venir habiter chez nous à plein temps , mais là aussi ça traîne pas et il se barre au bout de quelques jours .Maman est scandalisée qu’il l’ait vue payer son chèque de cantine et qu’il se soit quand même barré sans dire au revoir deux jours plus tard .Plus tard il revient habiter à C… , il travaille au supermarché rayon boucherie , beurk : il faut racler le vert des steaks plus trop frais avant de les refoutre en rayon sous un cellophane tout neuf , qu’il raconte , là non plus il tient pas longtemps , je dirais même pas quelques semaines , non moins , ça doit être quelques jours , et puis rebelote ,il disparaît au grand dam des parents .Pis y revient encore un peu habiter à C… , mais il travaille à Paris , dans un casino il paraît , il a la veste blanche aux poches cousues de l’emploi , un jour qu’on va aux puces avec lui , Isa et moi , on est à peine arrivés qu’il nous plante là : j’ai autre chose à faire alors que son boulot commence trois heures plus tard , pis l’overdose pis tout qui s’éclaire enfin dans la cervelle des parents qui comprenaient rien à rien , et les rares fois où il réapparaît à C… , il est de plus en plus maigre de plus en plus zombie : c’est la came qui l’attaque de plus en plus profond et qu’en fait une épave .

Bref , c’est en 1976 ou 1977 ,quelques mois avant qu’il se fasse arrêter pour attaque à main armée , il fait beau , je dirais mai ou juin , c’est repas de famille un beau dimanche ensoleillé , y a peut-être pépé et mémé , peut-être aussi Francette et Roland , Yves doit arriver pour le dessert .On a fait de la tarte aux fraises pour la grande occasion , maman m’a toujours réquisitionnée pour les tartes , les confitures et autres épluchages divers , j’ai jamais refusé , jamais même pensé que je pourrais , exécution sourire aux lèvres du petit soldat à sa maman qu’a été très très surprise ensuite de voir que petit frère n’avait pas droit à ce traitement de faveur des heures de réquisition à la cuisine .Bon bref , tarte aux fraises , repas , Yves va sûrement bientôt arriver , sûrement qu’il arrive en train et qu’il remontera de la gare à pied , à moins qu’il ne téléphone , il ne téléphone pas , il est deux heures il ne devrait plus tarder , il a promis qu’il serait là pour le dessert , etc. Je me souviens que je décide d’aller à ses devants par l ‘allée de Lorraine , il fait doux , je poireaute comme une amoureuse transie au bout de l’allée du lotissement de pavillons , un quart d’heure , puis encore un aut’ quart d ’heure , et pis je sais plus et que j’en ai ras le cul de poireauter alors je retourne , j’arrive dans la salle à manger par le jardin et la terrasse , c’est ma mère que je vois en premier avec sa pelle à tarte suspendue en l’air , des yeux ronds et qui me fait signe , comme à une gamine qu’attendrait le père noël qu’il est là , dans le coin en face d’elle , qu’IL est arrivé celui que j’attendais que nous attendions , que qui finalement attendait avec tant de ferveur ?MOI ? Ou Maman qui me téléguide comme son petit soldat de plomb préféré , archi docile ? Je revois cette scène , ma déception d’avoir attendu pour rien , d’être à contre temps , de l’avoir manqué quand je me croyais la petite missionnaire privilégiée chargée de l’accueillir , la tête de ma mère qui joue une comédie que je ne comprends pas , qui me fait croire au père noël , au fils prodigue , au grand frère chéri , et pourquoi pas à mieux encore ? C’est qui qui me l’aura fourgué dans la tête que ce serait mon frère préféré , le préféré au fond de mon cœur de petite fille et ensuite etc. . Sur la terrasse , vingt ans plus tard , quand on s’est installés Christophe et Moi pour lui annoncer quelques petites nouvelles familiales à ma mère , du type : tu savais pas maman que papa avait couché avec ta fille aînée Isa quand elle avait quinze ans ? tu savais pas Maman que j’ai des problèmes sexuels avec Christophe et que pour tout dire on a pas de sexualité du tout ? tu savais pas maman que Yves il avait couché avec moi quand j’avais dix-huit ans , tu sais , quand il est sorti de prison ? Enfin toutes sortes de petites choses familiales comme ça que maman a TRES bien pris d’ailleurs , elle avait l’air juste un peu songeuse sur la terrasse , l’air de rien , ni exclamation , ni colère ni rien , juste quelques phrases sur le ton des choses courantes : ton père a couché avec ta sœur ? ah , je l’ignorais , Maurice B. du conseil municipal est inculpé lui , il paraîtrait qu’il a couché avec une de ses nièces , une enfant attardée … Yves ,il a toujours été si gentil ,je me souviens d’un jour où il est entré dans la salle de bain et j’ai bien vu qu’il regardait dans l’ouverture de mon peignoir …sourire vague et rêveur de maman … Ne vous en faites pas les enfants , votre sexualité , ce n’est pas dramatique , ça arrive à tout le monde , ça va s’arranger , vous vous entendez tellement bien , ça ne peut pas être grave , bon on va ranger la cuisine ?

 

Chapitre 35 : Revisiter le passé .considérations techniques bis .

 

 

En temps ordinaires vous vous demandez guère pourquoi vous aimez votre papa et votre maman , votre sœur et votre petit frère , et pis vos demi-frères , même si les uns ou les autres vous énervent quelques fois , vous doutez pas , c’est les sentiments quoi de plus NORMAL ! C’est beaucoup plus tard que j’ai commencé à avoir des doutes , et même à douter de tout , à tout revisiter comme si rien n’était plus normal , de toutes façons c’était vrai , il y avait plus rien de normal dans une famille où ça commençait à se savoir qui avait couché avec qui qu’aurait pas dû !

 

Finir par penser que mon frère préféré est un salaud ou un pauv’ type , j’y ai mis le temps , m’a fallu des évidences que j ’pouvais plus éviter ,m’a fallu apprendre à supporter que quand on dit rien , quand apparemment y s ’passe rien dans cette famille ça veut rien dire voire le contraire …

 

Et pourquoi j’avais aimé ce frère-là , ça m’a p’u paru une histoire ni naturelle , ni une évidence , ni une histoire d’amour un peu magique , ni un destin , ni rien du tout de poétique , mais une saleté qui a contribué à me pourrir la vie et pas qu’un peu …

 

Allez , j’ fais un saut vers une époque ultérieure .

 

Chapitre 36 : Où je m’aperçois que je me suis passablement fourvoyée à propos du père de mes enfants .

 

J’ai la quarantaine , si si …, ça fait déjà une paire d’années que j’ai divorcé de Christophe .ça a été un divorce houleux et foireux , comme j’aurais jamais cru ! C’est à partir du moment où c’était irrévocable que je ne voulais plus continuer avec Christophe que j’ai commencé à voir le larron se découvrir dans toutes ses filouteries de p’tit mecton qu’a jamais imaginé être quitté ni que quelque chose qu’il a pas décidé lui arrive dans sa vie .Au début , je m ’suis dit : ça va lui passer , une fois que ça sera terminé ce foutu divorce , il va se calmer , on trouvera notre vitesse de croisière de papa maman bien élevés qui assurent pour leur marmaille . QUE NENNI ! FOIN ! Sa majesté s’est révélé au grand jour comme pire tyran abusif comme jamais vu : blessé Sa Majesté ! Je ne m’adresse plus à Votre mère , Je ne lui pardonnerai jamais ! Elle n’existe pas ! Vous les gosses , faites comme vous pouvez ,pour moi elle n’existe pas ! Bref élever des gosses avec un père qui ne vous dit même pas bonjour , en garde alternée , qui est psychiatre et qui n’est pas censé ignorer que ses conneries ont des effets sur ses enfants , mais en leur faisant croire qu’il n’y a pas d’autres solutions et qui préfère donc faire passer avant tout SA vengeance de petit mecton : ça vaut l’ détour et vraiment j’ai été AVEUGLE parce que j’aurais jamais imaginé une chose pareille de Christophe , j’ croyais bêtement qu’y avait un minimum de dignité , de vérité , ben non … Et y me fait tous ses sales coups en douce via les gamins qui y comprennent d’abord quedal et qui doivent trouver ça lourd …Parfois , il me faut plusieurs mois pour découvrir un nième pot aux roses de petites saloperies : par exemple que numéro deux il a plus fait caca pendant trois semaines l’année dernière tellement que ça le nouait son inscription au cheval qui supposait négociations parentales , or négocier quand le père ne veut pas et que la mère est même pas mise au courant qu’il y a sujet de négociation , évidemment qu’y a de quoi plus pouvoir chier , mon pauv’ titi , son père a fini par le savoir qu’il avait mal au ventre à plus pouvoir et à lui donner un laxatif , et à accepter de pas me faire tout payer de son sport de luxe pratiqué avec sa nouvelle Madame Pépette par ici les Pépettes , et sa fifille , qui montent à cheval de mère en fille , se sont fait payé un cheval à mesdames leur Pomme au Jockey Club du Croisé …Zavaient qu’à faire du foot mes garçons puisque leur mère qui fait la maligne a pas les moyens , enfin bref , j’ vous passe les peu-reluisants détails …

 

Bon donc , moult années se passent après le divorce et rien qui s’arrange , nan , pire même : un Christophe en père salopard qui manipule les gosses pour jouer les folles victimes de la odieuse mère harpie on fait pas pire …Moi : putain mais c’est quoi ce cauchemar qui dure d’un connard qui fait du mal à nos gosses que je passe mon temps depuis des années à remettre d’aplomb une semaine sur deux pour qu’il me les redémolisse la suivante , nan mais je rêve : c’est pas du tout comme ça qu ’j’avais envisagé le boulot de mère moi , ah non mais pas du tout du tout , pas cette galère , pas ce marécage foireux à perte de vue , ah non , j’avais déjà pas trop la vocation question gosses mais si on m’avait dit ce qui m’attendait !!!! les mains dans pire que du cambouis ad aeternam ! le cœur à l’envers de voir mes pucerons grandir dans c’ merdier , et pis c ’t’humeur de guetteuse , de mère poule aux aguets , qui se repose jamais tant y en a des coups bas , qu’on sait jamais d’où qu’y vont v’nir !Là aussi , comme dab’ j’ai été un peu longuette à la détente , j’en revenais pas , un mec avec qui j’avais cohabité 20 ans et que je croyais connaître , comment c‘était possible de se gourer à ce point , nan mais j’étais CONNE ou quoi ???? J’aurais quand même dû avoir des doutes AVANT !!! ça m’est revenu par petits bouts , par petits saisissements au réveil le matin : d’un coup je m’ rappelais , mais ce connard , si y m’a dit que pendant toutes ces années où on vivait ensemble , il se branlait comme un malade en cachette , ça y m’ l ’la dit quand on a essayé de parler et d’éviter la rupture quand y a eu d ’l’eau dans le gaz à plus pouvoir remettre le bouchon : et moi , non mais trop conne , quand y m’avoue ça , l’air peiné : je me masturbais comme un malade en permanence , moi , je pense , ah , ben oui le pauvre avec une nana frigide comme moi , ben le pauvre il était mal loti , ça se comprend qu’il s’astiquait sa petite queue éplorée ! bref c’était d ’ma faute ! donc , c’est que y a pas si longtemps qu’un matin au réveil j’ai le cœur qui bondit dans la poitrine et que j ’me dis mais merde , si il passait son temps à s’astiquer , c’était qu’il devait être drôlement excité le p’tit salaud , non seulement il allait voir les putes , mais il se branlait à la place de penser disait-il : encéphalogramme plat mais quequette alerte en permanence , pas comme moi alors , où c’était des années plutôt le contraire , chatte au congélateur et des miracles en dissertation littérature et compagnie ! Et c’était QUOI qui l’excitait le p’tit mec qui vivait avec une nana frigide et angoissée ? Ben nan Catherine , y bandait pas par compassion , ah ça , y savait prendre ses faux airs de chien battu , mais réalise cocotte : c’est qu’ ça devait bien l’exciter de te voir souffrir : y avait pas mieux comme stimulant , arrête de faire la conne comme si t’avais jamais su qu’ c’est un sadique pure style , rétention du caca , d’ la tune , d’ l’amour , des mots , de tout , un sadique que sa mère a rendu propre pour ses un an !!! C’était le beau résultat d’la fixation po-pot grave de la folle du nettoyage parfait !!!

 

Bon bref , je m’suis gourée , gravement .Les illusions perdues , chez moi , c’est long , c’est lent , ça dure …

 

Chapitre 37 : L’anniversaire de Papa l’année de mon divorce .

 

Alors voilà côté deuxième larron ! Eté 2002 , je viens de me séparer de Christophe , depuis quelques mois , je viens de trouver une maison à louer , je vais déménager .En février , j’ai dit STOP , je continue plus , j’arrête là avec ce p’tit con qui arrête pas de me faire souffrir , qui n’arrive plus à me parler : le déclic ? Numéro 2 : il a trois ans et demi , il ne rit plus jamais , il ne sourit plus non plus .Numéro 1 , c’est sûrement guère mieux , mais le petit c’est trop dur .Je réalise : il faut arrêter ça , sauver les gosses , fuir .

En Juin , Papa nous invite tous , tous ses enfants et Nicole 2 les siens .C’est pour fêter son anniv. Tiens j’ai pas vu mes frangins depuis un p’tit moment .J’suis là avec mes deux loupiots .Pas Pat qui est de l’autre côté , dans ma vie vivante , mon île , mon sauvetage réussi et ma baise retrouvée , ça ne se rencontre pas encore : Pat n’existe pas encore ou à peine pour ma famille , pas encore…De ce côté-ci , dans ma famille , je saisis pas encore dans toute son étendue ce qu’elle me fait ma famille à la con , je crois encore au mythe , j’ai pas encore fini d’en baver , je suis encore bien le nez et le reste dans la glue ! La soirée barbecue c’est tellement lourd que je prétexte la grosse fatigue pour m’éclipser et me coucher à l’heure de la marmaille avec mes deux numéros .Dehors , je les entends qui rigolent , depuis que je ne suis plus à table , y se sont soudain déridés , ça me fait mal au cœur , j’ai raté quelque chose .Quand je repars le lendemain après-midi , y s’est rien passé ,tout le monde sait que j’ divorce , personne ne m’a demandé si ça allait , Yves m’a pas dit trois mots , et c’est pas façon de parler : il m’a dit « bonjour » et « au revoir » le lendemain ! j’ai juste su que c’est pourtant lui qu’avait fait hurlé de rire toute la tablée en se foutant de la gueule de sa femme après que je soye partie au lit hier soir , tiens donc ! c’est moi qui l’empêchait de se lâcher ? J’ai quand même la promesse de mes deux autres frangins de v’nir donner un petit coup de main pour enlever les moquettes et le vieux papier peint dans ma nouvelle casbah , c’est déjà ça .Bon , donc RIEN .Sur le front du deuxième larron : pas de signal , pas de courant , le mec, j ’me dis encore, abîmé grave , qui sait même pas dire trois mots, qu’a l’air d’un handicapé .Je suis encore AVEUGLE , z’allez voir !!!

 

Chapitre 38 : Anniversaire de Papa bis : cette fois avec mon détecteur de mensonges et perfidies .

 

2004 , rebelote , c’coup-ci c’est la soixante-dizaine du pater qu’on fête , les invitations sont élargies , y a mon oncle et ma tante , des cousins la sœur de ma grand-mère , etc. : pas question de déballer du linge sale : pas de lessive ce coup-ci , y a trop de monde , fait-exprès ! c’est qu’y en a qu’ont commencé à s’ méfier ! C’coup-ci j’ai Pat dans mes valoches , qu’il voit tout ce beau p ’tit monde .C’est aux alentours du 14 juin , c’est peut-être même le 14 juin , mais papa a pas pensé fêter SON anniversaire et le mien , nan , le SIEN , c’est tout .J’lui offre un petit choix de littérature érotique : un vrai cadeau de mes dernières bonnes lectures , mais aux yeux et aux sus de tout le monde , c’est juste un p’tit peu inconvenant , mais pas d’inquiétude , personne va rien dire ! y a pas de danger ! dans la série motus j’ai commencé enfin à capter qu’ on grimpait des sommets , qu’on remportait des marathons , chez les Zanziant ! Heureusement qu’y a trop de monde ! Ma tante m’évite , tiens donc ! j’finis quand même par coincer mon oncle : dis donc Roland , tu aurais quand même pas gardé pour toi ce que je t’ai raconté à l’enterrement de mémé il y a sept ou huit mois ? Tu l’a quand même dit à ta femme que mon père , son frère, avait couché avec sa fille aînée et le palmarès complet de nos petites affaires incestueuses ? Oui oui ? tu lui as dit ? bon , ben c’est tout .Donc motus par ci motus par là .Tiens y a aussi la fille aînée de JP , elle a un drôle d’œil quand elle regarde son père celle-là : elle répond à sa petite vanne avec une mine : arrête tes conneries , c’est pas la peine de mentir , je sais à quoi m’en tenir avec toi : voilà tout ce qu’il dit son petit air à ma nièce ! Bingo : je m ’dis c’est pas vrai ! ça continue ! à tous les coups il a réussi à coucher avec sa fille , à reproduire joyeusement le brillant modèle paternel ben voyons , le JP , on pouvait s’ douter q’il allait pas s’arrêter là , après avoir tenter sa chance de mettre sa queue , chez madame sa belle-mère , Nicole Un , y a lurette , mais aussi chez sa sister number one fraîchement divorcée , puis près de la deuxième , tant qu’à faire tant qu’à foutre ! , les rateaux le refroidissaient pas ! chez sa fifille ça a dû être du beurre à côté de nous trois ! Bref , sur ce p’tit air de ma nièce , je brode la suite du feuilleton « j’ai couché avec ma fille ou ma sœur » le préféré des mâles de la famille qu’ont la queue qui les démange ! Pat fait le gentil .Je sais pas si y a que moi qui sais que j’ai emmené le loup dans la bergerie : c’est quand même un psychanalyste ! alors l’Oedipe et nos couchailleries familiales ça va pas l’effrayer ni le rebuter d’y aller voir de près de quoi il a retourné .Le larron Yves se faufile, air peiné et concentré pour faire un brin de conversation à Pat qui quand même l’entreprend un tout petit peu , politesse et voyons voir un peu .Bon c’est tout .Pat a VU le tableau .On fait ça beaucoup entre nous deux : on se montre des trucs de notre passé respectif , on sait que maintenant l’autre est notre meilleure paire de lunettes ! qu’il va VOIR ce que notre famille nous empêche de voir . Jackpot !

 

Chapitre 39 : Où Papa commence sérieusement à m’énerver , où j’écris à tout le monde , et où plus personne ne me parle .

 

 

Bon c’est quelques mois plus tard , peut-être même un an .J’ai envoyé une lettre mémorable à tout le monde .Une lettre à mes quatre frères et sœurs et leurs conjoints(pas de petit secret familial sur le dos des conjoints surtout pas dans c’te putain de conjoncture !) , pour dire que j’en ai marre assez bavé du motus familial , pas envie de transmettre le bébé à mes enfants sur le même mode motus mortifère , et une haine de révolte contre le pater qui m’étouffe , je m’en étrangle tellement il m’énerve à mesure que mes yeux se décillent , et que lui , de rien n’était , croi’zencore qui va faire régner sa loi et jamais rendre des comptes , or des comptes je lui en demande , du moins tout gentiment des : raconte papa ce que j’ai besoin de savoir en tant que ta fille : comment ça s’est passé et pourquoi tu as quitté manman ?Et lui , y rétorque , que ben non , ça me regarde pas ! j’y crois pas , il me prend pour une gamine de cinq ans ou quoi ? il croit qu’il peut dire ça : ça vous regarde pas les enfants ce qui s’est passé entre vot’mère et moi alors qu’on trinque de leurs conneries et de leur cirque de couple merdique depuis des lustres et lui qui me répond comme ça : ça ne te regarde pas ! alors que des années j’me suis tapé ma mère à m’occuper de la grande déprimée , à gâcher mes vacances pour pas laisser tomber manman en mauvaise posture vu que papa filait avec l’autre pute sans crier gare , et il me répond : ça te regarde pas ? alors que ses conneries m’ont pourri mon adolescence et la suite à plus soif ?ça te regarde pas ? j’reste pas sur le cul , non , je HURLE ! COMMENT ça me regarde pas ?Pour qui tu te prends de me répondre ça ? etc. tout ça sur un ton qui se fait pas ! mais ça fait un petit moment que ma colère , elle en fait qu’une bouchée des convenances , elle s’assied d’ssus comme une matrone ! Depuis c’ coup là , je me calme plus du tout contre Papa , lui , il retourne chez lui et plus de nouvelles bonnes nouvelles , rien qui filtre .Bon donc , j’écris à mes frangins , frangine , j’déballe tout que tout le monde y soye au courant raz le bol des cachotteries et appel à l’aide général pour que tout rentre dans l’ordre qu’on fasse le point sur notre anomalie familiale en adultes responsables .Résultat du courrier ? Motus ! Ben tiens !!!! Je savais pas que ça allait être le début de la fin !!! En fait , je les ai plus jamais revus ! Sauf ma sœur ! Ma lettre c’était le missile dans le Titanic ! je m ’doutais pas que le bateau familial l’allait couler à pic  ! Enfin , ça a été plutôt une implosion , un truc rentré , j’ai rien su que par petites miettes de ci de là , j’ vous raconterai .

 

Bon , donc , j’envoie ma lettre . Premier temps : pas de nouvelles .Isa au téléphone ceci cela rien à voir , moi je finis quand même par demander ce qui me brûle les lèvres : ben t’as pas lu ma lettre ? si si , et rire gêné , bon ben salut ma cocotte , à la prochaine !Nan , j’exagère !!! J’ai quand même cru sentir qu’elle me démentait pas complètement .Son soutien je l’aurait plus clairement un an plus tard quand je lui enverrai le double d’une lettre à papa où je lui dis à papa que si il croit qu’il peut traiter le fils de ma sœur de petit con (c’est un gamin à problèmeux !) alors lui je peux bien le traiter de pauv’con (p’isqu’il est pas capable de comprendre). Donc , premier lettre-bombe : pas de retour .Pis si ! Je reçois une lettre de Yves : soutien ! reste de notre ancienne solidarité ? relents de culpabilité ?ou juste émoustillation de mon dégommage paternel assumé ? Bref il s’est fendu d’une bafouille au contenu pas toujours clair , d’où qu’ il m’annonce pour me venir en aide que mon animal-racine est la chouette-effraie , qui voit tout et qui vole silencieusement ! que j’ai qu’à penser très fort à elle en cas de besoin et voilà ! Pardon ? Animal-racine ? Bon …c’est sûrement la nouvelle formule des millénaires et réincarnations inventions de sa majesté le MESSIE Yves , je me prends pas pour une bite , comme mon père , question mon moi , pas de mesure , messie oui oui ! Ben , ça fait plaisir ce petit mot de soutien , mais j’vais quand même le relire avec mes lunettes préférées : tiens Pat. , lis ça , tu vois comme moi : la chouette , on lui demande quand même de se taire ! t’as vu , elle zieute SILENCIEUSEMENT ! c’est d’ailleurs ça que je lui répondrai bien gentiment à mon frangin : que je sais plus avancer en silence , que j’ai trop pris goût au barouf et que moi et les petits secrets ça fait deux et c’est terminé !

 

Chapitre 40 : Encore une désillusion tardive ! Comment tenir le coup avec l’entreprise autobiographique dans de pareilles conditions ?

 

Dans la foulée de ces petits échanges avec Yves qu’ont un petit goût de Ah les zamours de jeunesse , y s’oublient pas ! on se téléphone : et le Messie y se met à bavarder sur son nouveau truc top secret et qu’il découvre avec gros effort mental et grosse concentration : l’animal racine de chacun ! Moi , l’air de rien , comme autrefois où quand sa Majesté psychotait ou se foutait de notre gueule , c’était : ben oui , je te crois , c’est ton langage , mais il est merveilleusement éclairant !(tu parles !) : ben oui , comme c’est intéressant , et tu peux m’en dire plus ? le tien d’animal racine c’est quoi ? La Vive , qui se cache dans le sable et qui pique …( Ah ah , me dis-je : Yves , la vive , encore le truc de ses jeux de mots à la con qu’il faut feindre de prendre ce coup ci très au sérieux !) , et Papa ? que j’ demande , ben je sais plus quel aigle !(Toujours aussi snobé et scotché à son papa celui-là que j’ me dis , l’en a toujours pas fini avec la reconnaissance que son père lui accordera pas , l’a pas compris encore que not’ père c’est moi-je et puis c’est tout , sa marmaille ? une erreur fois cinq !) et pis je lui fais faire le tour de la famille comme ça , et ça éclaire ma lanterne sur ses rapports aux uns aux autres , on voit tout de suite les gentils animaux , les animaux impressionnants et beaux , et puis les animaux dégoûtants .son frère par exemple , c’est pas réjouissant ! Pat ? , il est un peu gêné mais ça l’empêche pas de me le sortir : Le Crapaud ! (p’tit con va ! je sais qu’il est laid mon chéri mais t’inquiète pour moi , il a une belle queue et tout ce qu’il y a de mieux en vue du bonheur !) Maman Nicole ? Un moineau ! ( Nan mais je rêve , il a pas capté la salope manipulatrice , l’est encore berné par ses singeries ? ) Sa mère à lui par contre , c’est carrément venimeux , Nicole 2 , là il a trouvé juste : une bestiole insignifiante ! Et Christophe ? Un Faucon ? Très intelligent ! Un Faux-con !!!! Qui prépare l’avenir !!!!Tu m’en diras tant !!!!!( Alors là , en moi ça disjoncte ! c’est net , la coupure du cordon Catherine son frère Yves : terminé ! Ah bon ! il a toujours une super estime pour Christophe ! il sait pas ce que ce connard m’a fait et continue de me faire et aux enfants ? le crapaud d’un côté , le faucon de l’autre : ça y est je peux plus avoir de doute !!!! C’est avec approbation fraternelle et complicité que le merdeux m’a frigidifiée pendant les quinze ans les plus merdiques de ma vie ! D’ailleurs en parlant de merde , dans les transes où ça me met de raconter tout ce bordel m’est venu aujourd’hui l’idée lumineuse d’un diptyque : Autobiographie de Catherine An-an : Première partie : Le Merdier .(celle que j’écris en ce moment ) et Deuxième partie : Le Cul .(puisque c’est mon centre d’intérêt principal sous toutes ses coutures depuis mon salut : quand j’ai commencé à sortir du dit- Merdier , rencontré Pat , ressuscité en passant du mode motus au mode bavard puis Scude si nécessaire et surtout au mode je jouiiiiiis !!!) .

 

Bon , je rétorque par une bafouille gentillette quand même (mais où j’ui signale juste que si les chouettes-effraie on les clouait sur les portes , j’ai pas l’âme à la crucifixion nan merci ),je réalise pas que c’est fini : les changements dans les mentalités c’est bien connu c’est de l’histoire-longue durée .

 

Chapitre 41 : Tableau du règne .

 

Tout ça , je sais , c’est pas toujours dans l’ordre ! Personne n’est encore mort mais je pourrais faire un petit tableau du règne , comme Saint-Simon quand Quatorze a passé l’arme à gauche .Tableau du Règne des deux Astres : papa et maman et exit !

 

Ben d’un côté , c’est déjà feu Nicole Un , parce qu’avec alzheimer il en reste pratiquement plus rien !!! Mon idée à moi , c’est que le coup de la petite conversation au soleil sur la terrasse avant d’aller ranger la cuisine , ça lui a laissé entendre que ça sentait le roussis , et qu’au lieu d’avoir des comptes à rendre (tiens par exemple sur son : « Je l’ignorais » , ben voyons , elles y sont pour rien les épouses quand papa va tripoter sa petite fille ? « Je l’ignorais » et puis c’est tout ? Trop facile …) elle a préféré prendre le large comme elle avait toujours prévenu qu’elle ferait !et comme Papa au bout de dix ans de désertion du domicile conjugal a fini par demander le divorce , ça a été sa dernière carte à ma mère : on divorce mais je n’y serais plus ! et ça pour pu y être elle a réussi son coup , l’avocat ? plait-il , je comprends rien à rien , et C’est Isa qui s’est tapé tout le bordel !

 

Chapitre 42 : Ma sœur d’aujourd’hui et celle d’hier .

 

Décidément ,j’arrive pas à m’ tenir tout à fait à ce que j’ai dit : c’est juste une urgence au milieu du tableau qui m’fait faire parenthèses : une petite remontée , tiens , d’un coup , parce que ces jours-ci mon frangin Eric est venu passer le weekaind chez ma sœur , avec sa femme et son gosse , et que de moi il est pas question une seconde , motus , j’existe plus , la pestiférée qu’on veut plus en entendre parler ! Y z’ont joué à la famille !Ma sœur quand elle me raconte ça , c’est toujours avec son style bien à elle : c’est-à-dire décalé , comme si ça la concernait pas vraiment , comme si il se passait rien de particulier .Au détour , elle me raconte que son gamin de Dix-huit ans , Tom , a eu une de ses crises spectaculaires justement le samedi soir : hurlements de terreur « au secours je vais mourir là tout de suite , je sens que je vais mourir » .Ben , j’ lui dis à ma sœur que ça m’étonne pas moi que ça lui fasse ça à son gamin le week- end famille où motus on fait encore comme si de rien n’était :il est en train de virer zinzin pour toute la famille , on connaît ça par cœur : pour qu’il y en ait un qui psychote , en général , il y a derrière une famille qu’a bien fait les choses ! Mais le pire , c’est quand ma sœur me demande , après m’avoir décrit la scène bien horrib’ du gamin qui pête les plombs et qui angoisse comme un malade : tu crois pas qu’il souffre énormément ? Je suis sur le cul et j’sais pas le lui dire ! Tiens , le lundi suivant on mate à la télé un docu sur l’inceste , ça tombe bien : c’est plein de témoignages pas trop édulcorés et euphémisés : y en a une ça me fait tilt : elle ressent rien , rayon émotif :zéro , rien à voir ! ben ça c’est Isa que j’me dis : en fait c’est ça , toutes les fois où pour moi elle est bizarre , ça doit être ça :il lui manque la case sentiment , ou du moins une partie !y a son sadisme , ça elle sait que ça fait partie d’elle , mais y a aussi de l’anesthésie ! elle dans ses émotions , moi dans mon corps , elle kiné soignant les corps avec ses mains , son corps , moi prof de français, dans la littérature , les émotions en mots jusqu’au cou ! , si c’est pas beau ça : c’est du parlant parallélisme ! Et puis je vous parle pas non plus encore de Louise , sa deuxième fille , qui tourne pas rond non plus ….bref voilà grosso modo pourquoi ça me remonte : quand j’ai sept ans et après et elle quatorze et après , j’ignore tout bien sûr puisqu’ Isa ne me parlera de son secret qu’en l’an 1999 si je me trompe pas (elle a alors quarante et quelques , et moi trente cinq !) : ben voilà ce dont je me souviens de ma sœur : elle se ronge les ongles , c’est plus des doigts qu’elle a , c’est des trucs qui pèlent , qui saignent , dix petits moignons , ils lui ont acheté un vernis transparent les parents , au goût tellement dégueu que ça devrait l’empêcher de continuer .Elle est souvent dans sa chambre , normal , comme elle a pas des bons résultats à l’école , il faut qu’elle travaille , donc , elle reste des heures et des heures dans sa chambre , comme ça elle va remonter ses moyennes .Une fois que je rentre dans sa chambre sans frapper à toute allure , j’ai le temps de voir son truc : quand quelqu’un rentre elle referme juste le grand tiroir de son bureau , sur le bureau , y a tous ses livres et cahiers pour bosser , dans le tiroir , y a le bouquin qu’elle est entrain de lire , ah ça question littérature elle en avalait à la pelle des romans , elle faisait plus que ça !Alors elle redouble , d’abord la seconde , pis la terminale , pis c’est pas fini … Et puis je sais plus comment , elle s’est pété le ménisque , et la veille de l’opération elle est venue jouer à la marelle avec moi pour rigoler le soir dans le square et bien sur elle s’est pété la gueule à cloche pied sur le mauvais genou tant qu’à faire ! Ben enfin Isabelle c’est ridicule , c’est pas raisonnable , c’est n’importe quoi de faire ça ! Et puis elle a des problèmes de dos ma sœur , tellement que papa et maman lui achètent une table pour manger et travailler dans son lit comme celles à l’hôpital .Elle reste couchée des jours et des jours . A part ça elle joue de la flûte , elle a une mobylette , une jupe en daim courte , elle fume des gauloises brunes , et de temps en temps papa et maman s’entendent pour faire une affaire d’état au sujet de l’achat de sa flûte , de sa robe pour le mariage de Francette et Roland très très belle : ils la gâtent ! Comme ça , ça se voit pas ! Tout est NORMAL !

 

Chapitre 43 : « Ma pauvre ‘tite manman »

 

Bon , mon tableau du règne , ça s’avère compliqué puisque personne n’est encore mort comme j’ disais ! J’aurais mieux fait d’attendre pour l’annoncer ! Parc’que c’est plutôt le genre feuilleton qu’en finit pas l’histoire familiale ! « Dans la famille Zianzian je demande : La mère ! » : ben , y en a presque plus ! on peut plus vraiment dire si c’est la mère ou la vivante figuration de la disparition de la mère ! c’est hagard , les yeux sont vides , ça tremble comme une feuille au moindre remuement d’air autour d’elle , ça marmonne sans plus se soucier de qui est là , si quelqu’un écoute ou non , ça cause plus que de manière indistincte et entièrement pour soi et si on se penche tout près qu’on tend l’oreille , c’est poésie surréaliste , un mot pour un autre : de la phrase y reste le squelette , l’armature , et même un brin de scansion , mais dedans c’est bouillie-magmas informe , et pis ça oublie l’existence de tout ce qui sort de son champ de vision , c’est vraiment de l’humain réduit au minimum , sauf que ça la fait pleurer de me voir à chaque fois que je débarque comme si c’était moi le fantôme et qu’elle me voyait ressusciter tout à coup devant elle comme l’apparition de la vierge à Bernadette Soubirou ! Elle en croit pas ses yeux et elle me demande par quel miracle j’atterris là devant elle , comment j’ai fait pour arriver jusqu’ici qu’est comme un lieu qu’existe pas sur la carte impossible à trouver selon elle , comme si à chaque fois elle croyait qu’elle n’avait aucune chance de jamais me revoir et que quand j’débarque dans son «  cantou » où sont parqués les barges comme elle à clé , qui causent plus ou qui hurlent la même invective toutes les deux minutes ou dodelinent de la tête ou renversent la moitié de leur verre par terre en tremblotant , ça lui faisait un choc épouvantable ! Le choc , c’est moi aussi qui me l’ paye à chaque fois j ’peux vous l’ dire parce que la vieillesse dans ces pires états c’est le cauchemar d’épouvante , ça pue la merde quand bien même c’est bien nettoyé …ça prend à la gorge en même temps que l’ tableau genre Goya visions d’ zombies …Et pis manman , quand je la prends dans mes bras toute tremblante et sanglotante de me voir , ça sent ça , une odeur vague de merde qui me reste dans les narines jusqu’au lendemain …Y faut dire que l’alzheimer , chez ma mère ça a eu un petit effet exotique particulier que la directrice m’a balancé un jour comme ça : « Vot’ maman, elle joue avec ses selles… » ??? Pardon ? plaît-il ? « Ben oui , on la retrouve toujours dans un petit coin de couloir à faire comme de la pâte à modeler avec ses crottes , c’est la maladie qui fait ça , vous inquiétez pas , mais on va lui mettre , si vous n’y voyez pas d’inconvénient, des sortes de barboteuses pour adultes » , histoires qu’elle arrête d’aller fourrer ses mains dans sa raie du cul pour choper la matière première ! Je dois avoir l’air pas moins hagarde que les vieux quand je découvre les dernières réjouissances de l’avancée du déclin !

 

Chapitre 44 : Du côté de Papa aussi ça tire vers la fin .

 

« Dans la famille Zanzian , je voudrais le père ! » …je voudrais , je voudrais …question de parler ! La dernière fois que je l’ai vu , y a deux ans , à l’incinération de L . , le Beau-père de ma frangine , il avait un petit côté fringant et impatient , il m’a d’abord dit qu’il ne m’avait pas reconnue , tiens tiens , parce que même en blonde décolorée ceux qui m’avaient pas vue depuis vingt ans et plus , y z ‘ avaient aucune peine à me remettre ! Après la cérémonie , Papa , ça a été : bon , tu veux qu’on déjeune ensemble ? Moi : et toi , tu veux ? Lui : non , moi c’est comme tu veux ! Moi : bon ben si tu sais pas , ça sera pour une autre fois !

Quat’ mois plus tard , il a une dernière fois au téléphone un peu de gentillesse parce qu’il voudrait bien que je vienne quand même à sa légion d’honneur (et à son remariage avec Nicole 2 le même jour mais ça encore il comprend que ça me dise trop rien qu’il me dit ) : je lui dis d’accord mais pour ça il faudrait que tu arrives à dire à mes frangins et à leurs bonnes femmes un petit quelque chose comme quoi ils me fassent signe après toute ces années où ils m’ont mise au rancart avec ta bénédiction et sans que tu lèves le petit doigt Papa ! : j’ vais pas m ’ramener pour supporter les dédains et airs de rien de la tribu sur mes épaules à moi toute seule .Il dit d’accord , d’accord , qu’il s’en occupe . J’reçois un mail de JP , l’aîné , moins con ou salaud que les autres ce coup-ci , qui m’ dit que lui il vit dans le présent et ne regarde pas en arrière , et que ça lui fera plaisir de me revoir ! C’est gentil !…ça , pas regarder en arrière ? je veux bien le croire , moi pareil j’aimerais bien plus avoir à me retourner vers tout c’ merdier , j’y peux rien si ça colle et que j’y retourne pour m’en débarrasser une bonne fois pour toutes ! ça me passionne pas les boulettes de crottes , moi ! Bon , à part ça , « Dans la famille Zanzian , je voudrais les fils ! » Ben le petit dernier à sa maman qu’a pas compris que j’allais pas remplacer sa mère , et surtout sa moitié plus folle furieuse que tout , l’avait décidé même avant que j ’me tâte et qu’ j’hésite à faire une apparition familiale , que le cadeau de mariage , on me consultait pas , je faisais donc plus partie du tout de la bande ai-je appris par ma sœur ! Bon finalement ni Eric , ni Yves ne se sont manifestés , j’ai appelé une dernière fois chez Papa , pour tomber sur une Nicole 2 grand style , qui s’était jamais découverte bien franchement comme ça , abatant ses cartes , ses masques , et tirant à bout portant : que j’avais qu’à pas avoir mis la merde comme ça dans la famille , non mais de quel droit je la ramenais auprès de mes frères et de leurs femmes , que j’avais que ce que je méritais ! Ah bon , c’était pas moi qui m’était fait sautée par mon grand-frère ? sauté dessus par l’autre ? qu’avait vécue frigide 15 ans ? c’était moi le problème ?Ah bon !!! Bon ben , je suis pas allée ni à la légion d’honneur , ni au remariage , j’ai juste envoyé comme cadeau le début de ce que vous êtes entrain de lire au moins jusqu’aux stratégies de «  l’été meurtrier » , ça a dû agrémenté leur lune de miel .

 

« Dans la famille Zanzian , je voudrais le père ! » Ben voilà , après mon beau cadeau de mariage :PLUS RIEN ! je les ai plus jamais vus ni entendus , ni lui , ni la connasse qui se l’est pété le jour J du mariage à en donner la nausée paraît-il à mon petit frère !Ah si , après l’absence de vœux de bonne année comme chaque année , il a appelé mon gamin , l’aîné , le jour de son anniversaire , pour lui dire qu’il lui souhaitait un bon anniversaire mais qu’il ne me parlait plus , à moi , qu’il était fâché contre moi ! Ah bon , c’était l’inverse maintenant , ce n’était plus moi qui était fâchée contre un p’tit connard de père indigne , c’était sa majesté qui ne supportait pas la rébellion ? qui laissait croire à mon gamin que comme fille j’étais la der des der : dernière délicatesse de mon père , dernier essai de mainmise par en dessous , dernier essai pour infiltrer la vérité par une version made in sa majesté qui ne le contredise plus .

 

Depuis , rien .Le direct est coupé , silence radio total .

Par Isa , j’ai suivi deux trois épisodes : sa furie quand la fille de ma sœur l’a pas invité à son mariage , un p’tit accident vasculaire , quelques rumeurs sur son état à se demander s’il démarrait pas lui aussi d’un coup son alzheimer !Pire que ça depuis , paraît qu’il est déjà avancé , presqu’autant que maman sur la voie de sa disparition ! Il a fait vite en un an ou deux la vache ! il a mis les bouchées doubles pour décarocher comme maman , continuez si vous voulez moi je n’y suis plus et comme ça je ne réponds plus de rien aucun risque ! Paraît qu’il dit n’importe quoi , qu’on comprend même pas , qu’il rit aussi tout seul , on sait pas pourquoi , que Nicole deux question joies du mariages avec Jean A. , ça a été rapide comme l’éclair , que maintenant qu’il est agressif et obsédé comme un frontal , elle s’enferme à clé la nuit pour qu’il lui saute pas dessus et que lui il s’astique toute la nuit devant la chaîne porno à laquelle il s’est abonné !!!!

 

Chapitre 45 : Trois autres disparitions .

 

« Dans la famille zianzian ,je voudrais les frères ! » Bon alors là , ça revient du quasi au même , c’est le grand vide ,de l’évanescent , du même plus un bout de ficelle qui retiendrait quoique ce soit : la grande disparition . Y a deux ans ,Yves m’a envoyé une petite carte postale de Montpellier : tiens , tiens ! se rappeler à mon bon souvenir ? pas vraiment , c’était le message crypté de sa majesté le messie dont les fidèles doivent se démerder pour saisir la substance par où qu’ils peuvent ! Du lard ou du cochon ? J’y ai répondu que j’en avais un peu marre qu’il se foute de ma pomme en m’écrivant des trucs d’où qu’ j’entrave que couic  ! J’ai plus du tout l’âme à la piété fraternelle moi , passé l’âge , pensez  !Qu’il mesure un peu comment c’est monté en flèche chez moi le côté mécréante ,la poussée d’athéisme bien carrée , fini de croire aux zodiaques , aux millénaires , à l’amour fou et autres foutaises  ! Evidemment , y a plus eu de retour ! …m’étonne pas !!!! c’est une affaire réglée , finie ,classée .Et ses petits arguments comme quoi , quoiqu’on y fasse , entre frères zé soeurs serions reliés de toute éternité et pour les siècles et les siècles , qu’on se voit ou qu’on se voit pas , ça m’inspire plus grand chose : moi , y a qu ’l’ici bas qui me cause : ce qui arrive ou ce qui arrive pas ! et l ’résultat , c’est que : exit le frangin …disparu …l’a rejoint l’Atlantide !

JP , idem .Nada .Existe plus , exit .

Eric ? Il y a deux ans , Isa a voulu faire sa BA à noël : elle me dit : je sais , je sais , mais viens quand même boire un verre , vous vous verrez , ça arrangera peut ’êt’ un peu les choses .Moi , pas trop chaude , parce que les petites dégueulasseries qu’il m’avait sorties au téléphone avec sa moitié narcissique et hystérique ,après la fameuse lettre , comme quoi j’étais gonflée de la ramener ! d’emmerder le monde avec MES petits problèmes ! à vouloir imposer ma dictature de la parlotte familiale ! ça m’était resté coincé dans le gosier ! C’est vrai quoi , c’est pas très plaisant de s’apercevoir que quelqu’un avec qui vous avez vécu une paire d’années pendant l’enfance , pour qui vous avez eu trente-six égards , des attentions parce qu’il était plus petit , et tout ça , avec comme j’ai déjà dit le mot d’ordre maternel : Catherine occupe toi de ta pauvre sœur qu’a des problèmes et de ton pauvre petit frère qu’a des problèmes (traduisez le  «  ils ont des problèmes » maternel par un « j’ai quelques remords ») : c’était normal que le jour où je demandais un peu la pareille parce que j’en avais soupé de mes années de vie de sainte frigide et pleureuse sans rien dire :qu’on m’envoie sur les roses , qu’on me traite comme une simple emmerdeuse en voulant rien savoir de mes petites misères , ça m’a laissée plus que songeuse ! Bref , noël arrive , Eric se pointe chez ma frangine avec sa moitié hargneuse et son lardon né deux mois avant ( j’avais quand même envoyé un gentil mot de félicitations : regarde frangin , on peut passer l’éponge !). Mais il m’envoie un petit mail juste pour me dire qu’ils sont bien fatigués les nouveaux parents , plus voir maman alzheimer jamais une partie de plaisir et que bref , moi par dessus ça leur faisait beaucoup les pauv’ chéris , y préféraient qu ’j’ évite tout bonnement de venir les voir chez ma sœur .Après c’ coup là , ils sont venus au mariage de Juju l’année d’après : j’ai pas fait de vagues : je leur ai dit « bonjour » et pis le soir « au revoir » et ils n’en ont pas fait plus .Exit .

 

Chapitre 46 : Le bon petit soldat .

 

« Dans la famille zianzian , je voudrais la sœur ! » …Isa , y m’ restait plus qu’elle !La seule qu’avait pas disparu ! Voire …

 

Avec sept ans d’écart , normal en un sens que dans not’ jeunesse , c’est pas été la grande intimité .En plus qu’elle est pas du genre aux épanchements …J’avais une frangine , bon , au loin ,du côté de l’horizon , bon , j ’m ’posais pas de question .Quand c’est que j’ai commencé à avoir mes premiers doutes ? Tard ! Vous avez déjà pigé que j’ai été plus souvent qu’à mon tour duraille à la détente pour démêler le quoi du qu’est-ce !

C’est un jour chez Papa et Maman , à C… , Isa doit venir avec sa petite famille : les deux mouflets , Tom (91) et Louise(93) , qu’ont un an et demi d’écart, c’est avant que je ponde moi même (95 et 98) , donc les deux y z’ont dans les deux trois ans , et maman planque ses beaux coussins avant que ces monstres mal élevés n’arrivent qui vont encore tout lui saloper sans que leur mère dise rien : j’comprends pas , c’est pas moi qui ai élevé Isabelle comme ça , et pis t’a vu chez elle , elle range rien , en plus elle va encore me demander de faire prendre son bain à Louise , comme si elle m’accordait une grâce , mais j’en ai rien à cirer moi ! faire prendre son bain au bébé , ça m’emmerde un point c’est tout ! …Là , j’ai beau avoir un sacré passé de beni-oui oui à sa maman , ça m ’écœure un tantinet ,elle prend plus des pincettes avec le mythe de Nicole-la-meilleure-des-mères-et-grands-mères , elle l’écorne à la hache sans vergogne ou bien elle me crois poire-fidèle ad vitam aeternam qu’elle peut même se permettre de telles envolées devant ma pomme ? Bon ben j ’m ’jure en mon for intérieur que si d’aventure j’ai des marmots plus tard ,de jamais grand jamais rien d ’mander à manman , ah , ça , rien de rien , j’ai retenu la leçon , la marmaille , elle a déjà donné dans sa vie , avec une bonne à la maison encore ça passait , mais l’a pas l’âme au dévouement éternel .

Alors la bobine elle se met à se dévider doucettement , y avait le mode à l’endroit à savoir la vérité selon sainte Nicole , maintenant , va y avoir le mode à l’envers , où je revisite la version officielle sans mes œillères , j’ commence à me méfier de manman et à me demander si la froideur de mes relations avec sister serait pas autre chose que du hasard et du manque d’affinité !Qu’à force d’être dans les jupes et sous la coupe de manman , la numéro deux , moi vous suivez , ma frangine qu’avait pas tous ces beaux privilèges , tiens ,elle l’avait peut-êt’ mauvaise ? Tiens , et si ça serait pas par hasard qu’ elle me tenait rancune de mon glorieux rôle de favorite de la Reine alors que j’avais rien demandé moi ? J’y ai suggéré à ma frangine ,que manman , on pouvait pas dire qu’elle ai jamais fait la moindre chose qui aurait risqué de créer une entente entre ses fifilles , qu’à force de me prendre pour sa copine , à me faire ses confidences en long en large , y avait de quoi pour ma sœur l’avoir un peu en travers de la gorge !

Dans le même temps manman tartinait comme je l’ai déjà dit sur ses inquiétudes à propos d’Isabelle ceci cela , avec ses bébés , son travail , la fatigue , mais bon , elle finissait quand même toujours par en arriver au meilleur : la salope de belle-mère d’Isabelle , alors là elle était intarissable et génie de finesse psychologique pour montrer que l’autre grand-mère avec ses stratégies de dévouement était en fait une emmerdeuse , dévoreuse, qui envahissait le ménage , s’y installait comme chez elle .Elle faisait de l’ombre à manman , et ça manman la compét’ c’est son dada , contre Ginette et toutes les Nicole 2 de la planète ! Bref ,comme j’avais déménagé dans le nord pas loin de chez ma soeur , j’étais en délégation , l’ éclaireur de manman , qui en faisait pas trop comme ça , au loin .Déjà quand elle avait divorcé Isa, papa manman y m’avaient collé de vacances avec elle pour qu’elle soit pas toute seule avec sa juju de 9 mois par exemple ,ça continuait : comme Kiki avait jamais ses examens du premier coup , c’était bibi et Christophe qui nous collions aux vacances avec isa et ses marmots : quand on vous a donné vot’ rôle dans la pièce , y en a qui comme moi manquent d’imagination et qui persistent , comme si qu’y avait pour eux qu’une seule manière de monter sur scène et puis c’est tout : bouge pas et récite , change rien t’es parfaite comme ça !!!

 

Chapitre 47 : Manman et moi .

 

Et pis y a eu une autre époque : j’ai commencé à prendre un peu mes distances avec manman , si si ! : ça commençait à bien faire tout son cirque ! venir chez moi à Lille et m’obliger à dire à Papa au téléphone : nan papa j’sais pas où elle est maman ! zut c’est emmerdant de pas savoir où elle est , en,plus avec tous ses médicaments , forcément on est pas rassuré , hein papa ? Marre de manman gémissant qu’elle avait envie de mourir après m’avoir réveillée en pleine nuit quand Christophe était d’ garde à l’hôpital et qu’elle pouvait bien prendre ses aises avec moi , s’épancher à plus soif , se vautrer dans son rôle de légitime bafouée devant ma pomme comme spectateur inoffensif et inépuisable du mélo éternel , même lui le Christophe, il trouvait plus ça très drôle de me ramasser à la petite cuillère le lendemain ! Marre d’avoir manman en pleurs au téléphone un matin sur deux larmoyant qu’elle était déprimée me rappelant trois heures plus tard , t’inquiète pas ma cocotte , ça va beaucoup mieux , surtout ne t’en fais pas pour moi ! ton père est un salaud , il n’est pas rentré encore hier soir sans me prévenir , j’en ai assez , il est d’un égoïsme foncier , mais je ne peux pas le quitter , tu comprends si, on me l’enlevait ce serait comme si on m’amputait d’un de mes membres , je tiens à lui plus que tout , ton père et moi , nous avons une histoire d’amour merveilleuse , je ne peux pas me passer de lui , etc. etc.

 

Et puis il l’a quittée .Ni elle , ni lui ne m’en ont rien dit .J’avais réussi à avoir un mouflet , c’était déjà ça .J’avais pas de mère pour me donner des conseils ou venir me donner un coup de main , elle avait pas le temps sûrement entre sa retraite et un mari fantôme ...Sa version c’était : je ne dois pas ennuyer ma fifille. Y avait ma sœur qui remplaçait un peu , me refilant la baignoire , le landau ,la poussette , et bien joyeuse de me voir me dépêtrer enfin à mon tour avec ce fichu truc de la marmaille comme si enfin j’allais en baver un peu moi la fiéraude avec mes sorties culturelles trois fois par semaine et ben terminé , j’allais en chier à mon tour et ça la réjouissait .

 

Manman était plus du tout la manman merveilleuse que je m’étais figurée , j’étais frigide , je me démerdais toute seule avec ma vie , toujours à deux doigts d’ la crise hystérique .Mais puisque papa l’avait bien fait souffrir puis au bout de quarante ans finalement balancée à la poubelle , il fallait bien que je m’en occupe un minimum : c’est à moi qu’il avait refilé le bébé l’air de rien , déjà quand il se barrait en juillet avec l’autre donzelle , bibi continuait à se dévouer , à emmener manman en vacances , même après avoir pris enfin conscience que manman c’était pour moi le produit toxique qu’il aurait mieux valu s’ tenir éloigné ! Mon frangin ? ma frangine ? ça avait pas l’air de les préoccuper beaucoup ! De toutes manières , y avait Catherine pour ramasser les morceaux .

 

Et ça continuait , mais avec un nouveau son de cloche , le lamento y changeait de sujet , une fois que ça a été clair qu’il reviendrait plus Jean A. , il était plus question d’en parler devant elle , il existait plus l’avait même jamais existé ! et donc chaque fois que je voyais manman , il n’était question que d’isa , et manman me racontait et me reracontait la totale : comment qu’elle s’était retrouvée fille mère , comment elle avait dû cacher sa grossesse et à l’éducation nationale et à ses parents cathos , et son foyer de filles mères à Paris , et son accouchement horrible , et LE PIRE , et là elle se mettait à pleurer comme un veau : qu’elle avait été obligée de mettre son bébé en nourrice que sinon on l’aurait virée de l’éducation nationale , que pendant des mois elle ne voyait son bébé qu’une fois par semaine , que le bébé quand elle le retrouvait il tremblait de tout son petit corps , que c’était horrible d’avoir vécu une chose pareille .Et pis après , que plus grande , qu’elle courrait au devant de messieurs inconnus dans la rue en criant papa papa : c’est là qu’on s’était d’ailleurs aperçu qu’elle était complètement bigleuse la gamine qu’avait grandi avec un papa intermittent , etc. , Et à chaque fois elle remettait ça avec nous , Christophe et moi , et je te le refais , et avec la gamme totale des émotions grand style , et moi je comprenais pas qu’elle me raconte encore ça , qu’elle le raconte pas à la bonne personne : elle avait qu’à le raconter à Isa , une bonne fois pour toutes , ça les aurait peut-être un peu rafistolées la mère et la fille qui s’entendaient pas énorme , la tendance aux effusions de manman se heurtant au tempérament arctique d’ Isa pour aboutir à une zone entre elles deux de coloris parfaitement neutre : un chef-d’œuvre du genre .Ben , non , c’était sur ma pomme qu’elle déversait sa lamentation pathétique , c’était sur moi que ça marchait encore la comédie regarde un peu comme j’ai souffert , comme j ‘ai été malheureuse : ah ça manman elle était imbattable , question trémolos , déchirements , cruautés qu’elle avait bavés , y avait qu’elle , et ça continuait à me clouer le bec avec un efficace imparable !!! Un jour , j ’raconte un peu à ma sœur : tu sais pas Isa , manman , elle arrête pas de me parler de toi , de ta naissance , de quand elle t’a abandonnée , etc. etc. , tu devrais lui demander qu’elle t’en parle à toi , après tout c’est ton passé .Ma sœur :j’en ai rien à cirer , elle avait qu’à le faire avant , maintenant j’ai quarante ans , je m’occupe plus de ça , j’ai autre chose à faire ! Je suis restée coite .Côté manman : ben manman , pourquoi tu lui racontes pas tout ça à isa ? hein ? c’est à elle qu’il faudrait raconter tout ça !Ta sœur ? je ne la comprends pas .Avec toi , je peux parler , tu es comme mon miroir , tu ressens les choses comme moi , tu as toute une sensibilité (si si riez pas , c’est comme ça qu’elle parlait manman ) , mais ta sœur , ça fait longtemps que je ne peux plus communiquer avec elle . Quand elle était enfant , on était très liées , j’ai vécu plusieurs années toute seule avec elle , mais à l’adolescence , elle m’a échappée …. Alors là !… ça m’a laissée sacrément rêveuse ! presqu ’autant que le coup du bain de Louise dont elle avait rien à taper et qui collait pas facilement avec le reste de son autoportrait en mère admirable qu’elle avait l’art d’insuffler par suggestions bien frappées !Là aussi , je m’suis dit y a un hic ! comment qu’ça se fait que d’un coup on comprend plus son gamin et qu’on laisse tomber ! C’était le truc épouvantant que j’avais pas envie qui m’arrive un jour maintenant qu’j’étais mère , et que ma marmaille , je la sentais vissée à mes tripes pas question de laisser filer un truc pareil dans une doucette indifférence !!!! ça s’est éclairé que plus tard , c’ t’histoire ! quand j’ai su que papa allait dans la chambre d’Isa la nuit ! Evidemment qu’elle allait pas confié tout ça à sa mère au petit déj ‘ et si celle –ci s’était accommodée du détachement de sa fifille , c’est donc que les enfants c’était pas si crucial qu’elle disait manman !

 

Donc ,voilà comment cahin caha , je me suis retrouvée à avoir quand même une sœur .J’avais été bien souvent moi la plus petite , la grande sœur de ma grande sœur mais bon !

 

Quand y a eu de l’eau dans le gaz ! quand j’ai commencé à remuer le bordel de ma vie qui pouvait plus durer comme ça !quand Isa m’a lâché son sale petit secret avec papa ! j’ai longtemps ramé pour deux : je voulais sauver ma peau et j’croyais mordicus que elle aussi elle aurait tout à gagner , à arrêter de se taire , à tout déballer , pieds dans le plat et arrêtons là les simagrées papa manman : J’ai manqué de jugeotte !!!!

 

Le déballer son sale petit secret , c’était quand même un sacré cadeau ! Ah bon ! en matière de coucherie intra-familiale j’étais donc pas toute seule ! Ah ! nous avions Yves et moi ,d’illustres modèles jusqu’alors ignorés ! Ah mais ça commençait à me permettre d’autres supputations sur mon énigme favorite : pourquoi donc j’avais plus baisé pendant quinze ans ! Fallait rajouter des arrières fonds qu ’j’avais encore jamais zenvisagés !

 

Faut dire que pour qu’elle crache le morceau à la quarantaine ma sœur , c’est qu ’j’avais commencé à me déboutonner moi-même en veux-tu en voilà !

 

Chapitre 48 : Comment débute ma résurrection .

 

Et retour ! Eté 97 . Bon ben on va d’abord à La Plagne une bonne semaine avec Manman pour pas la laisser toute seule toutes les vacances. C’était pas une bonne idée qu’on s’ dit Christophe et moi , quand on la voit virer grand style et que même la présence d ’not’ loupiot de deux ans et demi la distrait pas d’un iota d’ son air concentré en dedans , je suis sur une aut’ planète , on n’est pas dans le même monde , voyez comme je suis à côté de la plaque normal avec ma vie partie en queue de nouilles , comptez même pas sur moi pour les aspects pratiques de l’existence , les repas , les courses , démerdez-vous , j’y suis pas , ça m’a jamais intéressée mais alors là qu’ vous êtes papa maman , z’avez qu’à prendre le relais , moi tout me va vu que j’ suis déprimée :pis c’est bien connu j’ai pu rien à redire .Dans les quarante mètres carrés d’un petit appart de montagne ça vire vite au cauchemar surtout qu’évidemment elle dort pas et déambule la moitié d’la nuit …J’crise un peu pour qu’elle s’reprenne un minimum , qu’elle s’souvienne qu’on n’est pas avec elle pour des prunes et que ça se fait de faire deux trois efforts pour qu’on existe les uns pour les autres. Ce genre de corvée de mise à plat quand l’climat est devenu carrément irrespirable , c’est toujours bibi qui s’y colle , manman et Christophe , z’ont des capacités à tenir dans le motus et l’ calvaire mutuel faut voir ça ! Moi mes nerfs ils s’ lisent sur ma figure et faut finir par faire quelque chose avant que je m’ jette par la fenêtre .Bon , elle s’ recale , redescend sur le plancher , souriante à nouveau .On fait des balades en montagne avec le titi qui nous fait rire fanfaron comme pas deux bien aise d’être centre du monde à plein temps de papa-manman et manman Nicole en plus .Un jour on va à Moustier se promener .Manman me fait un joli compliment , « t’es belle ma fille » , t’es belle , c’est d’ailleurs le seul dernier refrain qui lui reste du fin fond d’son alzheimer quand elle me voit maintenant : pour ma mère de mon berceau à sa disparition ç’aura été la ritournelle inépuisable ! C’qu’est moins prévisible c’est que c’jour-là elle ajoute l’œil en coulisse qu’y a des hommes qui me r’gardent dans la rue , que j’vaux l’coup d’œil pour les types qu’on croise …Alors là c’est mon pilier Notre-Dame ! le déclic de ma vie ! Faut qu’ce soit manman qui me l’dise ! Parce que moi j’ai rien vu , quedal ! Et la révélation c’est qu’y a lurette que j’ai pas croisé le regard d’un homme sur ma pomme , c’est vous dire à quelle profondeur abyssale elle en est ma période de profonde glaciation ! ça m ’fait un choc ! merde j’en suis là c’est pas vrai ! Et p’tê’t ‘ bien que la petite remarque anodine de manman c’est le feu qui repasse au vert au bout de quinze ans : allez ma cocotte , t’a l’droit quand même à un peu d’existence au club où t’étais plus admise depuis un bail des baiseurs baiseuses qui s’reluquent !

 

Chapitre 49 : Où l’on verra ma chatte reprendre du poil de la bête .

 

Après not’ BA de La Plagne avec môman , on file vers le sud-ouest avec notre titi et la tente dans le coffre , on va vers Toulouse .On est invité quelques jours chez François-Pierre .Celui-là , c’est pas seulement l’ami d’enfance , le fils fils à Jojo Lanlois , qu’a toujours passé pour soupirant de ma mère , fils fils , c’est mon premier amant quand j’avais quinze ans et lui trois de plus et bien entamé sa vie de p’tit queutard qui les enfile les conquêtes !Ma première pipe c’est lui itou !La première photo d ’mes fesses aussi ! Mon pucelage ? J’en avais pas ! Y m’ croyais pas quand j ’lui disais qu’on m’avait jamais enfilée ! Paraît qu ’pour lui aussi j’étais sa première chatte tripotée et sous le nez mais ça c’est quand j’avais trois ans et moi j ’m ’en souviens plus du tout ! Lui si !Je l’crois ! Sauf qu’entre le fin fond d’l’enfance , l’adolescence et maintenant l’eau avait coulé comme on dit et pour lui pas du tout en fleuve tranquille , arrêté les études pour devenir mono de ski et de planche à voile : le truc décalé dans la smala des gosses de profs qu’avaient en général empilé pour un bail avec les exams et concours , plus deux trois épisodes suicidaires pour des femmes qu’avaient le double de son âge , des maris , des moutards .Pis y s’était casé lui-même , marié , deux gosses , ça l’avait pas empêché de remettre ça et d’se jeter par la fenêtre surl’trottoir d’ où il avait failli plus jamais se relever .En juin précédent , j’l’avais vu .L’était passé dans le square , devant chez mes parents à C…, maintenant qu’les siens habitaient le bout d’la rue , et moi j’étais à C…aussi chez manman …J’vois un type qui s’ammène clopinant le corps tout de traviole , la jambe qui traîne , les mains rétractées en dedans , le cheveu clairsemé ,…la vache , c’était le rescapé François-Pierre ce type tout déglingué !On était heureux de se revoir , c’est là qu’on a goupillé not’ petit passage à Toulouse pour l’été .Chez François-Pierre , c’est pas facile facile .Y a nos marmots , y a sa femme une belle blonde ingénieur en mini jupe et décolleté plongeant , y a Christophe dont j’sais pas si y va bien prendre les petites civilités tendres de François-Pierre à mon égard , et pis y a moi , avec le verrou qui commence à sauter , j’ mouille en permanence d’être sous les yeux d’mon vieux pote devenu handicapé grincheux mais toujours bien libidineux , j ’mouille dans la voiture , pendant les trajets de ci de là , j’serre les cuisses , si seulement j’ pouvais discrètement m’appuyer un peu sur le bouton , j ’suis à deux doigts de l’orgasme ,j’ai pas connu ça d’puis quinze ans .Un soir chez lui , on reste tous les deux à causer un peu plus tard quand tout l’monde est couché .On tombe dans les bras l’un d’l’autre , au moins ça , juste sentir comme nos corps s’entendent bien , un baiser , l’émotion bien vive du fond des âges .On entend un bruit , on sursaute et on file se coucher .Au lit Christophe y dort pas , y pleure , y dit j’vous ai vus , y dit : tu m’aimes plus !Je l’rassure ! Le lendemain , il fait la gueule toute la journée , toute la journée François-Pierre nous fait visiter Toulouse et essaie de dérider sa Majesté , j’ai envie d’lui crier pas la peine , te fatigue pas celui-là quand il fait la gueule c’est pas à moitié , y a pas pire mûle . J’ai honte de Christophe .Le lendemain on repart , on va je sais plus où , on parle pas .Y continue à faire la gueule toute la sainte journée et les suivantes . Moi , j’ dois m’ sentir bien coupable ! C’est fait pour ! mais ça , je suis pas du tout en mesure de l ’réaliser !On rentre à la maison , c’est fin août , on parle encore moins , je peux même plus lui demander de me passer le sel à table , c’est l’ cauchemar absolu , j’vais m’buter j’en peux plus , j’ai un mouflet , un coup tiré le bon jour en quatre ans !un mouflet qui m’a déjà remise un peu d’aplomb question narcissisme puisqu’ étant sa manman je compte pour lui comme j’ai jamais compté pour personne , mais là j’en peux tellement plus du silence de Christophe , que moi pareil j’suis devenue muette , que j’ vais m’ buter je l’ sens , le gamin m’empêchera même pas , j’ai la trouille de moi , je sais que le suicide dans mon cas ça sera jamais le plan mûrement réfléchi mais l’coup tête comme deux fois déjà dans ma vie ! Pis riche idée , j’feuillette un Dolto sur la sexualité féminine , évidemment j’vais droit aux pages de mon cas frigide : et là c’est sans appel : le moutard d’un couple comme nous qui vit comme frère et sœur , bonjour les dégâts sur le titi ! l’est pas sorti d’l’auberge ! Va avoir du mal plus grand à trouver l ‘équilibre question sexe ! Alors là , c’est l’épouvante , déjà moi , déjà nous , mais si l’titi aussi il écope , ça m’bouleverse .

J’dois être affolée quand je prends mon téléphone : les psys pour moi c’est mort puisque Christophe il est dans le sérail et que tout le monde se connaît , mais y a l’ampoule qui s’est allumée là-haut dans ma cervelle aux abois , ce type , le père d’une de mes élèves de seconde l’an passé , avec qui j’ai causé gentiment à la réunion parents-profs , une copine m‘a dit tu sais pas c’est un psychanalyste , l’a son cabinet dans l’vieux Lille , c’est lui qu’j’appelle : non monsieur , détrompez-vous , je ne vous appelle pas pour bavarder littérature et vous inquiétez pas j’ai pas vot’fifille l’an prochain comme élève , alors j’vous supplie donnez-moi un rendez-vous j’vais très mal .Ok dans 10 jours .

 

 

 

 
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