Ran 2011 Cat PDF Imprimer Envoyer

 

 

 

 

 

      Tenir la rubrique de mes plaisirs. Commencer par là , comme si mes plaisirs partaient en fumée au fur et à mesure des journées où je deviens une maison pleine de courants d’air , ouverte à tous les vents , où tout est balayé , où rien ne garde consistance , où tout se dissipe comme de la brume , en quelques heures , en quelques minutes parfois , toutes ces journées qui filent où je me sens envahie par tout , où je prends l’eau comme une barque percée , où tu me tiens à bout de bras, au propre comme au figuré , sur le chemin qui traverse tout le camp quand nous rentrons au milieu de la nuit et pas seulement .

      Considérer que cet été , il se passe quelque chose qui me met dans cet état là, me secoue et me fait tanguer , où je m’aventure hors de la terre ferme , et que je m’autorise bien plus que jamais ces virées dans les zones de mes fantasmes , quoiqu’en disent mes récriminations quand parfois je manque d’un orgasme pour m’apaiser ou que je suis épuisée d’autant me donner aux autres.

      Il n’y a pas eu de plans montés à l’avance , pas de stratégies , pas de scénarios savamment échafaudés , pourtant dans cette désorganisation apparente de nos actes et de nos journées , je pourrais suivre le fil de l’entêtement de mes fantasmes à sortir au grand jour , tout ce qui , rien qu’à me le remémorer m’excite et ressemble à cette sensation d’être au bord , d’avoir le vertige et de traverser au dessus d’un gouffre la passerelle qui va d’un monde à l’autre, d’être Alice ? , de donner des coups de sonde de l’autre côté du miroir !

      Observer un peu mieux le fonctionnement de ce que tu pourrais appeler mon « convertisseur », ou comment semble mieux huilée la machine qui fait que la blessure dans le réel réapparaît sous la forme d’un fantasme qui va me faire jouir : un masochisme bien équipé , plus assumé , en tous cas plus insistant que jamais .

 

Le Fil de mon masochisme .

 

L’Arrivée. Mardi 18 juillet .

 

      Cela commence très vite avec notre arrivée jubilatoire au Ran : le plaisir des retrouvailles de connaissances de l’année précédente, d’être nus et d’établir le campement dans cette libération qui te fait tant d’effet , pouvoir s’exciter là tout de suite , en plein air , sans se cacher  avant même que tout soit installé .J’ai sorti une chaise , je l’ai dépliée , me suis assise jambes bien écartées , t’offrant ma fente ouverte sans vergogne , premier appel à la curée vers cette vie entièrement centrée sur le sexe que ce lieu va nous permettre .tu me suces , m’enfile un peu .On continue de s’installer .Sur le grand matelas recouvert de satin rouge , rien ne m’inquiète plus de ce qui nous environne pour cette troisième année , tu me bandes les yeux , m’attaches les mains , les pieds .Qu’on me voit ainsi entravée , que soit visible d’emblée mon mode de jouissance , la coloration de mes fantasmes , je n’en ai plus peur .Nous tricotons la montée de mon désir avec des mots et avec des gestes , sans s’effrayer des reculs de mon excitation, passant outre , continuant quasi sereinement , reprenant , dans cette difficulté à lâcher tout de même à me délivrer de l’insécurité et de la honte d’être vue qui en même temps alimentent ma montée vers l’orgasme .Infernal , c’est infernal , que ma jouissance soit à ce point vissée à ce qui risque de la rendre impossible : la honte et la peur .

 

Jean-Philippe .

 

     Quand nous arrivons là-haut , il n’y a presque personne sur la piste de danse .Je m’avance avec entrain et recule aussitôt comme par réflexe de petite fille , car je l’ai vu lui ! C’est un sanglier que j’ai repéré les années précédentes , le seul que j’ai désiré et espéré revoir .Je le trouve bel homme ; il danse sobrement mais avec élégance .J’ai dansé un peu avec lui il y a deux ans ,juste le temps de découvrir son ironie mordante , c’est un homme qui a de l’esprit et qui ne ménage pas les femmes , ce qui en fait un exemplaire parfait du type de l’homme de mon fantasme où je suis en situation d’humiliation. Je l’ai revu l’an passé , nu sur la plage de Ferreyrolles , et le soir fâché d’un couple qui le lâchait le soir au dancing alors qu’il repartait lui le lendemain .

     Il est assis sur une banquette , droit , il regarde .J’ai besoin de le regarder sans être vue d’abord , et en même temps je le fixe un moment , de loin , je ne sais pas s’il me voit .Je suis devenue mentalement une adolescente timide et timorée .J’ai devant moi un bon spécimen de ce type d’homme qui me fait cet effet-là ou qui provoque en moi cette résurgence de la faiblesse et de la honte , qui me fait rougir de désirer , où le désir prend cette coloration honteuse , où je vais montrer à un homme que je le désire et que j’ai honte de cette position de subalterne qui vient quémander un peu d’attention, ce qui est une source vive et troublante de mon excitation .Ce type d’homme est aussitôt par moi fantasmé comme inatteignable , je suis trop indigne de leur attention , je suis incapable de faire quoique ce soit qui irait dans le sens de les séduire , au contraire leur degré d’attraction est étroitement corrélé à ma passivité et à la perte de toute mon assurance , et s’ils sont un peu froids et indifférents , mon excitation augmente d’autant plus .

     Je me retrouve dans une situation étrange , de rapt , de ravissement de moi-même , une Lol.V.Stein devant Tatiana Karl ! J’ai belle allure avec ma tenue fétish , mon joli serre-taille noir et rouge , et intérieurement je suis une greluche , une bêtasse (Catruche ,Cruche , Nunuche , comme récitaient mes grands frères pour se moquer de moi , je soupçonne que leur entrain à me taquiner si souvent venait à la fois de leur sadisme , vengeance contre la petite et l’enfant du divorce consommé pour eux , et aussi de ma sensibilité particulière qui faisait que cela marchait avec moi , que j’étais blessée de leurs moqueries , vite en larmes , quelque soient les avis des parents pour m’alerter sur le fait qu’ils me faisaient marcher , scènes récurrentes de vacances qui consolidaient voire construisaient mon masochisme.)

 

       Puis le monde peuple la scène , la piste de danse, le bar…Nous voyons arriver deux couples de hollandais en tenues fetish , les hommes portent sur leur épaule un paquet de cordes rouges , les femmes sont très rondes , décolletés vertigineux, tailles bien prises, comme des poupées fabuleuses .On retrouve F, JP et Da , près de qui nous étions il y a deux ans .De temps en temps j’ai un œil sur mon bel homme qui danse .Je vais voir Eva , pour lui demander si elle le connaît , si elle sait s’il en vaut la peine , j’aime bien fanfaronner comme ça !Non elle ne l’a jamais vu .L’un des deux hollandais me demande pour un petit show de shibari rythmé sur le podium .Je me laisse faire sans trop de stress .Je vois avec plaisir mon bel homme au premier rang du public qui me regarde ligotée , ballottée , en gloire !

       Je ne sais plus si c’est avant ou après ce numéro que je vois mon bel homme arriver droit sur moi , me demander si je suis à ce point une gamine timide pour faire passer le message par un quidam au lieu de me déclarer moi-même comme une grande !Je suis abasourdie , j’acquiesce , oui je suis une gamine , oui je suis timide à l’occasion ,je ne sais plus quelle moquerie mortifiante il me lance avant de me tourner le dos et de repartir fièrement danser ailleurs !D’abord je n’ai pas compris , c’est toi qui me dis que ce doit être le mari d’Eva qui a vendu la mèche .

     On va faire un tour au ping-pong .Il y a beaucoup d’hommes , je plaisante .Il y a le sanglier d’il y a deux ans que j’avais trouvé si vulgaire et si pesant et si bête quand Marcel m’avait liée et m’avait promenée, yeux bandés dans le camping .Je l’ai revu l’an passé traîner : un habitué donc (je ne saurais qu’à la fin du séjour que c’est lui qui fait en quelque sorte office de Chef de la meute des sangliers, qu’il s’est fait virer temporairement du camp pour conduite incorrecte envers une beauté noire …)Ce soir je danse à côté de lui , je lui dis qu’il y a deux ans je n’ai pas apprécié comment il s’est comporté avec moi , il a pris l’air étonné , s’est excusé mais en semblant ne se souvenir de rien…Il est donc au ping-pong quand il me voit interpeller des hommes qui essaient de m’approcher .Il s’y met , je ne sais plus ce qui m’a pris , je lui réponds que s’il veut ,il peut me lécher le cul , je l’autorise à ça et je baisse mon leggings derechef .Il s’agenouille derrière moi et me parle aussi , me dit qu’il aime mon cul , il me supplie de lui laisser lécher ma chatte aussi (je garderai un souvenir excité de la scène à cause de sa voix , de son débit , de ses mots crus , de sa vulgarité qui cette fois fonctionne pour moi ) .Mais il n’est pas question de lui laisser le moindre privilège supplémentaire à celui de me lécher le cul , je l’appellerai dorénavant « mon lèche cul » , et si je ne l’ai pas nommé publiquement ainsi , il l’a été publiquement quelques instants : mon lèche cul .Agréable petite revanche .Parmi les hommes qui regardent autour , je reconnais notre voisin de tente , un type un peu chiant qui n’a pas voulu bouger sa voiture qui nous gène .Je feins la surprise et d’être horriblement gênée d’être vue ainsi par mon voisin , je remonte mon leggings précipitamment comme dans un vaudeville en criant : « Mon voisin ! mon voisin ! que va-t-il penser de moi !!! » je le vois la mine catastrophée d’être ainsi le centre des regards et mis dans ce rôle de fâcheux, et je repars avec toi en riant .Tiens , il y a Jean-Philippe , mon bel homme qui est là .Je ne sais s’il a été témoin ou non de la scène précédente .

 

     C’est maintenant que va avoir lieu la scène la plus délicieuse .Peut-être ma préférée de toutes ces vacances .Jean-Philippe me regarde avec un air amusé et distant .Je me jette à sa tête , et je rougis de honte jusqu’au bout des ongles .Il est désarçonné par le contraste entre ma hardiesse , je l’enlace , caresse son corps , déboutonne son pantalon blanc pour saisir ses fesses , sa queue , et en même temps , je suis confuse , intimidée , n’osant pas .Ce mélange des deux est pour moi la source d’un plaisir aigu .Je le vois qui cherche auprès de toi des regards ou des mots qui lui permettent de comprendre le sens de mon invraisemblable  comportement .J’ai un plaisir aigu à me pendre à son cou , à enfouir mon visage dans son épaule comme une enfant , à te montrer cela de moi sans catastrophe, enfin , après la liste de mes apparentes incartades qui n’étaient que les formes de ce fantasme plus ou moins ébauché : Jean-Christophe , Eric alias Charline , un homme au Minoï qui m’avait renversée etc.

     Et puis je lui dis combien je l’ai vu les années précédentes , combien je l’ai remarqué , désiré .Il ne se souvient pas de moi ,de toi peut-être , si .Il est incrédule , il vacille .Je continue , je vais en sens inverse , je lui dis combien il est adéquat à mon fantasme .Il recule , il voudrait être désiré autrement qu’imaginairement .Je le renverse à nouveau , je lui dis qu’au contraire , on ne peut pas souhaiter mieux , que c’est lui et pas un autre qui a pu faire monter cette flambée de mon désir et de mon fantasme .On se caresse tous les trois .Il dit qu’il part le lendemain , on lui demande de passer avant de partir .Il dit qu’il verra , On se quitte (Le lendemain on dort très tard , il pleut , il a quitté le camp )

      Tu assistes à tout cela .Tu me diras ensuite combien tu as été ébahi de me voir faire .Oui c’est sûrement exemplaire , un condensé de ma configuration fantasmatique , la position masochiste de mon désir où je suis inférieure , honteuse devant un homme que je crains et mon excitation qui tricote ce que  tu appelles la destitution de l’homme .Je fais ça , je jouis d’être honteuse et dans le même temps , même si cela me semble improbable , incroyable , incompatible , je renverse l’homme , je fais tout pour le mettre dans une position d’instabilité complète , qu’il ne sache plus sur quel pied danser au moment même où je me jette à sa tête .(J’ai fait cela toute mon adolescence , les trois quart de mes

conquêtes se sont retrouvées dans cette situation .Les plus intéressants ont aimé cela , d’autres s’enfuyaient plus ou moins rapidement , les sots me tournaient le   

dos )

 

     Je voudrais que tu m’écrives cette scène que tu me la décrives encore .Tu l’as fait sur le chemin du retour vers notre tente .Je voudrais que tu le refasses , que j’arrive à ne pas oublier alors que justement parce que c’est la zone du maximum de  fantasme , c’est aussi celle du maximum d’oubli et d’aveuglement.

 

Un raté .

 

      Jeudi 21 juillet : c’est la journée difficile .Nous sommes sûrement fatigués .Je me réveille paranoïaque , je pense que tu vas me mettre sur le dos toutes sortes de choses .On arrive à en parler , je ne suis pas assez folle pour ne pas voir ce que tu me montres : mes mécanismes inconscients bien connus de ratage, de punition , d’interdiction .

     Vers midi , après une remontée de ma parano , au soleil sur le matelas , je te demande d’aller solliciter l’aide de Da , dont la tente n’est pas très loin , qui est revenu de randonnée et pas encore parti à la plage avec F et JP .Je te demande d’organiser une scène de punition pour moi avec lui , que tu m’amènes à lui , liée , yeux bandés , pour être corrigée et avec l’espoir de satisfaire la bête tapie en moi : mon masochisme qui me rend délirante .Cela te va .L’idée m’excite , d’être aux mains de Da , le désir commence à monter pendant que je suis nue au soleil et que tu es allé arranger le scénario .

     Tu m’emmènes à Da. , comme un poison , une petite peste dont tu ne viens pas à bout .Da me prend en main , me donne des ordres , me donne des coups de cravache , sur le dos , les fesses , me pince , je crie .La sensualité des quelques rares caresses est vite étouffée par la douleur qui devient alors absurde .Je manifeste ce que je ressens , mais Da. ne veut rien comprendre : seule sa volonté de gouverner l’intéresse et pas ce qu’il me fait ressentir manifestement. Autre version possible après coup mais que je ne ressens pas : ma volonté de destituer le maître est à l’œuvre : je lui montrerai que cela ne marche pas …JP et F arrivent , j’ai droit à un dernier pincement de sein tellement fort que je hurle .Je ne comprends décidément pas ce qu’il y a dans la tête des hommes qui jouent aux maîtres sans s’inquiéter de savoir si cela me plait ou non de souffrir .Jouer à la soumise n’implique pas que je vais naturellement apprécier les sévices !Cela n’a pas traversé l’esprit de Da …N’y a-t-il pas d’autres moyens que la douleur brutale pour faire plier mon ego rétif ?Il faudra être plus claire encore quand je demanderai à jouer la prochaine fois .Le jeu n’a pas du tout fonctionné .Je me sens aussi mal qu’avant , nouée. La colère remonte , surtout quand je vois les marques laissées sur mon corps qui mettront plus de trois jours à partir : je trouve cela profondément désagréable et blessant .Je me sens conne de m’être laisser infliger cela par des imbéciles aveugles ,incapables de communiquer avec moi, et tout à leur petit ego et à leur petite affaire de jouer leur petit rôle de merde .(Ce n'est qu'après coup que je peux me mettre à votre place et reconnaître la difficulté de l'exercice auquel je vous ai invités .)

     Je me remets à te haïr , tu as la bonne idée de me proposer un break , de me laisser seule , c’est parfait, mais une heure plus tard , tu es déjà là , et j’étouffe toujours .On reste au soleil le plus tard possible à Ferreyrolles, on parle , tu es très calme , très attentif et je me détends .Le soir Y et R , G et Gé arrivent , c’est la soirée belge , au champagne !et avec plein de gaîté .

 

Les Mots de D.

 

     Le lendemain , D arrive pour passer le week-end avec nous , je flotte encore un peu , tu le préviens que cela n’a pas été facile la veille , on va faire quelques courses à Barjac , on déjeune , on va à la plage l’après-midi avec tout le monde .En revenant tous les trois en fin de journée , on voit F liée , yeux bandés , que je vais embraser et caresser , et qui fond et se laisse faire quand elle me reconnaît .Da et JP la font ensuite marcher en rond comme un cheval au manège en levant haut les genoux. La scène est belle et étrange .Trop pour D qui dira que cela l’a mis mal à l’aise .Moi j’aime bien , la beauté du corps de F avec le bondage , la femme-animal qui doit hennir , déchue de son ordinaire humanité, et l’obéissance de F , sa merveilleuse façon de plonger en elle-même et de s’abandonner totalement quand on se met à la diriger. Un soir , en dansant , j’ai joué un peu avec elle , au moment où j’ai changé de voix pour lui donner un ordre, je l’ai vue qui me disait le « oui » le plus profond et le plus clair avec ses yeux qui se baissaient ensuite aussitôt en signe d’allégeance ,elle s’abandonnait immédiatement et totalement , et c’est stupide mais je me suis sentie aimée dans ce regard et dans la façon dont F acceptait si complètement de m’obéir et de faire que ma volonté soit la sienne , j’en avais été émue au point d’envier à JP la possession d’un tel trésor : la soumission de F .

      Mais de retour à notre campement , je ne sais plus comment cela vient , ce premier jeu entre nous trois , D , toi et moi .Nous sommes debout , tous les trois pris d’une frénésie de nous caresser , de nous embrasser, de nous branler, et là , merveille ! D se met à parler , à débiter d’une voix entrecoupée ses fantasmes , il me les murmure crûment , son envie de me mater , de me plier à quelques-uns de ses caprices , de me pisser dessus …Je suis au bord de jouir .L’attitude se rompt .Mais je prends la main de D pour la placer entre mes cuisses : qu’il mesure combien je suis mouillée , que rien ne m’a plus excitée que toutes ces petites saloperies proférées à mi-voix .C’est un adorable cadeau d’avoir fait cela pour moi, me peloter ou me sucer avec des mots…

     A trois heures du matin , après la soirée , on baise tous les trois dans la tente .D a l’énergie pour .Je crois que je lui , vous , rends la pareille et que je parle aussi pour le faire jouir je crois .

 

 

 

Deux heures à deux .

 

Lundi 25 juillet , le soir nous allons à Avignon pour le marathon des trois pièces de Sophocle à la suite .Dans la matinée , on joue au soleil , seuls , bien tranquilles , tu m’attaches et me bandes les yeux , tu m’excites avec tes ordres , tu prends ton temps , tu me mets des pinces , on joue avec la cire de bougie à ma demande , je crie , je suis trop sensible, et je ne supporte pas longtemps ces petites sensations de brûlure .Pendant tout le jeu , nous parlons continuellement , je ne suis pas muette et tétanisée comme parfois pour que le fantasme se déroule , je te guide en permanence , je suis très excitée , tu finis par m’enfiler , puis tu utilises un sanglier qui passe par là et que tu fais m’enfiler , je ne le vois pas , tu me le décris comme un homme qui me plairait , je suis très très excitée pendant toute cette séance où tu me manies à merveille .Je ne sais plus si j’ai un orgasme ou non , cela n’a pas d’importance , j’ai beaucoup joui .Avant qu’il ne s’en aille je demande à voir le sanglier , qu’il n’ait pas cet avantage sur moi de me reconnaître ultérieurement sans que moi je puisse le reconnaître .Cela a duré deux heures , c’est Eva et Bernard qui nous le disent …Quand on arrive pour l’apéro avec eux , Bernard est entrain de caresser Eva allongée , on s’y met aussi , on caresse Eva , on la pénètre avec nos doigts , elle jouit .

 

Le Convertisseur .

 

     Jeudi 28 juillet. Nous avons passé 24 heures avec G et Gé invités dans la belle maison de vacances des parents de Gé .Nous les avons interviewés .J’ai eu tout le temps de prendre conscience de l’ambivalence profonde de G derrière cette effervescence de chaleur apparente et superficielle .Je ne suis pas surprise qu’il ne se passe rien entre nous quatre , encore moins de les entendre baiser et jouir bruyamment le lendemain matin .Mais je ne supporte plus qu’on me fasse ce coup-là , de nous laisser croire à un intérêt pour nous , de ne pas répondre clairement par la négative à notre désir , pour mieux jouir sur notre dos …Je suis folle de malaise , de rage , de colère que nous nous soyons encore une fois laissé faire cela …Nous arrivons à partir , un peu brutalement mais rapidement pour sortir de ce calvaire .Je me sens blessée et dégoûtée , cela a été très violent .D’autant plus que rien n’est visible , clair , facile à expliquer , même si tu as essayé de le faire en leur donnant la raison de notre départ .

     De retour au Ran , on baise tous les deux , dehors sur le matelas .Le fantasme qui me vient est plus radical que mes scénarios habituels, je cherche la figure d’un homme en colère , froid et dur , c’est un SS : se conjuguent alors en lui , les figures du SS de Portier de nuit , celui de La Liste de Schindler qui maltraite la juive à son service , et le texte de Puech Sous l’étoile du chien .En face de cet homme sadique , ce sont de toutes jeunes filles , presque des enfants , le SS ne leur fait rien directement , il a donné des ordres à ses hommes , pour violer les enfants .Lui , il les rassure faussement, se contente de regarder avec un plaisir immense le visage soudain effaré de l’enfant au moment où on la pénètre .Je jouis sur cette image de l’enfant aux yeux écarquillés pendant que tu me caresses et me pénètres avec tes doigts .Peut-être que j’éclate en sanglots après avoir joui .Ce fantasme me perturbe .Je suis moi-même effarée que de tels fantasmes me viennent de je ne sais où .Il y a pourtant un rapport entre la violence que nous venons de vivre et la violence de mon fantasme .Tu me dis que c’est mon convertisseur qui fonctionne bien , tu me rassures .

 

Ma Jupe .

 

     Nous avons vécu de belles choses avec Y et R .Je me sens bien je vais pouvoir mettre ma jupe .Je la leur ai montrée quand nous avons fait des essayages la veille .C’est une jupe que j’ai trouvée à Amsterdam , qui est bien plus qu’un vêtement sexy, c’est pour moi un objet profondément érotique. Elle est  en cuir, courte, serrant les cuisses, je ne peux marcher qu’avec des petits pas, je sens la contrainte permanente que ce vêtement m’impose, mais surtout elle est entièrement ouverte derrière, des lanières à boucle la font tenir à la taille et sous les fesses : derrière ce n’est plus un vêtement du tout, mais quelque chose qui encadre mon cul de la manière la plus obscène qui soit. La porter me procure un sentiment de honte invraisemblable et délicieux : honte panique de montrer mon cul que je trouve trop visiblement gros dans cette « jupe », et honte de montrer que j’aime montrer ce dont j’ai honte…

     R et Y, L et B, vont découvrir pendant la soirée que ma gêne à porter un tel vêtement ne s’atténue pas au bout d’un quart d’heure. Je me sens gauche, rougissante, démunie d’être ainsi en betty boop ouvertement offerte. On joue en dansant, tu accroches nos cous avec un crochet par nos colliers de soumis et on s’embrasse comme ça. Tu m’accroches pareillement au cou de F. Dans ces positions, je ne peux plus raser les murs pour cacher mon obscène revers.

     Plus tard dans la soirée, avec B et R, vous me faites me pencher près du bar et vous me corrigez à coup de martinet pas trop fort. Je suis très excitée par toute cette scène, par l’exhibition de mon faible pour la soumission, exhibition aussi de ma docilité et du plaisir honteux que j’y prends, il manque seulement des liens, être attachée, et cela aurait été parfait. Toute la soirée je me suis sentie délicieusement confuse. Cela n’a été possible que grâce à toi et tous les autres, Y et R, L et B, J.P , F et Da., ceux avec qui je me sens suffisamment en confiance pour pouvoir assumer de jouer à cela en public.

 

Dimanche 31 juillet

 

         La veille nous avons eu une après-midi et une soirée qui nous ont laissés épuisés, jouer à 6 avec Y et R, L et B n’a pas été toujours simple. Je n’arrivais pas à être à la fois avec les autres et à m’occuper correctement de toi. J'ai été débordée… Dimanche matin, l’humeur est un peu au blues, on fait un tour au marché bio de Barjac.

        Au retour, tu m’attaches, me bandes les yeux, tu me caresses et me racontes des scènes d’humiliation, je jouis, je pleure. On passe toute la journée seuls à deux à récupérer, à écrire, à être au soleil, à se baigner dans la Cèze, et même à faire la sieste, la vraie !

         Je te branle dans le dernier carré de soleil, à la limite de Ferreyrolles, en te jouant un fantasme de pensionnat, de vilain garçon corrigé par une sévère directrice, tu jouis. Le soir, on fait un tour sans trouver Y et R.

 

La laisse .

 

         Le lundi matin, je flotte un peu, nous n’avons pas eu de nouvelles des autres depuis 24 heures ! Léger malaise que je vais convertir assez vite. Je te demande de m’emmener en chienne avec collier et laisse, pour porter les poubelles par exemple, on va traverser tout le camp comme ça ! A l’aller, on prend le chemin du haut, on ne croise pas trop de monde, tu me dis de baisser les yeux si on croise quelqu’un. Au local de poubelles, tu me filmes, me traites de  chienne, tu demandes à un homme de nous filmer pendant que je dois te sucer avec à l’arrière plan les poubelles et tes commentaires sarcastiques sur ma chiennerie à laquelle convient bien ce décor d’ordure.

          Au retour, on voit Y et R, on prend le chemin du bas qui nous fait croiser beaucoup de monde, je joue tantôt la soumise punie et honteuse, tantôt je plaisante ouvertement sur le plaisir que je prends à cette exhibition …Le malaise matinal a disparu, le convertisseur a bien fonctionné !

         On se baigne, on déjeune, on interviewe L et B. On fait la pause. On baise. Je crois que c’est mon orgasme le plus violent de toutes les vacances : on baise au soleil, tu me traites en chienne, je suis sur le ventre et je tiens moi-même mes deux fesses écartées, le cul relevé, pendant que tu me branles et qu’un inconnu que je ne vois pas, assiste de loin au spectacle. C’est l’une des attitudes obscène de mes fantasmes, et ce jour là je la joue dans le « réel » : honte et excitation à leur comble, je jouis violemment, puis tu m’enfiles et tu jouis aussi.

         (Tu es devenu mon partenaire idéal, suis-je moins autiste que quand j’étais entièrement muette dans la baise ? Parfois tu n’es qu’un prolongement parfait de moi-même, si parfait que tu n’as plus rien d’étranger, tu fais corps avec mon moi dans cette traversée qui m’emmène à l’orgasme. Ne suis-je pas toujours autiste ? T’ayant ainsi mêlé à moi-même que tu en es devenu une part indiscernable ? …)

 

Les encordées .

 

     Nous rejoignons Y et R pour un dernier bain de soleil et bain dans la Cèze avant qu’ils ne quittent le Ran .

     Vers 18 heures , nous avons rendez-vous avec notre trio .J’ai demandé à JP qu’il me fasse un bondage avec notre corde noire comme à F .Nous voilà tous les cinq .Tu exécutes sur F avec la corde blanche ce que JP te montre avec la corde noire sur moi .Une fois liées , vous nous bandez les yeux , vous nous emmenez faire un tour , JP guide les laisses de son attelage , nous rions et jouons le jeu , imitant le bruit du cheval , comme des gamines …Vous nous attachez l’une à l’autre .Vous nous allongez sur le matelas recouvert de satin rouge , nous nous embrassons et nous caressons .JP vient avec ses infernales petits vibros , j’entends F qui part , qui gémit et commence à jouir .JP essaie un engin sur moi , c’est trop fort , il me le place dans la main et me laisse faire , je cherche , je serre les jambes _ condition sine qua non de mes orgasmes _ je protège mon clitoris et laisse le vibro au dessus des lèvres .C’est un plaisir étrange , irritant et infernal , j’ai un petit orgasme , mais un de ceux qui ne calment pas et qui obligent à continuer .A côté de moi , F gémit en permanence avec une voix rauque qui chante et communique la couleur et la forme de ses orgasmes .Moi aussi je me lâche , me laisse faire , comme F , par l’objet qui me fait jouir et par toute cette situation invraisemblable de m’offrir aveuglée en spectacle entrain de me faire jouir sans vergogne…

     Quand on arrête le jeu , tu me demandes si je préfère que tu fasses partir les spectateurs avant de m’enlever mon bandeau des yeux , tu me dis qu’il y a quelqu’un dont la présence risque de ne pas me faire plaisir .Je préfère voir : certes il y a ce sanglier déplaisant , mon « lèche-cul » ! mais il y a aussi notre voisin hollandais d’il y a deux ans que je salue chaleureusement .

      On boit l’apéro tous les cinq , puis on va dîner chez F et JP à la Genèse .On a bien bu , dans la caravane , on se caresse , F que tu lutines je crois suce JP pendant que je me mets à lui parler , à l’embarquer avec de rapides questions réponses dans son fantasme de jeunes filles .C’est quand je lui pose la question de son intérêt ou non pour les petits trous du cul serrés de ces jeunes filles que JP jouit .Il dit en riant que c’est la première fois qu’il jouit sur une question …

     Toute cette soirée est agréable et chaleureuse , on se sent bien avec eux .Il n’y a que Da qui reste très distant , et difficile  apprivoiser .Quelque chose s’est tissé entre nous cinq d’une fois sur l’autre , de jeu en jeu .J’aime beaucoup F , son abandon à moi , qu’elle me parle de sa vie , de son jardin , de sa difficulté à vieillir .Toi tu as joué avec JP tous le jours à essayer de l’embrasser sur la bouche ! Il en a de plus en plus ri , s’est de plus en plus détendu devant tes avances et tes remarques contre l’homophobie …Je me suis détendue avec Da , grâce à la manière dont Françoise m’a parlé de lui , je le plaisante sur son côté ours et ses rêveries de mâles autour de la féminité « naturellement programmée pour séduire les hommes » .Bon cela fait du bien de sentir de l’amitié qui naît entre nous …

 

R. et Y.

 

    Depuis nos jeux au Ran l’an dernier , nous avons vécu de belles choses avec eux : nous sommes allés ensemble à un spectacle de Anne Térésa de Keersmaeker à Bruxelles et aussi à Wasteland à Amsterdam .

     Leur arrivée ce jeudi 21 juillet pour la fête nationale belge que Shoushou mène ce soir là en quasi chef de fanfare , est une vraie joie .Ma petite humeur s’envole , R nous fait rire avec les récits de ses aventures professionnelles à rebondissements et de leur voyage en pilotage GPS qui les a égaré jusque dans le massif central et à destination d’un tout autre Barjac !On dîne avec eux et avec G et Gé .L’atmosphère de fête commence vraiment !(A partir de là , on nous rend même visite à tout moment , là-bas tout au bout du camp où nous sommes …)

     Le samedi 23 , nous dînons à la Genèse avec eux et D , nous sommes contents qu’ils fassent connaissance , parlent politique de ce côté-ci et de l’autre de la méditerranée .On boit beaucoup , on se change dans la tente de R et Y .D , pour cette deuxième soirée est de plus en plus désinhibé , il joue avec moi , me provoque , parle argot , parle de son balancement entre ses deux mondes , populo et intello , et finalement me suce un peu : une fois en bas pendant qu’on reboit un verre et que tout le monde s’habille , une fois en haut , près de la piste de danse : c’est devenu la chose la plus naturelle du monde quand bien même c’est aussi la chose la plus indécente qui soit .

     Ce soir je joue avec mon martinet .Avec un homme d’abord : Y l’entreprend et l’occupe pendant que derrière son dos , j’ai confié mon martinet à son épouse qui le fouette avec plaisir … Après cette première scène, c'est le défilé des femmes qui viennent à moi, ou amenées par leurs amies femmes , confiantes et/ou curieuses de tâter un peu du martinet avec lequel elles ont bien repéré que je ne vais pas les martyriser. Nous rentrons et je suis épuisée...

 

         C'est le dimanche, que R et Y nous rendent visite seuls et que nous prenons le temps de parler des choses les plus importantes, de leurs inquiétudes à propos de leurs enfants. Après la douche, ils reviennent dîner sans façon. Il n'y a pas de bruit ce soir de l'autre camp, et nous nous couchons pour une fois sans aller danser.

 

         Après le mauvais temps et notre épisode chez G et G, nous retrouvons R et Y qui passent nous voir avec L et B, j'ai mal au dos et B me manipule, j'arrive à me laisser faire, à me détendre, il y a une tendresse dans ces amitiés qui me bouleverse, je pleure. Puis seuls avec R et Y, nous parlons de nos phantasmes, de la capacité que nous avons ou non de les dire. C'est la première fois qu'ils nous parlent d'eux aussi intimement. Y dit qu'elle ne dit pas, que parler n'est pas facile. Je crois que c'est ce cadeau qu'elle nous fait de dire qu'elle ne peut pas toujours dire qui te fait pleurer: ce dévoilement... R va chercher les affaires qu'ils ont achetées la veille au Cap, et nous voilà partis pour une délicieuse séance d'essayage où Y. apparaît dans les tenues fétishs toutes plus splendides les unes que les autres.

      Moi, j'ai préparé quelques affaires dans la tente, martinet, masque, bracelets pour attacher. Pendant la conversation, j'ai commencé à piaffer, sentant en moi cette poussée du désir, ce besoin impérieux de transformer en acte tout ce que nos conversations, cette intimité, font bouillonner en moi d'émotions. Il faut que je provoque quelque chose, rester ainsi me frustrerait de manière insupportable et gâcherait tout. Je demande à R de demander à Y si elle veut bien jouer et se laisser faire. C'est d'accord, nous lui bandons les yeux et nous l'attachons là, assise sur cette chaise de camping, lui écartant les jambes, et nous l'embrassons, la caressons tous les trois tour à tour, elle ne sait pas à qui elle tend ainsi sa bouche, qui vient s'agenouiller entre ses cuisses, à moins qu'on ne lui laisse quelque indice de peau ou de voix pour le deviner. Elle se laisse faire, se laisse partir, j'adore la caresser, la sucer, voir son sourire, sa bouche s'ouvrir, entendre pour la première fois ses gémissements, elle devient incroyablement belle dans son abandon et excitante ! Je demande à R de se faire sucer par elle, il le fait exactement comme j'aime, comme un homme en rut qui ne ménage plus l'objet de son plaisir, Y est de plus en plus excitante. On la suce, elle gémit de plaisir, quémande d'être pénétrée, R s'exécute, je ne sais plus s'il jouit, on continue, on la caresse, on la pénètre avec un gode. On est trois abeilles qui tournent autour du miel, tranquillement excitées à mort. Je reprends place entre ses cuisses et je la suce, je sais qu'elle sait que c'est moi. Cette fois je ne doute plus qu'elle ait joui. Je le lui demande quand même! Je l'adore de me faire ce cadeau là, de me laisser la faire jouir... J'ai adoré tout cela, la profondeur de mon excitation, quand, au désir, est mélangé ce sentiment de proximité, cette ouverture des cœurs autant que des corps. C'est un pur bonheur.

 

         A partir de là, je crois que je commence mon épisode amoureux...( être amoureuse /être paranoïaque : deux modes de glissement hors du réel , l'un vers le haut , l'autre vers le bas?) Je pense à R et Y matin, midi et soir, quand nous ne sommes pas avec eux, je t'en parle, je plaisante avec toi de mon obsession, je me laisse doucettement envahir par l'obsession pour R et Y . Je voudrais à tout moment savoir où ils sont, ce qu'ils font, les rejoindre... Parfois me fondre avec eux... Par exemple, je vais les rejoindre à la plage pendant que tu bidouilles sur internet, je m'allonge près de l'un ou de l'autre, j'ai sans cesse envie de toucher leur peau, je ne comprends pas que ce ne soit pas possible autant que mon impérieux désir... Parfois je me sens mal à l'aise avec eux, il y a ce décalage entre mon désir parfois délirant de fusion et le réel... Je suis passablement muette sur tout ce qui m'agite intérieurement ...Et puis il y a ce qui passe ou ne passe pas entre R et moi. Quand nous les avons interviewés sur leurs pratiques d'échangistes, sur leurs désirs, leurs phantasmes, R a parlé de la manière dont tout tourne autour de Y, dont il est obsédé par elle, au point d'avoir peur parfois de l'étouffer par ses phantasmes. Ils ont parlé de leur expérience avec un autre homme, plus rarement un couple, R n'a rien dit de son rapport aux autres femmes. Cela m'a fait quelque chose. J'ai eu l'impression de me retrouver seule avec mon désir pour R qui ne trouvait plus d'écho chez lui. Pourtant, il y a eu depuis le début entre R et moi des moments de désir. Faire quelque chose de ce désir a toujours été compliqué. J'ai beaucoup aimé l'an dernier trouver cette manière d'agir le désir dans le jeu S/M avec R et Y. En riant, à la rentrée, R m'avait dit que puisque je lui avais fait vivre quelque chose d'aussi extrême il me le rendrait, en faisant avec moi, quelque chose qui soit le plus classique possible : la position du missionnaire ! Je crois que j'attendais, sans m'en rendre compte qu'il tienne sa promesse vieille de huit ou neuf mois... Bref, ce qui se passait ou ne se passait pas avec R me rendait mélancolique, c'était peut-être le silence pesant sur cela qui était le plus difficile.

 

         Et plus nous connaissons R et Y, plus je ressens fortement leur « switchitude ». je commence à ressentir comment Y, comme moi, passe peut-être d'une position phantasmatique à l'autre, soumise, dominante, avec les acrobaties mentales que cela demande. Je repère aussi chez R pas seulement le chevalier de sa princesse, mais aussi l'homme de pouvoir, celui qui sait dominer pas l'arme du silence ou l'homme dans le caprice de sa propre excitation.  La nuit qui suit ce jeu avec Y en reine soumise, je fais deux rêves avec R : mon père présent, R est médecin. R rejoint la constellation des « hommes en colère » figure fondamentale de mon inconscient et de mon excitation masochiste.

 

La samedi 30 juillet.

 

On joue à six. On a passé du temps à préparer les objets pour le jeu, de quoi masquer les yeux des trois hommes, de quoi vous attacher. Pour donner le signal que le jeu commence, j'apparais, revêtue de ma cagoule de latex noire avec juste mon corset et sur cela un grand voile noir transparent : pour qu'ils aient cette vision bizarre et inquiétante avant de ne plus rien voir et que nous les embarquions. J'ai vu R plonger en lui-même, B est vite mis sur le grill par L qui a un plaisir évident, aussi ludique qu’ inventif à manier B.  Tout est beau et étrange. Très vite, je suis débordée, ayant envie de jouer avec vous trois à la fois .Et puis je n'y arrive plus. Je t'emmène même très à l'écart pour me ressaisir, essayer de me  concentrer et t'embarquer dans le jeu et l'excitation. Cela ne marche guère. Y, de temps en temps, te manipule aussi, Y est toujours très attentionnée. Je suis perturbée d'entendre B et R  jouir et de ne pas avoir réussi à t'exciter. Mais c'est une belle chose de jouer comme cela ensemble . Je suis épuisée et n'arrive pas à me récupérer.

 

Quand ils partent le lendemain, nous sommes imprégnés de R et Y, de toutes les paroles échangées, de ce qu'ils nous ont raconté chacun de leur relation à la langue arabe, à la culture de leur famille, aux hypocrisies obligées auxquelles ils doivent se plier etc., à leur boulot … On n'a sans doute jamais eu des amis comme eux... La vie nous fait des cadeaux qu'on n'aurait pas imaginés il y a quelques années...

 

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