Ran été 2010 Pat PDF Imprimer Envoyer

- Ran 2010 - Pat-

 

 

 

- Le jeu avec R et Y:

 

Je pourrais commencer comme ça: on est au Ran depuis six jours. On a joué, baisé sur le matelas en plein air, jouer à « s’habiller » avec extravagance le soir pour danser, parlé et rencontré des amis.

 

Mais je pourrais aussi commencer en parlant de cette scène avec R, qui reprend le mot dont tu t’es qualifiée (« mémère - et ses médicaments ») et disant que ce n’est pas lui qui «  a commencé » (de t’appeler « mémère ») mais qu’il ne fait que répéter ce que tu as dit! Je lui fais remarquer qu’on peut quand même dire que c’est lui qui a commencé à répéter. Et que comme dit Derrida, c’est la répétition qui fait le commencement

Eh bien c’est ce qui vaudrait pour le jeu fait avec R, de « soumission »- attachement: où cela a-t-il « commencé »?

On pourrait dire que ça a commencé « vraiment » quand toi et moi commençons par « répéter » l’après-midi le scénario que nous imaginons pour ensuite. On fait un « filage » comme disent les acteurs avant la « première », on joue à vérifier les problèmes « techniques » : la hauteur des mains pour les attacher, trouver un système fiable (un antivol autour des troncs d’arbre!)comment faire pour que « l’attaché » puisse être tourné et retourné à la demande, comment lier les pieds tout en prévoyant de pouvoir les écarter pour mieux accéder au sexe, aux fesses avec les martinets ou les mains etc?…

On commence donc par « répéter »…Je me prête au jeu, avec grand intérêt…

Il n’y a pas qu’un enjeu technique, mais aussi psychologique, sur les places, la disposition d’esprit, la répartition des rôles entre nous deux, entre nous trois et entre nous quatre. On a l’idée de prévoir deux « totems », deux lieux où attacher chaque homme, un homme pour chaque femme « au cas où », et aussi pour que R ne soit pas parasité par ma présence, ma vue, mes gestes, et que ma place soit neutralisée pour qu’il se sente aux mains et à l’œil de Y et toi, entièrement « livré ».

 

On peut penser que la répétition a diffusé ses bienfaits (les « bienfaits de la répétition » quand elle est écoutée, reconnue, « jouée »), et que cela a contribué à ce que très vite le « cérémonial » permette à chacun de jouer sa place.

R, yeux bandés, est attaché à l’arbre-totem que nous avons aménagé et dont nous avons vérifié l’après-midi l’efficacité d’utilisation en coupant les branches, en testant la possibilité d’être plaqué sur l’écorce sans être blessé etc. Donc: dès que R a les yeux bandés, une transmutation spectaculaire a lieu: les yeux bandés, R devient méconnaissable, comme si son regard, habituellement, captait toute l’image que j’ai de lui, sans le savoir. Et la scène de fouettage sera une scène de ce mouvement auquel je ne m’attendais pas, d’un passage de frontière, allant de la transmutation à la quasi transsubstantiation !!Un R extra-ordinaire…

Je ne vois rien de la première partie, juste après avoir eu le temps d’abreuver R qui a les mains liées en l’air en lui proposant de le faire boire comme un enfant, en lui tenant le verre au bord des lèvres. Et ensuite à mon tour d’avoir les yeux bandés, les mains liées à l’arbre d’à côté, une scène qui transforme le lieu en Golgotha, R et moi les deux « larrons » en croix …Et parfois d’être fouetté par toi ou (sans doute) par Y, qui s‘amuse à brouiller les pistes entre elle et toi.

Je n’aurai plus alors que le son, et les phases de silence, jusqu’à ce que sans doute touchée par l’image troublante que R donne de lui dans cette épreuve, tu viennes m’enlever le bandeau. Je vois alors un R sublime, sublimé, transfiguré.

Des pinces décorent ses seins et ses testicules, comme des couronnes royales, et R bande en se tortillant sur l’arbre.

Je demande à Y si on peut prendre des photos de cet « événement ». (Petite panique quand un des pareils tombe en panne de piles, mais ouf je trouve le tien…)

R est devenu un Saint Sébastien, martyr consentant, resplendissant, la queue triomphante, le corps offert aux mains de Y et toi, jusqu’à un orgasme sans éjaculation - dont on reparlera ensuite.

Je dois beaucoup me retenir pour ne pas pleurer - il faudrait expliquer pourquoi ces larmes aux yeux, je ne sais pas si cela serait compréhensible et ne paraîtrait pas ridicule?

Les photos montreront, j’espère, quelque chose de cela, difficile à nommer.

La beauté des scènes où Y embrasse R, la beauté de vous deux semblant vous unir pour faire accoucher de quelque chose, peut-être la soumission consentante de l’homme, l’inversion de l’Histoire par ce paradoxe que le jeu permet : être attaché par des personnes qui nous désirent permet de se détacher de quelque chose de soi, cette transsubstantiation qu’est le désir…

 

Je ne sais rien de ce que R a vécu « de l’intérieur ». Peut-être rien de ce que je dis là ( c’est bizarre comme j’ai l’impression d’une vision chrétienne de cette scène : la « crucifixion » salvatrice, cathartique : ou plutôt ici: une cruci-fiction, et une déconstruction du mythe chrétien du fait que ce sont deux femmes qui crucifient les hommes, yeux et sexes bandés…). On verra, si R et Y écrivent ce qu’ils ont vécu, comme je les y ai tellement encouragés…

 

Le fait est que cette scène vient « réaliser » l’histoire de notre relation avec Y et R, d’une amitié de plus en plus grande, patiente, mais où nos corps restaient à l’extérieur (si on peut dire, d’une relation où à peu près chaque fois qu’on se rencontre, on est aux ¾ dénudés!).

Par le biais du « jeu », cette marche là a été franchie, et on sait maintenant que c’est possible.

C’est une question lancinante au Ran : tout est « possible », mais comment le rendre possible ? Ici, cela a eu « lieu »…Mais quel boulot!

 

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- Les jeux, et ce qu’on a fait :

 

- Vaisselle, toi en petite chienne un peu mal élevée qui m’énerve pendant que je fais la vaisselle, que je ne sais pas comment dresser, tantôt en grondant, en fessant, tantôt en flattant et en lui donnant mon sexe en su-sucre…

 

- On se dispute. Pour s’en sortir, je te propose de m’attacher et de me frapper aussi violemment que tu veux. Tu m’attaches, me frappes, me demandes de dire pardon, de reconnaître que je ne t’écoute pas ou mal. Tu m’encules avec un gode qui me fait mal, et ensuite avec ton doigt qui me fait du bien. Tu me détaches, t’assieds cuisses écartées, je me mets à genoux et te suce. L’asiatique entrevu un soir précédent en dansant et sur lequel nous avons fantasmé, arrive, beau comme un dieu. Tu le fais venir et le caresse pendant que je te suce. Il est d’origine vietnamienne et s’appelle Vincent. Tu lui proposes un jeu:

 

- Je te mets un collier et une laisse, et on t’emmène aux sanitaires pour que Vincent te rase le sexe, dont les poils réapparaissent. Aux sanitaires, je te fais asseoir entre deux lavabos, cuisses écartées. On te mouille, te savonne (je donne le savon à Vincent qui s’applique). Je fais un peu mousser partout sur les poils, et Vincent te rase, centimètre par centimètre, le haut du sexe, les côtés. Et les lèvres que tu exhibes avec les doigts, qui ressortent bien. Parfois je glisse ma main pour vérifier la qualité du rasage, ou pour resavonner, pendant que Vincent rince le rasoir…

Ensuite tes fesses, je te fais mettre debout, puis penchée, les fesses bien écartées. On te savonne et Vincent te rase là aussi. Du monde regarde, une femme branle son mec… Je vérifie le rasage en le disant et en glissant mes doigts et ma queue sur ton cul… Je te fais rasseoir et me branle sur ton sexe bien rasé, je bande et je t’enfile, tes lèvres bien écartées.

Je dis aux personnes présentes qu’elles peuvent maintenant commenter. Un homme dit que tu « as un bel anus », et croit pouvoir s’autoriser à te mettre la main sur le sexe. Je l’en empêche. D’autres personnes disent que c’était très beau…

On remmène Vincent « chez nous ». On l’étend sur le matelas, je lui demande si je peux le toucher, il ne dit pas non. On est chacun d’un côté. Il te touche mais ne me touche pas. On le suce, il bande, une queue recourbée qu’on commente. On lui donne un préservatif qu’il enfile. Tu t’enfiles sur lui, il est sur le dos, toi au-dessus de lui, tes fesses tendues vers son visage. Tu joues un peu mais il est passif. Tu te relèves, il semble vouloir venir au-dessus, mais il ne bande pas, on arrête là.

On va boire un pot avec lui, il est venu au Ran une semaine, sans sa copine « qui est chez ses parents »… On essaye de le persuader doucement que c’est bien plus intéressant de ne pas faire tout cela en secret… On repart à trois pour traverser le camping, on est tout souriant. Il nous montre sa caravane louée. On s’arrête quelques instants chez Yoli et Pierre à qui on présente Vincent.

 

- Je t’attache à l’arbre-totem, te bande les yeux, te fouette les fesses, te fesse assez fort pour que cela rougisse, . (Tu me diras ensuite que j’aurais pu aussi te fouetter le dos, et un peu devant). On a un incident avec un « sanglier » que tu as entendu arriver avec sa moto, qui est celui qui avait voulu te toucher sans rien demander dans les sanitaires, et cela te bloque. J’ai un peu de mal à le faire partir : « j’ai payé mon entrée!!! ».

Mais on y arrive et le jeu peut continuer. Je te serre les seins avec une ceinture en cuir tressé (c’est très beau!), je te mets des pinces aux seins et aux lèvres du sexe, je te branle, en alternant avec les « coups ». Je te parle à l’oreille, te dis que je suis en train de prendre l’habitude de te battre, te parle d’un passage d’un texte de Robbe-Grillet (in « Un roman sentimental ») où un personnage explique à un autre qu’il la bat non pas pour faute, mais par amour et désir, pour que cela soit bien marqué…Je suis en train d’apprendre cela et de le comprendre, je te le dis à l’oreille et te dis qu’ensuite j’apprendrai à te violer! Le sourire te vient aux lèvres, la joie que j’ai de pouvoir te « dominer » à partir de ce que nous apprenons à faire, par exemple parler à l’oreille de celui qu’on domine, créer ainsi une complicité à la fois parallèle aux gestes, mais aussi trahie par ces gestes…Cela me ravit que le Ran rende cela sensible…Je te pique les seins, le ventre avec la pointe d’un couteau, je glisse des feuilles piquantes sur ta peau, comme je te l’ai vu faire sur Rachid…Je te fouette et te branle, jusqu’à ce qu’on décide d’arrêter. Du monde nous regarde. Quand tout le monde est parti, tu es allongée sur le matelas, je te branle, te suce, tu jouis et moi ensuite en toi….

 

- C’est le matin, je crois. Je suis excité, tu es assise, au soleil, je suis debout et je pose ma queue sur ta bouche, tu me suces, je bande. Emmanuel, le voisin, passe en souriant…

 

- On a convenu avec Claude qu’il nous rejoigne aux sanitaires pour me raser tout le corps, que vous me menotterez et bâillonnerez, et que tu joueras à me narguer avec lui. Jean-Paul, l’ami de Claude, fait la police pour qu’on n’ait pas à la faire.

Vous me rasez les jambes, je me suis assis entre deux lavabos comme toi dans le jeu précédent, et dans la même position, jambes bien écartées. Chacun une jambe, Claude est très appliqué. Parfois j’essaye de glisser un pied près de son sexe, ou sur tes fesses, tu me grondes. Tu me laisses en plan, et commences à jouer avec lui devant moi, vos images renvoyées par tous les miroirs, je peux te voir de tous les côtés… je bande et tu me grondes… Vous reprenez le rasage, Claude me rase le sexe, et les fesses, comme toi l’autre jour, je suis alors penché, parfois tu me branles, ou t’amuses à ce que nos queues s’embrassent…Tu me fais sucer sa queue, et lui demandes si cela lui va. Méchamment, faisant fi de toute solidarité entre hommes(!), Claude dit que je pourrais mieux m’appliquer alors que je fais tout ce que je peux !! Bêtement, j’obéis -ensuite je me dis que j’aurais dû le mordre un peu…

On a convenu qu’à un moment le jeu se retournerait. Claude m’enlève les menottes et on te menotte à ton tour. Je te fesse et te dis que je vais t’emmener sous la douche pour te punir de m’avoir nargué comme cela avec un autre homme! On t’emmène sous la douche, et on te fesse à tour de rôle. Tu es appuyée sur le mur et sans prévenir tu appuies sur le robinet. On est trempés. Pour te punir, je dis à Claude qu’on va te pisser dessus (c’était le but du jeu!), je le fais (je me suis retenu depuis un bout de temps!), mais Claude n’y arrive pas. Jean-Paul le remplace, et ensuite Claude s’y met aussi (je crois), et tu es pleine de pisse. On te fesse, te branle, on se met à bander. Claude me dit que j’ai la « queue la plus grosse du camp!!! »… On rit, et ensuite on se douche tous ensemble…

 

- On a repéré que le couple d’allemands en dessous de nous, nous avait aussi repérés (on a dansé avec eux un soir, Georg avait mis une tenue sexy, et pas seulement Suzanne, on avait joué à flirter à quatre sur la piste de danse, et on avait vu que les deux étaient bis…). On va les voir pour leur proposer de jouer dans la journée. Ils nous disent qu’ils ont aussi des « toys » et qu’ils viendront chez nous l’après-midi. On est impatients, on installe l’espace (Suzanne a dit qu’elle aimerait commencer en étant allongée). On croit qu’il faudra faire attention et aller progressivement. Ils arrivent : Georg a un pantalon en cuir, ouvert sur le sexe et les fesses, et…deux valises à la main, de ces valises qu’on connaît, vues dans les clubs S/M… On va vite voir que c’est nous qui allons être les « élèves »… Suzanne est nue, en talons. Elle s’allonge sur le matelas, et Georg sort le « matos »! Il place deux petits tubes sur les seins de Suzanne, les relie à un appareil qui lui permet d’aspirer l’air dans les tubes. Le bout des seins triple de volume, et même une goutte de liquide blanc apparaît sur l’un deux! Suzanne est concentrée mais ne semble pas avoir mal. Georg place sur le sexe de Suzanne une coque en plastique transparent, il la fait adhérer avec une sorte de gel, et fait le vide comme sur les seins. Le sexe de Suzanne ressort, en excroissance sur le bas de son ventre, on n’ a jamais vu cela. Suzanne semble excitée, Georg la titille… On la caresse de tous les côtés, on dirait une cérémonie… Il y a des gens qui regardent, mais tout le monde est très silencieux et attentif… Georg enlève les appareils, Suzanne se relève et tu l’attaches à l’arbre totem. Tu la fouettes, en échangeant avec Georg les divers martinets… Tu branles Suzanne et lui parles à l’oreille… Tu la fouettes entre les cuisses, les lanières glissées sur le bord du sexe qui a été « aspiré »…

On boit un verre pour se récupérer un peu. Georg montre d’autres instruments : il a un appareil aussi pour les mecs, selon le même principe que celui utilisé sur Suzanne. Il montre ce que cela fait d’abord sur lui: il rentre sa queue dans un tube, il aspire l’air et sa queue double de volume… Il me propose d’essayer, je crois que ça ne va pas marcher comme cela. Mais si, ma queue à peine commençant à bander, il l’aspire et je me retrouve avec cet appareil « monstrueux » qui rend ma queue pas moins…

Après tu t’allonges sur le matelas, et Georg et Suzanne commencent à jouer aussi avec toi. Tu as les yeux bandés, Suzanne te caresse, te suce, et finalement ils te placent l’appareil et hop ton sexe s’érige, vrai petit mec… Je demande de pouvoir prendre des photos… Georg te titille comme il l’a fait pour Suzanne. Je me demande ce que tu ressens, mais comme Suzanne toute à l’heure, tu ne sembles pas avoir mal, et tu es « concentrée », peut-être aussi sensible à ce que Suzanne te fait qu’à ce qui se passe pour ton sexe. Je prends des photos de ton sexe sous « globe ». Georg te « débranche » et tu es attachée aux branches de l’arbre! Tu es fouettée par nous trois, qui échangeons les martinets et les instruments. Georg et moi alternons les coups sur tes fesses qui rougissent. Suzanne se frotte à toi, en te pinçant, je crois, et en te branlant. Tu sembles « aux anges », et quand on te détache, on dirait que tu reviens d’un rêve…

Mais ça ne va pas être si simple : on a « convenu » que le soir on se retrouverait en dansant. Mais avant que le soir tombe, on entend Georg et Suzanne baiser et jouir très bruyamment, comme jamais. Ils ne viennent pas danser, et le lendemain ils partent faire du tourisme sans qu’on les voie…

Pendant deux-trois jours, tu régresses comme une petite fille à l’égard de Georg et Suzanne, tu n’as qu’une envie, être avec eux! Tu t’en rends bien compte, et devant l’indifférence de ce couple qui, étonnamment, ne fait rien pour rejouer avec nous, tu finis quasiment par déprimer, et on doit mobiliser nos analyses pour traverser ce drôle de coup qui arrive là. Tu parles de la trahison de tes parents, lorsqu’ils se disputaient, te prenaient à témoin dans leurs différends, et finalement s’entendaient parfois franchement sur ton dos. On est étonnés du comportement de Georg et Suzanne, que peut-être on comprendra mieux en les interviewant (La jalousie de Suzanne, le jeu de Georg avec cela ? La jouissance spectaculaire qu’ils ont pu avoir entre eux de nous frustrer. La banalité des couples « névrotiques »…).

 

- On a flotté depuis le « coup » subi avec Suzanne et Georg. On voit bien qu’il faut en sortir. On va bientôt devoir partir, fin des vacances. On fait attention à nous. C’est l’heure de la sieste, tout est calme. On est sur le matelas, on essaye de baiser, on n’y arrive pas bien, tu me proposes (ou moi, je ne sais plus) de te lier et bander les yeux, mais que personne ne nous regarde. Je vais chercher le matériel dans la tente, mais quand on veut commencer, voilà que Jean-Marc, un homme bi rencontré quelques jours auparavant avec son amie, arrive cette fois avec un autre homme, ancien collègue de travail venu « visiter » le Ran… Jean-Marc est attentif, il s’aperçoit qu’on allait jouer, et il montre qu’il ne va pas s’attarder et nous parasiter. Je ne sais plus comment cela a été possible, mais finalement tu acceptes de jouer devant les deux hommes. Je te masque les yeux, t’attache les mains, et commence à te parler rudement, à t’engueuler sans raison, et à te dire de me sucer, mieux que cela, à te retourner pour te fesser, te fouetter, à te retourner à nouveau pour encore me faire sucer, à te fouetter le sexe et le ventre, en te grondant. Je te pose des pinces sur les seins et sur les lèvres du sexe, en disant de remuer pour que cela fasse du bruit et soit plus intéressant à voir. Je me frotte aussi à toi, me fait resucer. Mais voilà que Shoushou arrive, un doigt sur la bouche pour faire signe de ne rien dire quand je la vois.

Je suis un peu affolé! Je continue le jeu, te fais remonter les fesses pour bien faire ressortir ton cul, et commences à te fesser. Je fais appel à Jean-Marc pour qu’il me relaie, qu’il te fouette les fesses bien relevées pendant que tu me suces et que je te tienne les jambes remontées sur tes seins. Entre les coups il te caresse les fesses, je lui dis que non, tu ne le mérites pas, et l’encourage à continuer. Je te dis que tu es obscène comme cela, dégoûtante, que tu vas avoir honte, et d’autant qu’il y a quelqu’un qui te regarde, et que quand tu sauras qui, tu auras encore plus honte. Je te demande si tu veux que j’enlève le bandeau après avoir enlevé les pinces de ton sexe et des seins. Tu me dis que oui, et tu découvres Shoushou en train de te regarder avec un beau sourire…

On parle un peu à cinq, et puis Jean-Marc, toujours attentif à ne pas nous envahir, et son collègue nous laissent seuls avec Shoushou. Conversation délicieuse sur le S/M, où en est chacun, ce que cela apporte etc…On a l’idée qu’un jour on pourra jouer à trois…

 

- Il y a des jeux à deux, entre tous ces jeux là. Une baise dans la tente, les matelas relevés pour qu’on ait plus de place, un matin où il ne faisait pas chaud ou on ne voulait pas surveiller si on était seuls ou pas. On un autre jeu de vaisselle: tu viens faire la vaisselle avec moi, sans idée de jeu convenu. Tu me taquines pendant que je fais la vaisselle, en me branlant… Je me mets à bander, des gens regardent, je bande bien (j’ai envie de jouir!), et je leur dis que je suis un mec bizarre, que la vaisselle fait bander! On repart à la tente comme cela, moi en tenant la vaisselle sous le bras, toi en tenant ma queue bien raide. On s’arrête devant la caravane des « sangliers », qui sont à plusieurs à papoter comme d’habitude, on leur montre ma queue, je leur dis la même chose, que la vaisselle me fait « ça », que peut-être il y a quelque chose dans le produit de lavage, je ne sais pas!!Au Ran, même la vaisselle fait bander (mais je peux ressentir la même chose chez toi en faisant le ménage à moitié nu…)

 

- Il y a eu des jeux imaginés qui n’ont pas eu lieu : se trouver un amant « fixe » pendant le séjour, ou, après le jeu avec Claude et Jean-Paul, aller les retrouver pour proposer une petite « partouze » à quatre, toi avec trois hommes bis, ça te plairait bien, y compris de regarder les mecs…Jouer avec Anne et Manu, voisins devenus amis, avec qui on a bien parlé. On n’a pas joué (sauf de la guitare…), mais le jour de l’anniversaire de Manu, on leur donne un « bon » valable un an, pour baiser à quatre à leur manière! On a aussi dû imaginer des histoires en se caressant jusqu’à jouir, mais je ne les retrouve pas…On a aussi nagé, vécu nu en voyant nos corps se reconstituer, se reformer (avant les vacances j’avais l’impression de perdre mon corps, qu’il se relâchait, cela m’horrifiait!), bronzer, passer même du bronze à l’or…On n’a pas pris assez de photos…C’est terrible de penser à tout ce qu’on n’a pas fait !!

 

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 - Les gens – (par ordre alphabétique…)

 

 

 

- Anne et Manu : on est au même « étage » dans le camping. On finit par faire connaissance, parler du nord d’où Manu vient aussi, on devient « amis », avec qui on peut parler aussi des moments où on flotte. On a les larmes aux yeux (moi d’abord et puis tu t’y mets aussi!) quand Manu nous fait un concert « privé » de chansons françaises, on va ensemble à Barjac, on se commente nos dégaines, on parle des enfants. Ils sont très beaux tous les deux et à deux. On les interviewe et ils nous interviewent, ça c’est vraiment bien! Mais j’oublie de brancher le micro pour notre interview, peut-être pour nous obliger à la refaire!Dans l’interview, ils essayent tous les deux, c’est vraiment intéressant, d’expliquer ce qu’ils cherchent et ce qu’ils trouvent dans le « libertinage », pourquoi et comment ils en sont venus là. Ils essayent de dire et pas seulement de faire. Ils s’appuient sur une distinction (que nous ne faisons pas, de notre côté) entre amour et désir. Manu développe la théorie dite « du réverbère », et Anne explique comment le libertinage lui (et leur) a permis de « queeriser » (ça c’est moi qui le dis) son idée qu’il y a en tout mec un « vice caché ». Je ne comprends pas pourquoi Manu n’est pas (encore?) bi, il a tout pour l’être. Mais il ne faut pas le lui dire, il ferait encore plus exprès de ne pas l’être…On fait l’anniversaire de Manu, et on lui offre un bon pour une baise à quatre, valable un an!On peut entendre Anne et Manu sur philoqueer : on les a interviewés (et ils nous ont rendu la pareille! Grâce à eux on peut aussi nous entendre - ou s’entendre…).

 

-Bernard : c’est un sanglier (cf plus bas « sangliers »), mais un vieux routard du Ran. Il est veuf, mais on le verra un soir avec sa « jumelle », une femme toute souriante née le même jour que lui. Il vient un jour jusque chez nous et nous invite pour l’apéro le lendemain, « en toute convivialité ». C’est la première fois que ça nous arrive ! On arrive et un groupe se constitue, aux 2/3 de sangliers, et au 1/3 de couples ou de femmes seules ( ?). C’est là qu’on rencontrera Jean-Marc et Fabienne (cf « les jeux »).

Ce geste de Bernard à notre égard est très sympathique. Je suppose qu’on l’intéresse, qu’on l’intrigue, que nos jeux le divertissent, je ne sais pas. Il nous dit que nous lui sommes sympathiques. Je lui raconte qu’on veut interviewer des gens, et qu’on aimerait l’interviewer. Mais il part le lendemain. Mais il revient ensuite (il habite la région !). Il revient deux fois nous revoir pour prendre un rendez-vous pour l’interview, mas on ne va pas y arriver. Quand il vient nous voir, on est out, épuisés.

J’espère qu’il ne nous en voudra pas à vie, et qu’on pourra l’interviewer la prochaine fois !

 

- Colette : on se promène dans le camp, et pour la première fois on va dans « l’autre partie ». On remarque un petit camping-car dont l’intérieur est décoré en violet, bordeaux, argent, un décor de palais érotique des mille et une nuits. A l’extérieur, table et sièges sont du même style! On apprend que c’est la camping-car de Colette, une des rares femmes à venir « seule » au Ran. Le soir, elle danse très souvent invitée sur le podium avec le gay hollandais, et cela fait un couple surréaliste, très beau, qui inverse les canons habituels des hétéros… Colette nous parle de sa haine des hommes, qui l’ ont tellement déçue dans sa vie. Très vite « ils deviennent « mous », et petits garçons « profiteurs », dit-elle…Ils ne savent pas donner, et elle se fait avoir dans son envie de donner. On lui propose de l’interviewer, mais quand on y va, Colette a quitté le Ran. On aimerait bien la revoir.

 

 

- Les couples « d’en bas » : on est installé dans le camping sur une sorte de terrasse un peu en hauteur. De là, on voit « l’étage » d’en dessous, un chemin de passage, le long duquel s’installe des campeurs, surtout quand la place est réduite ailleurs.

Quand on s’installe, il y a déjà un couple avec une caravane. On ne les voit jamais rien faire. Ou en tous cas rien faire d’autre que de regarder les gens passer, et, surtout, de nous regarder, quoiqu’on fasse : jouer, baiser, mais aussi faire le repas, ranger, faire de la gym… La femme surtout semble en apoplexie, elle passe son temps à nous « fixer ». Parfois ça nous gène, mais on finit par s’y habituer. Le soir, on les croise parfois sur la piste de danse, leurs yeux écarquillés sur nos tenues. Je crois qu’une fois on leur fait un petit signe. Après tout si on voit qu’ils nous regardent, c’est qu’on les regarde aussi! C’est tout…

Quand ils quittent le camping, un autre couple s’installe, accueilli par ce que nous pensions être un « sanglier », mais qui semble être un ami qui les attendait. Au début, en voyant le trio, j’imagine cette distribution: le « mari » paraît peu causant, et la femme et le « sanglier » passent leur temps ensemble, à papoter sans arrêt. Mais c’était mal voir les choses, finalement le mari et le sanglier parlent aussi très souvent ensemble. Le sanglier, lui, n’arrête pas de s’agiter et de parler. On ne sait pas de quoi. Parfois, on les voit rire ensemble tous les trois. La femme semble très heureuse entre ces (ou ses) deux hommes. Elle est de plus en plus épanouie au fil des jours. Mais on ne les voit jamais jouer à quoique ce soit. Ils nous regardent souvent, on le voit, mais d’une manière moins pesante que le couple précédent. Quand on passe près d’eux, on leur dit bonjour, et tout le monde se sourit (il faut dire que j’avais bougé spontanément la voiture à leur arrivée pour qu’ils puissent se mettre plus à l’ombre, et d’emblée ce geste nous a mis dans les « gentils », quoiqu’on fasse parfois d’un peu « bizarre »). Ils assistent de chez eux à nos différents jeux, en particulier les jeux sur les arbres-totems. Ils sont aux premières loges! Le soir, ils nous voient sur la piste de danse, dans nos tenues extravagantes. Parfois, on peut surprendre le mari ou le sanglier jouer à fesser la femme, mais très rapidement et en riant, en passant. On les apprécie de plus en plus dans leur style. Ils sont touchants, le mari a un style d’homme du sud, un peu rond, moustachu, les cheveux blancs. La femme me fait penser à ma mère (!). Oui, ça pourrait être des parents. On va les voir après avoir eu un problème avec un sanglier à moto qui parasite un jeu (cf plus haut) : ils nous soutiennent à fond, en disant que ce qu’on fait est très beau et très bien! Le matin de leur départ, ils montent jusque chez nous pour nous dire au revoir. Ils vont nous manquer. Personne ne vient les remplacer (sauf un sanglier allemand en scooter pendant deux nuits, silencieux et invisible).

 

- Les couples hétéros : ils viennent danser comme ceci : la femme est en tenue « sexy », des vêtements dénudant, près du corps, des talons, maquillage etc… L’homme est en chemisette à carreaux, bermuda, chaussures plates ou tongs, et parfois même chaussettes… Ils nous regardent comme des bêtes curieuses… Mais dès qu’on est plusieurs à être habillés comme nous, on sent que ça s’inverse, c’est nous les reines, et on gagne… Tout doucement la « norme » hétéro bat de l’aile. Au fil du séjour, on a vu certains hommes changer, et « faire un effort », encouragés par leur femme à qui on avait parlé. Certains viennent nous voir : «  ce soir j’ai fait attention! ». On a l’impression qu’en fait beaucoup d’hommes ont des tenues plus sexy, mais n’osent pas les mettre… Un homme vient même me dire qu’il m’admire parce qu’il est bi et « soumis », mais qu’il n’oserait pas le montrer en public comme je le montre. On a plusieurs fois été interrogé d’ailleurs sur cela : comme parfois on avait tous les deux un collier, ou parfois c’était toi, et parfois moi, personne ne comprenait : « mais alors qui domine qui? »…Les hétéros ont besoin d’un monde net…On s’amuse à le brouiller, pour les débrouiller… Mais parfois, on n’arrive pas à gagner, et on repart de la soirée dégoûtés…(Lé télé qui diffuse une chaîne allemande débile, présentant des filles à louer par téléphone, fait des ravages idéologiques, et des femmes des biftecks pour mecs bien sûrs d’eux… La jouissance codifiée des hétéros est affligeante…).

 

- Le gay hollandais : c’est à se décourager d’oser danser quand on le voit danser. Un sorcier, qui transforme la musique en corps, et le corps en mouvement incarné. Une incarnation qui doit être une réincarnation, parce qu’une telle manière de danser, ce n’est pas « humain », c’est « céleste »… Pas divin, diabolique… La surprise, ça a été le soir où on a pu se parler, ou il nous montre qu’il aime notre manière d’être (dés)habillés le soir pour danser et jouer, on s’est donc remarqué mutuellement. On peut parler de notre besoin de respiration avec le monde gay, un monde où le désir est leste et céleste, souvent… Dommage qu’il y ait là aussi la frontière de la langue, mais ça a été un délice de se rencontrer. Evidemment, on en est amoureux tous les deux…Un Victor aussi victorieux…On airait bien aimé parler avec son ami, mais on s’y est pris trop tard. On a le mail, et on espère les voir à Wasteland…

 

- Lysa et Benoît : on n’a pas pu se parler autant qu’il aurait fallu. On sent une proximité entre nous, des points communs, sans doute une sensibilité à des choses communes. Mais Lysa est en « apprentissage », elle commence juste les jeux « libertins », (enfin, c’est ce qu’on comprend), et on les croise plus qu’on ne se rencontre. Peut-être plus tard…

 

-Monique et Robert : nous remarquons Monique et Robert un soir sur le lieu de danse. Ils sont habillés « fétish », ont des piercings un peu partout, Robert encore plus que Monique. Nous allons leur parler un soir et on va un peu mieux se connaître. On leur dit que ça nous aide qu’ils soient habillés comme cela, que nous nous sentons moins seuls et « bêtes curieuses » regardés parfois bizarrement. Ils ont beaucoup de goût et des tenues extravagantes. Robert a des tatouages qu’il est fier de nous montrer, en particulier un tatouage « coquin », une femme dont le corps, on ne le voit que si on y fait attention, est dessiné en forme de phallus.. Ils nous racontent les déboires horribles qu’ils ont eu dans un club parisien S/M où ils allaient pour la première fois, où ils ont souffert de gestes brutaux qui ressemblent quasiment à un viol. On trouve cela très grave, il faut faire la chasse dans le milieu « libertin » à tous les petits salauds qui commettent des actes inacceptables… Robert a eu une maladie très grave et doit faire attention à sa santé. Il ne peut pas danser, mais son corps, même immobile, est une vraie statue… Monique est pleine de vie, et leur association est bien belle à voir, la manière dont ils sont attentifs l’un à l’autre en permanence, mine de rien. Nous savons qu’ils ont des jeux sexuels partagés, et ce mélange entre drame, maladie, et vie et désir est très touchant. Ils ne se laissent pas abattre par la maladie, sans la nier pour autant. Ils ont un beau camping-car, ne travaillent pas, et vont et viennent dans les lieux comme le Ran une bonne partie de l’année. La belle vie !Bref, je les aime !

 

- Les salariés du Ran : il faudrait les interviewer aussi! Qu’est-ce que ça fait de travailler dans un lieu pareil? On a eu une tension à l’accueil, l’impression de quelqu’un à qui ce travail pesait, mais après ça s’est dépassé, vraiment, et au départ on a même pu parler un peu. On a eu plein de sourires avec les barmans, qui s’occupaient de mettre nos affaires en sécurité, en ricanant un peu de tout le bardas qu’il nous fallait transporter pour danser et ensuite repartir à pied à l’autre bout du camping (pas pensable de faire tout cela en haut talon dans le noir…). L’un d’eux me glisse en passant que son travail est aussi un travail « social », voire « psy », bien des gens lui font des confidences. La prochaine fois, on les interviewra… Le « propriétaire » du Ran, on ne sait pas. Parfois on le croise, il détourne les yeux. On est trop inclassables, peut-être - mais ce n’est peut-être pas cela…

 

- Les sangliers : c’est comme cela qu’on appelle ici les hommes qui viennent seuls. Certains ne viennent que pour la journée. Ils passent leur temps à marcher dans le camping, à espérer assister et peut-être participer à des jeux sexuels imprévisibles. Parfois leur présence est lourde, plus insécurisante pour toi (il faut se raisonner pour se dire qu’ici une femme est plus en sécurité qu’à l’extérieur. Une femme avec qui on en parle, flamande venue avec son mari d’origine marocaine, nous dit qu’elle ne se sent pas du tout en sécurité et qu’elle ne pourrait pas se promener seule). On parle souvent des sangliers. De mon côté j’ai du mal à comprendre ce qui peut intéresser un homme à cette place: je pense que c’est de l’homosexualité refoulée, d’hommes qui en fait désirent des femmes qui sont avec un homme parce qu’ils sont plus excités par ce lien là et la présence de l’homme que par la femme « en tant que telle ». En en parlant avec un couple (Benoît et Lysa.), - Benoît a parfois été un sanglier dans le passé-, j’entends bien que ça peut être autre chose. Le plaisir d’un érotisme moins classique que la conjugalité. (mais Benoît est bi, c’est plus clair). J’ai aussi entendu une autre théorie: des sangliers croient que les couples qui viennent ici, viennent parce que l’homme est impuissant ou n’arrive pas à « combler » « sa » femme, et heureusement, les Zorro-sangliers sont là pour pallier à cela et donner aux femmes ce qu’elles attendent! C’est vrai qu’on voit bien des sangliers fiers d’eux, au port altier, et parfois persuadés que leur seule vue va faire tomber la femme en pâmoison !!! Ce sont les « lourds »: ils ne comprennent pas du tout que ça puisse ne pas marcher, et encore moins qu’on leur montre ou leur dise qu’on préférerait qu’ils continuent leur chemin (certains peuvent se branler pas loin, alors qu’on n’est pas du tout dans un jeu érotique… C’est bizarre de voir qu’on peut exciter sans rien faire…).

Mais il y a aussi des aspects sympathiques: on voit que les sangliers s’organisent et se parlent entre eux. On a l’impression que dans le camping, il y a des « relais-sangliers », où les sangliers se retrouvent, se donnent manifestement des infos sur les « bons coins » ou les « bons coups », qu’il y a une sorte de solidarité. Il faudrait faire une ethnologie des sangliers…

Il y a, c’est sûr, aussi un « marché aux sangliers », des couples où la femme recherche la baise avec des sangliers qui lui conviennent, des queues qui peut-être sont remarquées. Des sangliers traités comme les mecs traitent parfois les femmes. Une femme nous raconte le travail qu’elle fait pour les amadouer, les rassurer, pour arriver à ce qu’elle veut. Bon…

Il y a aussi les sangliers attentifs, pas lourds, qui comprennent quand ce n’est pas le bon moment ou quand c’est le bon moment, qui comprennent que c’est mieux de ne faire que regarder en silence, ou que ça va être possible d’être plus près, de parler etc…Les sangliers qui contribuent à diffuser le désir.

On pense que le Ran manque d’attention à cela. On pense qu’un « mode d’emploi » devrait être donné aux sangliers, que certains devraient être éduqués, qu’ils arrivent à comprendre le décalage entre leurs fantasmes et la réalité, et qu’ils intègrent la réalité pour qu’il n’y ait pas cette tension parfois pénible. On ne peut pas faire comme si un lieu comme le Ran était un lieu « naturel », et qu’il suffise d’être libres, nus et dans la nature pour que la sexualité et le désir circulent et fonctionnent. Cela ne marche pas. Il y a des grossièretés, des vulgarités, qu’il faudrait canaliser en les éduquant. C’est tout un travail qu’il serait possible de faire au Ran, qui est un lieu à la fois ouvert et délimité. Les clubs ont tous un « règlement intérieur », c’est un exemple. Contrairement à ce que prétendait un sanglier qui nous ennuyait, le fait de payer l’entrée ne donne droit à rien vis à vis d’autrui. Celui-là, mal élevé, justement, ne semblait pas du tout le comprendre, sûr de son « bon droit ». Ce n’est pas par morale que je dis cela, c’est simplement que si c’est cela qui se passe, alors plein de jeux et de possibles n’ont pas lieu: ils ne pourraient avoir lieu qu’avec des garanties, que le Ran ne donne pas si les sangliers ne sont pas « dressés », domestiqués, éduqués puis humanisés…Et au bout du compte, les sangliers eux-mêmes sont perdants…

 

- Suzanne et Georges : j’ai déjà écrit un peu sur Suzanne et Georges, et en plus on les a interviewés - l’interview est mise en ligne. Il y a peut-être eu le problème de la langue, qui a fait que nous n’avons pas pu facilement parler de subtilités que notre rencontre avec eux a soulevées. Cette rencontre nous a déstabilisés: on a échangé des jeux, en particulier S/M, qui nous ont réjouis, et aussi remués, et on a cru qu’on allait aller plus « loin ». Suzanne a changé de look au moment de cette rencontre, une coupe de cheveux qui la rapprochait de toi. On a fait tous les signes possibles. Mais on a eu devant nous un couple fantôme, on a juste pu faire l’interview, et puis plus rien. Le problème, c’est que nous avions bêtement mobilisé notre libido vers eux, et qu’il nous a fallu du temps, de la déprime et de l’analyse pour en sortir en voyant les attitudes décalées avec ce que nous pensions. Résultat: on a peut-être été les « jouets » d’un couple pas clair avec les questions de jalousie (on l’a compris par l’interview), qui a joui sur « notre dos » - jouir sur le dos de quelqu’un, c’est une économie libidinale qu’on connaît très bien, on l’a traversée et décryptée dans notre propre relation, au début de notre rencontre, et on sait que ça peut bien exciter certaines personnes - nous, on les appelle « névrotiques ». L’énigme qui reste de notre rencontre avec Suzanne et Georges, c’est le statut du S/M dans leur vie. On ne doit pas en avoir la même conception (pour nous le S/M est une machine ludique qui permet de déconstruire les rapports de pouvoir et d’en jouir explicitement au lieu de secrètement comme cela se passe habituellement - autrement dit, justement, de ne plus jouir sur le dos d’un tiers - présent ou absent : jouer pour déjouer). On leur a donné la phrase de Freud « Wo es war soll ich werden », mais ils ne la comprennent pas… « Dommage »…

 

- Véronique et Olivier : c’est le contraire du couple précédent, peut-être… Nous les avons interviewés, et ce qu’ils font entendre est extraordinaire. La manière dont ils s’entendent, le jeu entre eux pour déjouer les rapports de pouvoir, la jalousie que suscitent parfois l’amour et le désir, la manière dont ils déjouent cela en le et en jouant, justement. Pour moi, c’est un couple « derridien », qui s’emploie à baiser à et à jouir non phallocentriquement, en déconstruisant par leur manière de vivre le désir, ce qu’en philo on appelle avec Derrida le « phallogocentrisme ».

Lorsqu’on désire, c’est quasiment inévitable de ne pas reconstituer la scène imaginaire du phallus, une scène « hallucinante », qui nous met en hallucination - et en érection,(narcissique), qu’on soit homme ou femme. Le grand risque de cette histoire, c’est que le phallus « s’y croit » (et s’y croît…), et hop on redevient petit garçon et/ou petite fille. Le totem fait le tabou, dit Freud… Le « libertinage », expliquent Olivier et Véronique, est une manière de « niquer » cette hallucination sans renoncer à la jubilation du désir et de la jouissance. En quelque sorte un totem sans tabou (et du même coup une pratique de la différence sexuelle non phallique, ou non castratrice - c‘est pareil). Enfin, ils ne parlent pas comme ça, c’est moi qui traduis dans mon jargon. Le mieux c’est de les écouter. Mais c’est dommage de ne pas les voir aussi: ils sont très beaux, et leur beauté n’est sûrement pas étrangère à la vérité de leur désir…

- Y et R : Y et R, c’est toute une histoire, c’est le « couple de l’année » !!! On a bien avancé dans notre relation. On peut mieux comprendre pourquoi je dis cela, en allant tout en haut de ce texte, en (re)lisant le jeu que nous avons fait ensemble, et en lisant ce que tu en as écrit aussi. On espère que Y et/ou R vont aussi écrire de leur côté, que nous puissions publier cela sur le site. (L’invitation vaut pour tous les lecteurs, et en particulier les lecteurs du Ran !) Espérons que nos « vies » ne vont pas trop prendre le dessus, et qu’on va pouvoir continuer entre nous sans devoir attendre une nouvelle rentrée dans le « Ran »…

 

- Yoli et Pierre : on va publier sur philoqueer notre séjour printanier chez Yoli et Pierre, s’ils sont d’accord. Mais ce séjour estival au Ran n’a pas été facile avec eux. Yoli nous a aidés, accueillis, c’était vraiment bien. On sait qu’on peut compter les uns sur les autres. C’est très important, surtout dans le monde actuel! Il y a de l’amitié entre nous, c’est manifeste. J’aime beaucoup taquiner Pierre à essayer de le persuader de sa bisexualité, et on peut se toucher sans crainte - je crois. Yoli me désire, je le vois bien. Pierre te désire. Le désir de Yoli pour toi est des plus flous. Et ça a été impossible de jouer à quatre. Ce que tu as écrit au printemps est resté sans écho, et c’était impossible de faire comme si ça n’avait pas d’importance. On l’a vécu comme un symptôme, et le malaise était grandissant au Ran lorsqu’on se retrouvait.

La bonne nouvelle, c’est qu’on a réussi à parler, d’abord avec Pierre, et ensuite à quatre. On aurait dû enregistrer ! Yoli est engloutie dans sa « présidence », et on ne sent aucun désir réel de rencontre. Elle semble toujours ailleurs que là où elle est. Oui, ça devenait un symptôme. On a pu en parler sans se détruire, Yoli a pu l’écouter et en convenir. Ce silence te (et nous) faisait mal au ventre, littéralement… On a pu parler à quatre, c’était presque mieux que de baiser. De toute façon c’était impossible de baiser « comme ça ». On a pu parler, même, de l’impression qu’au Ran Pierre ne ressemble pas à l’homme qu’on connaissait. Il est plus « macho »… On a pu se le dire, s’en expliquer. Peut-être que ce qu’on a dit n’est pas « vrai », ou est trop simple etc etc. On ne prétend pas posséder la vérité! Mais une relation est quasi impossible (et a fortiori le désir dans cette relation) si on ne peut pas parler de choses comme celles-là, de ce qu’on ressent surtout quand on commence à se connaître. Le Ran, c’est aussi cela : la possibilité de dire - et pas seulement de faire… On verra la suite…

 

 

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