Autobiographie de Catherine A. PDF Imprimer Envoyer

Chapitre 1 : De mes origines et de comment mon père fut ébouillanté à l’âge de trois ans .

 

Je suis née le 14 juin 1964 en pleine nuit à la maternité de C… ,ça n’a pas traîné longtemps pour ma mère , ça a glissé tout seul , ffffffuiiiiittttt ,je suis sortie et voilà . Pas comme ce qu’elle avait subi en accouchant de ma sœur sept ans auparavant, en fille-mère prise en charge par des sages femmes qui lui massaient l’intérieur du vagin avec leurs mains pour le distendre ,de manière fort désagréable : « c’était horrible! » avec grimace et mimique de serrement des cuisses en se tortillant , ancienne méthode ? Jamais su rien que cette version de ma mère .

Je suis la fille de Jean A. , de ses cinq enfants le seul pour lequel il « était au courant » , et de Nicole  F., épouse  A. depuis 1961 après bien des histoires.

Mon père , dernièrement , m’a reproché de ne pas remonter jusqu’à lui alors que je disais mon mot à propos des difficultés dans la vie de ses cinq enfants , difficultés étant un doux euphémisme  pour certains des cas . Et bien ,remontons , remontons , sa mère à lui l’a presque assassiné quand il avait trois ans en lui renversant une casserole d’eau bouillante sur le dos , la peau du dos de mon père est marquée de grandes cicatrices roses et plissées , ces traces de brûlures ont grandi avec lui , c’est un dos un peu répugnant , mais pas trop passée ma petite enfance , car c’est son dos à LUI !Ma grand-mère n’a avoué son crime que peu de temps avant de mourir , à quatre-vingt et quelques, au grand effarement de mon père . La version jusqu’alors avait été celle de l’accident malencontreux . Bien d’autres histoires familiales auront comme celle -ci plusieurs versions . Ma mère a toujours répété qu’il fallait que nous nous écartions des casseroles d’eau bouillantes dans la cuisine , n’ayant aucune affinité avec sa belle mère , sauf peut-être un secret penchant à l’infanticide , qui transparaissait dans ce fait qu’elle n’avait pas tout à fait confiance dans ses propres capacités à se contenir contre ses enfants , tout comme sa détestée belle mère .Mon père , gravement brûlé a passé trois ans dans une poussette , jusqu’à six où il a pu enfin entrer à l’école mais en retard sur ceux de son âge? Il est né en 1934 ,ça devait être pendant la guerre .

 

Chapitre 2 :De ma mémé et de son fils attardé .

 

Pendant  cette guerre , mon grand-père est prisonnier , travailleur obligatoire , dans une station service  ,et si j’ai bien compris , dans le lit de la patronne dont le mari est ailleurs , ma grand-mère couche avec au moins ce belge qu’elle a failli suivre quand il est reparti à la fin de la guerre  . Et mon père raconte sans rire que quand sa mère est venue le chercher avec la valise déjà prête pour  partir avec le belge , Jean , 9 ans a décrété que non , lui il restait là ,il attendait son père ! Elle n’est pas partie avec son belge ma mémé , à cause de son fiston , du moins c’est ce qu’il raconte , la version de mémé , je l’aurai jamais . Dommage mémé pour le belge , peut-être qu’avec çui-ci t’aurais passé moins de temps à t’engueuler avec qu’avec pépé ! C’est peut-être les remords rapport à la casserole d’eau bouillante qui t’ont empêchée d’assommer Jeannot qui te faisait sa crise : moi je pars pas ! On saura pas …

L’enfant au dos brûlé reste donc en poussette jusqu’à l’âge de 6 ans , rentre en retard à l’école , après avoir déjà été en retard pour parler puisque , c’est dans les annales , à 3 ans il ne sait articuler que :« tiji,tiji , broum broum , tiji tiji ,broum broum «  ça fait rire tout le monde quand on raconte ça , qu’il savait rien dire d’autre que le bruit de son camion à 3 ans! Qu’il ait pu être en retard et demeuré , qu’il ait pas parlé , lui qui a fait tant de discours dans sa vie et qu’on a toujours connu parlant beaucoup puisque ça l’a toujours ennuyé moins de parler lui que d’écouter les autres ! C’est sa stratégie avouée , je mens pas , je généralise , c’est tout ! Rentre très tard à l’école , donc , mais alors là , attention , c’est du miracle qui commence !c’est la brillante carrière qui s’inaugure , de la maternelle direct à normale sup et en sautant des classes s’il vous plaît tellement qu’on est un enfant doué ! après avoir quand même failli aller à l’usine fin de 3ème et avec le bac aussi quand même à l’usine , parce que c’est pas tout ça mais les études ça rapporte pas . Heureusement , normale sup c’était les deux , des études et un salaire , maigre paraît-il à l’époque , pas comme maintenant , qu’on pouvait pas vivre avec , mais ça fait rien , il mangeait pas grand chose , il avait un seul pantalon et une seule chemise et il rentrait donc obligatoirement chez sa mère le week-end pour qu’elle lui lave cette chemise et ce pantalon au lieu de rester s’amuser à paris avec ma mère , c’est la version de ma mère , ça , la lessive pour récupérer son fiston le samedi , et son maigre salaire , bien sûr il le donnait à sa mère !

 

Ma version à moi , depuis 2 , 3 ans c’est que le gamin il a peut-être bien été un peu autiste pour parler si peu et si tard , et qu’y avait déjà des trucs qui tournaient moyennement rond bien avant la casserole d’eau bouillante ,  tentative d’infanticide en présence de mon grand-père soit dit en passant pour ne pas simplifier les choses !

 

Chapitre 3 : De ma mémé et de l’occupant .

 

Il y a des versions , des officielles ,  plus elles sont racontées plus elles sont officielles , pis il y a les inédits ! Papa m’a lâché un de ces morceaux il y a un ou deux ans , en tout cas depuis qu’elle est morte, mémé , rapport à son boulot pendant la guerre , qu’elle travaillait pour les allemands , comme quoi ? Secrétaire ? Bref un truc louche , gardé au frais , et qu’on aurait pas soupçonné vu que mémé , elle les a jamais appelés autrement que ces sales bôches les allemands , même du temps de mon correspondant allemand ,que j’avais peur qu’il l’entende ce « sales bôches » qu’elle pouvait pas retenir ma grand-mère !Et puis faut dire qu’elle a pas lésiné non plus ma mémé  question patriotisme après la libération , elle l’a appelée France sa fille , carrément , France A. ,fallait le faire ! J’sais pas si y en a eu beaucoup , mais ma mémé elle a pas hésité , voilà , France A. et avec ça me posez pas de question sur ce que j’ai bricolé pendant la guerre !Le plus marrant aussi c’est que ma mémé ,de son nom de jeune fille Herbert , c’est une d’origine alsacienne , elle a jamais aimé qu’on lui en parle de ça , quand je suis allée en vacances sur les bords du lac de Constance ,y en avait plein des mémés comme la mienne , solidement charpentée ,avec quelque chose de rond et de frais dans les joues même à son âge et de beaux yeux bleus et parfois quelque chose de vraiment pas aimable dans l’expression ,de pas avenant , si vous voyez ce que je veux dire !Bref j’ai une grand-mère allemande , du moins au physique, qui déteste les bôches , et qu’a dû redevenir un tant soit peu  bôche elle-même sous l’occupant , elle leur parlait peut-être  même bien dans leur langue ma mémé , mais ça c’est pas dans les annales officielles , on a presque rien à se mettre sous la dent , on en est réduit comme souvent aux supputations !

 

Chapitre 4 : Comment ma grand mère maternelle remplaça avantageusement un élevage de poussins dans le cœur de mon grand père gazé .

 

De l’autre côté , celui de ma mère , c’est de l’autre guerre , la première mondiale , qu’il était question , Papacel , mon  grand-père s’était engagé à l’âge de 17 ou 18 ans  , né en 1897 ou 1898 ,ça devait donc être en 1916 ou 1917 , en 1919 il faisait toujours la guerre , quelque part en Yougoslavie , c’est une affaire jamais bien éclaircie , on a su que tard , dans les années 70 , qu’il avait fait la guerre bien après l’armistice . Pourquoi on ne l’a pas su avant ? Pourquoi on l’a su alors ? lequel de ses gendres s’était décidé à mettre le nez dans l’affaire pour lui faire décerner quelle médaille , ou obtenir quelle reconnaissance d’ancien combattant ? Papacel était pas bavard sur ces années là , sauf sur un escadron en photo sur le piano du salon de jeunes gars avec leur calot sur la tête , il y avait que lui , papacel qu’avait survécu , tous les autres y zétaient morts , d’un coup , « sauf moi et celui-ci là sur la photo qu’a été blessé à la tête  ».Papacel il avait pas de médaille ,pas plus que mon pépé , et quand il est revenu de la guerre , il ne s’intéressait plus qu’à son élevage de poussins , si bien que ses parents ont pensé qu‘il valait mieux le marier. Un jeune homme de son âge qui ne s‘occupait que de ses poussins , ça n’allait pas , y avait un truc qui clochait , et on n’a jamais utilisé les expressions que Freud était en train de découvrir ,de névroses traumatiques , par exemple ,ni même de dépression pour parler de son obsession des poussins et de son dégoût de tout le reste . Bon, il allait pas trouver à se marier tout seul ,mon grand-père dans cet état-là ! Y z’ont fait appel à une marieuse , elle lui en pas présenté trente-six des colombes de bonnes familles , quand il a vu ma grand-mère toute menue , toute petite , avec ses grands yeux bleus , il a dit tout de suite que c’était celle-là qu’il voulait et pas une autre .Quand s’est-il dit qu’il s’était sacrément gouré ? On ne saura pas , ni même si c’est en ces termes qu’il se l’est dit !Celle-là et pas une autre : qu’a-t-il vu chez ma grand-mère de plus désirable qu’un lot de poussins ? Fallait-il absolument choisir pour échapper à ses parents qui le tannaient ? que lui avait dit sa mère , cette femme si belle à qui il ressemblait et dont on pouvait voir le portrait , sur le piano aussi ? A-t-il cru que ce petit bout de femme qu’on lui présentait serait , comme un poussin une petite chose fragile à couver ? Il a dû un jour déchanter , quand? Entre son mariage et quand j’étais enfant , qu’elle commandait et ne lui laissait pas même s’acheter du bon vin , c’était pitié de le voir avec sa piquette aux repas , ou détordre de vieux clous pour bricoler au lieu de s’en acheter de neufs !Il marchait toujours plus vite qu’elle dans la rue , en balançant ses bras , puis il se retournait impatienté lui disant avec une petit brusquerie : et bien Jeanne , tu viens ? Puis il repartait pour se retourner quelques mètres plus loin et recommencer la même agacerie :et bien Jeanne , tu viens ?Mais à part avec ce cirque dans la rue , rien n’a jamais filtré , ça a été le couple motus-modèle  parfait .Deux vieux qui ne se disputaient pas , qui avaient l’air de se supporter  même après toutes ces années .

Maman Jeanne , elle quand on lui a présenté son « futur » comme elle a toujours appelé les fiancés ,même quand une de mes cousines en changeait tous les six mois , on sait pas du tout ce qu’elle en a pensé , de toutes façons y avait pas pléthore sur le marché , elle avait peut-être guère son mot à dire , il était plutôt beau , s’il avait l’air un tout petit peu efféminé , c’était à peine , on voyait sûrement pas ces choses-là à cette époque , dans la bourgeoisie-catholique-provinciale-bien-pensante .Il avait du bien , elle aussi , elle avait le bac ma grand-mère , chose rarissime à cette époque , et sûrement l’impression que c’était une faveur de la récupérer pour femme .

 

Chapitre 5 :Où l’on m’appelle « Ouin-ouin »

 

Ma mère , c’était la dernière , avant elle , y avait Ninique et Thèthèze , y avait eu avant encore une morte ,une Marie , dont j’ai hérité du prénom en vertu de la bougredieu d’ambivalence de ma mère qui m’aurait bien souhaité que je crève aussi à ma naissance comme cette première fille de Maman Jeanne  ? Allez savoir pourquoi j‘mappelle aussi Marie , et Madeleine par dessus le marché , le prénom de ma grand-mère paternelle ennemi juré de ma très chère mère , et donc l‘air de rien me voilà avec deux avis de meurtre dans les prénoms qu‘elle m‘a refourgués ma mère ! !Catherine ,Marie ,Madeleine ,je m’appelle :la pas fréquentable biblique qui plus est , la traînée repentante , à quoi elle pensait ma mère ?. Et le Catherine où c’est qu’elle est allée le chercher ?  « Catherine , ça sonne comme une sonnette » en accentuant sur le RRRiiine , ben question réveil matin , là au moins elle a pas dû être déçue ma mère ! C’était tout pile le prénom prémonitoire qu’elle me donnait vu que pour brailler le matin j’ai pas eu mon pareil , j’ai braillé braillé braillé , bébé y m’ont appelée Ouin-ouin tellement que je braillais , et que j’dormais pas et que j’buvais pas d’lait et que braillais … Que si j’avais été son premier bébé à ma mère , elle aurait jamais eu le courage d’en faire un autre tellement que çui-là il avait braillé, heureusement qu’avant elle avait eu ma sœur , ça lui a donné envie de renouveler quand même l’expérience , sept ans plus tard .Chaque fois que dans ma vie , j’ai présenté des amis à mes parents , ils se sont empressés de leur raconter ça , histoire de leur faire savoir au cas où y ne l’savaient pas déjà que je suis une chieuse et de naissance en plus !!! Que j’étais un bébé brailleur et qui leur avait donné du fil à retordre , que je voulais pas de lait à ma naissance , vous vous rendez compte ?en plein mois de juin juillet , y faisait une chaleur , et elle voulait pas de biberon , ça durait des heures le biberon , qu’est ce qu’on allait devenir en plein mois de juillet dans ce HLM de la rue de la Martinique avec cette chaleur et ce bébé qui voulait pas de lait et qui maigrissait ! Jusqu’à ce que Salès notre médecin de famille trouve enfin la solution , ouf , on l’a nourrie avec du lait de soja et du jus de carotte  . Elle a continué à brailler comme c’est pas possible ,un jour qu’on était à la plage , on jouait au volley , on a mis le landau le plus loin possible pour plus l’entendre brailler ,alors il y a deux dames qui sont arrivées et qui ce sont mises à bercer le landau en nous jetant des regards offusqués , ben elles ont jeté l’éponge , parce que trois quarts d’heure plus tard , elle braillait toujours , elles sont reparties écoeurées les deux dames , nous on a bien rigolé , y avait pas moyen qu’elle s’arrête de pleurer , on savait plus quoi faire , et la formule :quand elle en aura marre , elle finira par arrêter fait partie du bréviaire paternel , pas besoin de s’en faire donc !Non seulement bébé elle braillait , mais c’est que ça a duré cette affaire : « Catherine , durant toute son enfance , tous les matins , oui , vous m’entendez bien tous les matins elle pleurait , quand j’allais la réveiller le matin pour aller à l’école , et bien elle se mettait à pleurer , tous les matins » Une fois maman a ajouté que quand même ça la déprimait cette gosse qui s’mettait à chialer à peine réveillée . Mais bon y avait rien à faire , « c’était comme ça »! A mon ex -mari , pis ensuite à P. , P., c’est l’homme qui m’occupe depuis déjà avant mon divorce : »Ah bon , elle pleure encore le matin  ? Ah bon Ah bon «  , Ah bon ah bon c’est mon père qui dit ça comme ça .

 

 

Chapitre 6 : Des nerfs de Maman .

 

Ma mère , c’est donc Nicole  , la troisième des filles F. ,la plus petite , la plus chiante peut-être aussi , on ne saura pas ce qu’en pensait ses parents , ni ses sœurs , elle , elle raconte qu’enfant , il lui arrivait de piquer des crises monumentales , à se rouler par terre , ça , pour la violence ,ma mère elle en a à revendre , c’est pas l’âge qui a rien atténué , c’est resté son sport favori , son élément naturel , où elle navigue  comme un poisson , encore maintenant , alors qu’avec son alzheimer elle suit plus grand chose , si vous voulez  qu’elle fasse un peu conversation , y suffit de la titiller un tout petit peu , juste la contredire d’un poil et alors là ,  c’est parti , elle va rétorquer ,retrouver d’un coup tout ses moyens , prendre ses airs de grande dame , et vous assassiner en quelques phrases bien senties juste pour relancer le débat .

Avec ma mère , ben , je serre les fesses , j’évite l’orage , j’ai appris très vite à pas chercher à la contrarier , et même en y étant pour rien , elle a des nerfs , mais des nerfs qu’elle m’a passé dessus à tout bout de champs , j’ai dû m’habituer , je n’ai pas de souvenir d’avoir jamais vraiment dit : stop , marre , fini , ras le bol Manman de tes nerfs sur moi , arrête ou je m’casse , je m’tue , j’en peux pus , Jamais eu l’idée qu ‘elle  aurait pas dû , que quand même elle manquait d’égards . ELLE était énervée et voilà , elle avait le droit , sans doute ses raisons , elle était énervée et DONC victime de quelque chose , de pas toujours bien défini , ou d’avoir perdu ses clefs au moment de partir , ou parce qu’elle était pas réveillée , ou parce qu’elle était une femme à l’existence difficile en générale , le travail ,les gosses , les courses , le coiffeur , les lessives , les réunions , un mari jamais là .Elle m’agressait pas directement , non , c’est juste le ton de sa voix , qui cognait tout comme ses gestes ,vlan , on a beau pas recevoir le coup qui vous est pas adressé , on le reçoit quand même , comme quelqu’un qui tape un grand coup sur une table dans la pièce où vous êtes , sans que vous vous y attendiez , non elle va pas ma comparaison , quand quelqu’un tape sur une table , vous n’êtes pas obligé de sursauter et de croire que c’était de votre faute , avec maman si .

J’étais bien dressée à force ,.pour éviter les crises j’ai perdu mes clefs ma montre mon sac à main mes lunettes mon gilet etc. , je savais à peu près en permanence où se trouvaient toutes les affaires dans la maison , j’enregistrais leur position dans toutes les pièces , repérage et inventaire perpétuels de tous les objets , surtout des stratégiques et zèle incomparable , infatigable et indéfectible pour rapporter à sa maîtresse le nonos récupéré comme un bon  petit toutou savant , faire le beau et haleter bêtement en frétillant de la queue , très fière , et au poste pour tout autre nouvelle mission : va me chercher mes chaussures à la cave , tu sais les noires avec , ah , je ne trouve plus le mot , tu sais les noires avec au bout au dessus , mais tu sais bien , le truc qui brille ,ah lala , je déraille , rapporte aussi une boite de haricots pour le dîner ,des blancs , non des verts qu’est-ce que je dis ! _Pôv’ petite maman qui déraille , que j’lui dis , bien compatissante vu le degré de nerfs affiché au compteur par son ton de voix et les pots de crème et de maquillage qui claquent sur la tablette , _ je déraille ? Qu’est-ce que tu racontes ? Je t’interdis de me parler comme ça !Et VLAN , j’l’ai pas vu venir , j’savais pas qu’y fallait pas dire ça , moi , je l’dirais plus , vite à la cave les chaussures et les haricots !

 

Chapitre 7 : Des nerfs de Papa .

 

Papa , on peut pas dire non plus qu’il soit calme . En apparence il est un peu moins démonstratif , il claque pas toutes les affaires qu’il tripote , mais si y a quelque chose qui va pas , vous êtes vite au courant aussi , il cherche noise à celui qu’il a sous la main , n’importe quel prétexte sera le bon, il est pas du genre à faire dans la dentelle , à finasser , et c’est sans plus de remords que ma mère qu’il se défoule de son agressivité sur ceux qui n’ont rien demandé , il a même pas le prétexte de la victime comme maman , non , lui c’est de droit , mon père , l’une de ses devises favorites ,  un « c’est comme ça et c’est pas autrement »,bien brutal ,c’est moi qui décide , indiscutable , point à la ligne .

Question colère d’enfant , ça a l’air de pas avoir été mal non plus , papa il a plusieurs fois raconté qu’il évitait de se battre parce que la première fois que ça lui était arrivé ,même avec un plus grand et plus fort que lui , il l’avait démoli et qu’il l’aurait tué .Quand c’est parti , je ne peux plus m’arrêter , je serais capable de tuer quelqu’un , ça m’a fait peur , alors je me suis plus battu .A moi aussi il fait peur mon papa ! Une fois je l’ai vu planter le gros couteau de cuisine dans la porte , d’un coup , sans qu’on s’y attende , ah ça c’était impressionnant ! Je voulais bien le croire quand y disait qu’il aurait été capable de tuer quelqu’un ! Une autre fois , c’est une poubelle en fer (de celles avec une reproduction de tableau , qui servait de baril de lessive au départ ) qu’a fait un trou dans une autre porte , et puis il y a encore la fois où il a pris toute la pile d’assiettes plates dans le placard de la cuisine pour la claquer sur le carrelage , avec ensuite la corbeille à fruit où malheureusement j’avais posé les précieux bracelets en verre que papa maman m’avaient rapporté d’Inde pour ne pas les casser en mettant la table .Après des coups comme ça , on se sentait soulagé ! Heureusement qu’il y avait la porte les assiettes la corbeille !!! Dommage pour mes bracelets , mais c’est manifestement pas le moment de la ramener .Mon premier souvenir de papa , avant quatre ans , je chahute sur le divan vert avec les grands coussins triangulaires qui servent à s’adosser et pour moi à jouer et me cacher et il y en a un qui tombe et  le mot m’échappe : « merde » que j’dis ! Pis je reste tétanisée , fixant papa à côté de moi dans le fauteuil, pour déchiffrer si je vais avoir la fessée . Non , ouf . A moins que la scène ait été légèrement différente , ai-je dit le mot bas d’abord et qu’il m’a demandé de répéter pour vérifier que j’avais bien commis le crime , et je l’ai remarmonné terrifiée , en tous cas j’ai eu une montée de trouille exquise , puis un soulagement à la mesure de ma tremblotte quand je l’ai vu rigoler . ça vous détermine un foutu masochisme une scène pareille !!!ça j’peux l’dire !!!

 

 

 

 

J’aurais pas cru en commençant cette affaire que ce serait mes tremblements devant papa maman énervés qui sortiraient du chapeau en premier , ah non , j’avais pas imaginé ça du tout  , mais plutôt le genre portrait tout en finesse des deux astres que sont papa maman !Bon mais je vais pas raconter tous mes tremblements de brave bête d’enfant d’un coup , ça m’donnerait l’bourdon , j’les garde au chaud encore un moment!!!

 

Chapitre 8 : Jean et Nicole , et puis Ginette en plus .

 

En résumé , papa maman , c’était mal barré dès l’départ .Voilà l’histoire , l’officielle , Ils se sont rencontrés à normale sup , ils se sont aimés , ils se sont disputés avant un départ en grandes vacances , papa a dragué au bal du 14 juillet , la fille s’est retrouvée enceinte , les parents les ont obligé à se marier , maman qui l’avait mauvaise s’est fait mettre enceinte par papa aussi y a pas de raison , ensuite  Ginette s’est retrouvée encore enceinte : c’est ce que papa appelle son tir groupé : trois gosses à vingt-trois ans :avril 56 , décembre 56 , mars 57 !!! Jean-Pierre , Isabelle et Yves .En 61 papa a divorcé et se remarie avec maman , 64 :bibi , 71 le p’tit dernier :Eric .

Maintenant , le détail et les variantes! Les trous noirs aussi !

Version maman , je savais que c’était l’homme de ma vie , on s’aimait follement . Papa , la première fois qu’on s’est rencontrés ta mère et moi , on s’est disputés , tu vois ça date pas d’aujourd’hui !Maman : nous nous aimions  , une fois , nous nous sommes cherchés dans Paris , l’aiguille dans la meule évidemment !, et bien vous me croirez si vous voulez , mais nous avons passé la journée à aller exactement dans les mêmes endroits l’un et l’autre ! Si c’est pas l’aaaamour ça !pourtant môman elle est pas du genre à sombrer dans les abîmes et les sirènes de l’irrationnel , juste à de rares occasions comme celle-ci quand ça confirme tout pile  ce qu’elle pense ; Papa : C’est votre mère qui m’a cherché , moi , avec les filles , j’ai jamais fait le premier pas , j’avais qu’à attendre !(Menteur ! ) Votre mère , c’était un sacré numéro , elle était pas commode  (déjà !) , vous l’auriez vu mettre les deux pieds sur les tables aux terrasses des cafés à Saint-Germain , authentique ! Si , si ,elle faisait ça !_Manman , dis , pourquoi t’as découpé la photo ,là , c’est avec qui que tu dansais ? C’était pas Papa ? _ Non , c’était avant que je le connaisse , je dansais avec un type , un type pas intéressant . _Pourquoi t’as découpé la photo , dis Maman ? _ …… Maman :Quand votre père m’a dit que Ginette était enceinte et qu’ils allaient se marier , on a passé toute la nuit à pleurer tous les deux , moi je savais que c’était l’homme de ma vie , que c‘était lui et pas un autre . Papa : votre mère , elle m’a voulu et elle m’a eu ! Maintenant qu’elle raconte pas d’histoires , de toutes façons elle était au courant dès l’début ,question fidélité , avec Ginette , et pis Jean-Pierre et Yves , elle peut pas faire comme si elle savait rien !

 

Chapitre 9 : Du plus beau bébé etc.

 

J’ai trois ans , je suis à la maternelle , ce jour-là ,je suis toute seule avec une dame pas très gentille dans la classe , à une table d’enfants de quatre places , elle en face de moi , elle me fait faire des jeux , avec des cubes par exemple , à chaque fois , il faut que je réponde à ce qu’elle me demande , et je commence à en avoir marre . Ce sont des tests ! Et la dame pas gentille est une psychologue  ! Et c’est pour me faire le QI qu’elle est là vu que mes parents ont décidé de me faire sauter une classe et rentrer tout d’suite en CP , et que faut prouver à l’éducation nationale mes aptitudes ! Mais tout ça je n’en sais rien encore , pour le moment j’obéis et je réponds aux questions . «  C’est qui tes frères et sœurs ? _ Ben , y a Isabelle ma grande sœur , et puis  j’ai aussi deux grands frères , Jean-pierre et  Yves , mais ils sont avec nous que pendant les vacances . _ Ce sont pas vraiment tes frères alors ? _ Si , si c’est mes frères ! _ Ce sont tes demi-frères ? _ Mes demi-frères ? Non , non, c’est mes frères , c’est vraiment mes frères ! » Je sais plus ce qu’elle m’a posé encore comme question que je trouvais stupide sur le mariage de mes parents , Le divorce était pas encore bien répandu , je comprenais pas toutes ses questions , j’étais pas encore au courant de tout manifestement , et de toutes façons , c’était une salope , comme mes parents l’ont décrété et me l’ont dit plus tard  qu’avait truqué les résultats de mon QI , tellement qu’il était élevé et que ça la faisait chier ,elle devait être jalouse cette femme-là, tout ça pour t’empêcher de sauter une classe , pac’qu’ils voulaient pas dans l’éducation nationale à cette époque , on a dû se battre pour que tu sautes une classe , de toutes façons tu savais déjà lire avant de rentrer au CP .En tout cas t’avais un QI bien plus élevé que celui de Jean-Philippe , Jean-Philippe , c’est le gamin de mon âge qu’est le second fils des meilleurs amis de mes parents , les Jurandin . Entre le bébé allergique au lait qui dormait jamais et qui braillait tout le temps , à moins que ça ait été un peu d’anorexie du nourrisson ,me demanderai-je bien plus tard ! Et mes tests de maternelle , maternelle où je pionçais toujours pas si bien qu’on m’avait dispensée rapidement de sieste , soit que j’y aie réussi à empêcher tout le dortoir de dormir , soit que mes exploits masturbatoires et mon prosélytisme en ce domaine auprès de mes voisines de lit aient fini par gêner les surveillantes , en tout cas , sans avoir perdu peut-être totalement mon statut de chieuse , le perdrai-je jamais  ? , j’étais passé à celui beaucoup plus avantageux , pour qui ? , de gamine surdouée ! «  Catherine ? Elle parlait à un an , et quand je dis parler , c’était vraiment parler ,elle faisait des phrases entières , vous m‘entendez , sujet , verbe , complément ! » : autre refrain de ma mère que j’ai entendu toute ma vie , un peu moins depuis que je lui ai suggéré que j’aurais peut-être moins braillé si elle avait compris ce qui allait pas , et que  ma précocité langagière avait sûrement été dans mon cas une urgente et pure et simple nécessité ! Mais ça il m’a fallu du temps pour y penser , quand on vous flatte on vous empêche en générale de penser ,il m’a fallu avoir moi même des gosses pour voir un peu plus clair dans c’tt’affaire .Quand vous devenez parents vous-mêmes , vous devenez plus indulgents avec vos propres parents , vous comprenez mieux , c’est pas facile d’être parents!Ben , moi , c’est tout le contraire  qui s’est passé , quand j’ai eu des gosses , j’ai commencé à avoir de sacrés soupçons sur ce que mes parents y z ‘avaient bricolé avec les leurs !

Non seulement surdouée , mais vraiment très belle ! C’était un très très beau bébé , je me souviens qu’à la maternité ,tout le monde la regardait ! Elle était belle ! Extraordinairement ! Maman lésine jamais sur l’hyperbole , quand elle était en prépas à normale sup ,un de ses profs l’avait surnommée la jésuite  , elle dit toujours avec un gloussement qui en dit long qu’elle n’a jamais compris pourquoi  , mais quand on la pratique un peu , on s’aperçoit rapidement que tout est bon pour avoir le dernier mot et qu’elle n’est jamais trop regardante pour cacher sa mauvaise foi ,elle prend l‘air candide à volonté et on dirait que ça pose pas de problème si on y croit pas à ses moues d‘innocente , elle a autre chose en réserve, tous les moyens sont bons et puisqu’elle a raison !C’est quand j’ai vu l’épisode de Ma Sorcière bien aimée où elle jette un sort à tous ceux qui entrent dans la maternité pour qu’ils s’extasient sur son bébé à elle , que j’ai commencé à soupçonné Maman d’exagérer un peu . Plus tard , quand vers la quatrième , j’ai compris qu’entre moi et les stars de cinéma comme Marilyn Monroe et Elisabeth Taylor , y avait quand même une petite différence , je leur en ai voulu à mort de m’avoir ainsi bercée d’illusions , question QI , je saurais pas dater l’épreuve de réalité et la grande désillusion , mais une chose est sûre , c’est que dans une scène qui date de ma seconde , j’ai quatorze ans , quand papa me dit sur son ton préféré quand il joue son rôle de père , c’est à dire en pontifiant : Catherine , il faut que tu saches , dans la vie , il y a deux catégories de personnes , il y a les cons , et c’est la majorité , et il y a les gens intelligents , je me souviens du petit goût de panique que ça provoque en moi , et moi ? Je suis où dans tout ça ? Dans quelle catégorie ? La bonne ou la mauvaise ? Comment savoir ? En tout cas les certitudes de mon QI de maternelle sont fort loin et rien dans ce que me dit mon père ne me rassure , étant donné que comme d’habitude , quand il généralise c’est de lui qu’il parle  à coup sûr et que ce que j’peux bien penser moi est le cadet de ses soucis  .

 

Chapitre 10 :Où l’on apprend que je ne suis pas précoce seulement des méninges .

 

En maternelle , puisque c’est de là que datent mes premiers souvenirs , je sais donc que j’ai deux frères , mais qui vivent ailleurs , je sais pas où , ni avec qui , et que quand c’est les vacances ils viennent ou on les emmène si on part à la montagne ou à la mer  . C’est déjà mieux que mon petit frère Eric , qui lui saura carrément même pas que  Jean-pierre et Yves sont ses frères !Les évidences familiales se transmettent guère , c’est bien connu !

Quand on part en vacances , et que je me masturbe , j’ai les trois grands sur le dos qui ricanent et qui me montrent du doigt en disant : touche pipi , touche pipi !!!ça m’énerve mais je comprends pas pourquoi , et à l’avant les deux astres ne font aucun commentaire , à part demander aux grands de pas me faire brailler et de me ficher la paix : de me masturber en voiture , je continue donc , sans me souvenir du moment où j’ai fini par en faire passer la pratique dans la catégorie des en secret et plus en public .C’est peut-être là que s’enracine mes flottements quand au caractère purement privé des pratiques sexuelles  :c’est jamais clair pour moi , et si tout le monde est d’accord , le sexe pas en privé ne me pose guère de problèmes . Quant à comprendre que le sexe en famille est pas tout à fait normal , j’ai mis du temps à m’en rendre compte, d’autant que Freud me rassurant sur l’universalité des désirs incestueux pendant longtemps encore , les prises de consciences furent longues , et pas du tout évidentes pour moi comme elles le sont paraît-il pour la majorité des gens . Mes souvenirs concernant mes premières jouissances sexuelles sont donc liés au dortoir de la maternelle où j’ai pas fait long feu et au départs en vacances en famille et en voiture : j’ai des témoins , et pas seulement des étrangers ! De mes prédispositions à la chose !C’est pas tombé dans l’escarcelle d’un ou de sourds !!!

 

La période de latence : alors là , soit Freud s’est encore gouré , soit j’étais une gosse chez qui le refoulement sexuel s’était mal opéré , j’ai pas souvenir de m’être jamais arrêtée de me branler petite fille , et j’ai des souvenirs bien précis de certains jeux sans ambiguïtés aucune .D’abord j’étais amoureuse , les garçons ça m’émoustillait , surtout dès que ça dérapait un peu et qu’il était question qu’on regarde nos culottes sous nos jupes de petites filles , Ah les culottes des petites filles , comme on apprend vite sans forcément bien comprendre pourquoi au début combien c’est intéressant ! Et les petites jupes plissées qui n’opposent aucune résistance au fait qu’on cherche à les soulever jusqu’à la taille et même plus haut ! Les garçons passaient en courant auprès de l’une d’entre nous pour la lui soulever et montrer sa culotte , je voyais mon amie Geneviève rouge de rage quand ça lui arrivait et il fallait crier ! Je faisais comme les autre ,mine d’avoir peur que cela m’arrive , franchement je ne me souviens pas si j’avais honte qu’on me voit , je sais seulement que je trouvais cela plus excitant que toutes les prouesses à la marelle ou à la corde à sauter . Pourtant en y repensant à tous ces jeux physiques qui occupaient nos récréations et auxquels nous nous adonnions avec rage , n’y avait-il rien de l’excitation sexuelle encore indécise qui y entrait ? Dans le balancement exagéré du corps d’avant en arrière pour jongler avec des balles contre le mur ? Dans le jeu de la grande corde où quand l’une d’entre nous entrait au milieu pour sauter , il n’était pas rare que la jupe fut incidemment soulevée par le frôlement de la corde où tout simplement l’énergie de la sauteuse , ne guettais-je pas l’incident , ne jouissions-nous pas de sentir l’air glisser le long de nos cuisses et du tissus se relevant à qui mieux mieux . Dans certaines rondes où entre filles il nous fallait néanmoins répartir des rôles de filles et de garçons qu’indiquait la chanson , il y en avait une qui poussait au baiser les deux élues au milieu du cercle , et je n’étais pas la seule à la préférer , puisqu’une fois Christine Marielle , tricha quasiment pour rester au milieu et profiter des baisers jusqu’à ce que Geneviève jalouse ou plus coincée décréta qu’on jouait à autre chose .En filant les aiguilles de bois n’était pas mal non plus qui aboutissait à nous coller toutes l’une contre l’autre bien serrées mais je n’en profitais jamais bien , car plus petite , je subissais la pression des autres corps qui m’écrasaient tandis que j’avais les bras croisés et écartelés par la chaîne embobinée que nous formions .

 

Geneviève Chérier était donc moins portée sur la chose que Christine et moi .A trois nous nous déguisions souvent avec d’anciennes robes données par nos mères pour jouer à la princesse .Une fois je profitais de l’absence de Geneviève pour proposer à Christine de jouer à la scène du baiser du prince charmant qui réveille la belle au bois dormant .je me rappelle très bien ma surprise à voir Christine rire bêtement en s’empressant d’accepter ma proposition , et nous nous baisâmes tant et plus ce jour -là sur la bouche , jouant l’une et l’autre tour à tour et la belle endormie et le prince et faisant durer le plaisir en faisant mine que le baiser n’était pas encore suffisant pour réveiller la princesse et qu’il fallait que le prince s’acharne davantage , nous étions très rouges toutes les deux et avions très chaud mais trop de pudeur ou pas assez d’imagination pour trouver autre chose que ces baisers à pleine bouche et à n’en plus finir .Un vague sentiment de honte et de gène enrobe toute la scène : point d’innocence , un art consommé du prétexte tout au contraire .

 

Épisode petits voisins que je raconterai une prochaine fois

 

Chapitre 11 : L’aîné .

 

Ben aujourd’hui j’ai plutôt l’humeur un tantinet hargneuse et plutôt que mes histoires de touche-pipis m’attaquer aux portrait de la sainte famille me va plutôt mieux .D’abord il y a l’aîné …Il a  la cinquantaine Jean-pierre , sans être gros , il a un peu de ventre , et un petit côté bouffi sur le visage , qui lui ont fait perdre sa beauté , je ne sais pas quand ni comment ça lui est arrivé ce bide et cette bouffissure , mais ils sont bien là et depuis j’ai toujours une grosse surprise en le voyant comme ça et je dois faire un gros effort pour me dire que cet homme-là est mon frère Jean-pierre . Il attraperait carrément quinze kilos de plus et il deviendrait aussi sec l’image parfaite du gros dégueulasse . Il a de la chance , y a un reste de sveltesse qui lui épargne cet horrible sort .Il a quand même ses petits yeux , malins et fuyants ,qu’inspirent pas la confiance immédiate! Il souffre de la comparaison avec son père , il a un petit côté Jean mais en moins bien , moins d’allure, moins de plein d’autres trucs d’ailleurs ,d’où le trait assez marqué chez lui de l’aigreur .Il se sape depuis toujours comme un pecno , chemisettes à petits carreaux très pépé de province ou employé des p et t comme on voudra et on fait plus les pantalons en tergal mais il doit en mettre encore : snobisme ! Pur snobisme ! Le tergal et la chemisette pépère voilà ce que ça veut dire , un : je suis au dessus de tout cela , je ne m’abaisse pas au futilités de l’élégance , deux : vous allez me prendre pour un plouc , mais c’est moi qui vous aurai , parce que ça m’étonnerai que vous arriviez à m’entuber .Voilà le cœur du problème de Jean-pierre : il n’est pas sot mais il se croit plus intelligent que tout le monde , défaut fort commun me direz -vous mais poussé chez mon frère comme chez son père à l’extrême au point qu’aucune de ses phrases ne soit pas une manière de sous-entendre qu’il en comprend beaucoup plus qu’il ne le dit , qu’il avait d’ailleurs tout prévu et calculé ,que l’autre était un con , et qu’il sait déjà tout même ce qu’il ignore : suffisance qui témoigne à elle seule de la puissance de la bêtise quand elle pousse sur le terreau d’une intelligence indéniable , mais de pur calcul, c’est-à-dire et mathématique et politique , réduisant à rien tout ce qui ne relève pas du calculable ! Sur un fond affectif passablement égoïste et immature cela donne un cocktail psychologique hautement imbuvable , qui réjouirait un plus fin caricaturiste que moi .Je ne vous le cache donc pas mon frère aîné me dégoutte , j’ai mes raisons , j’y viendrai patience , ce portrait un peu charge n’est pas un assassinat en règle , c’est la vérité que se chargera plutôt de lui régler son compte .Jean-pierre , c’est donc l’aîné , l’erreur du bal du 14 juillet , la cause du drame pour les tourtereaux Nicole et Jean qui se sont engueulés avant qu’elle reparte pour les vacances chez ses parents , du coup , j’vais m’gêner pour draguer au bal  qui s’est dit . Vu qu’il était pas vraiment prévu , c’est peut-être pour compenser qui s’retrouve avec ,un le prénom d’son père , deux , c’ui d’son grand-père paternel : Pierre ! Dans une fiction de jeunesse que mon père avait écrite et sur laquelle je suis tombé une fois par hasard , le Héros , mon très reconnaissable père bien sûr, portait ce prénom-là :Jean-pierre .le prénom que mon père aimait ? Original non ?Et celui du père de ma mère ne l’oublions pas , le prénom secret , de l’état civil seulement mais qui n’avait jamais été mis en usage , un pur prénom de paperasse , ce que mon père n’ignorait peut-être pas du tout .Et sachant qu’il manque et d’imagination et de finesse sur ces questions de nomination , n’ayant jamais rien appris sérieusement de la psychanalyse , ni même de la littérature , puisque cela ne l’a pas gêné de donner dans son roman autobiographique le prénom de ma sœur: Isabelle à son épouse dans la fiction et d’y faire mourir son fils , le petit chéri de ma mère ,soit dit en passant ,nommer donc Jean-pierre , Jean-pierre , c’était l’archi reconnaître , sans doute , et vlan pour ma mère , et discrètement lui faire un signe ambigu à propos de son père à elle , dont la mère , mon arrière grand-mère , vous me suivez, n’avait pas supporté la décision unilatérale de faire porter à son fils ce prénom pas à la mode en

1898 , et l’avait changé d’emblée  en Marcel et pour la vie !

 

Chapitre 12 : Le petit dernier .

 

Après l’aîné (1956) , le p’tit dernier (1971) : les deux du milieu y a plus de tralalas pour moi pour qu’j’y touche , alors j’vais au plus simple : Eric , Quiqui pendant longtemps , de riquiqui initialement , le Quiqui c’est aussi le nom du p’tit oiseau si je n’m’abuse , de la quequette -bistouquette-zigounette :ah ça pour être le Quiqui d’samère c’est le Quiquid’samère !Son chéri , le p’tit chéri à sa maman , son appendice ! Son p’tit puis son grand mais qui reste son p’tit !

C’est le second clone de Jean A. : lui aussi en moins bien sauf que contrairement à l’aîné , il l’ignore , il doit même être persuadé du contraire tellement qu’il a été l’chéri d’sa mère , une perfection ! Forcément ! Rien à redire , ah non , rien à voir avec son père , clame-t-elle , Eric , il est ADORABLE ! Il l’ignore aussi en vertu de cette même tendance qu’il faut bien admettre congénitale , à se croire très au dessus des autres , qu’il partage avec son père et jp .Physiquement , il est à 35 ans l’homme jeune , svelte , avec ces mêmes gestes comme pas toujours coordonnés qui leur donnent un certain charme , un côté dégingandé , une démarche légèrement animale à papa , jp et Éric . Il y a quelques années mon frère Yves m’a montré des films de son enfance , pac’que son grand-père maternel avait une caméra chose assez rare dans les années cinquante : sur l’un on voyait mon père à 22 ans , marchant de dos: ç’aurait pu être ses deux fils :même corps même démarche .Maintenant , j’ai eu beau tout faire pour les sauver,  chercher le plus longtemps possible à croire  que la ressemblance s’arrêtait au  physique ,et ben non , faut s’l’avouer , je ne peux plus me mentir à moi même , y a pas , ils sont aussi cons  qu’leur foutu père !aussi prétentieux-imbus d’eux :comme des bites !

Le p’tit dernier , comme c’est le chéri à sa maman , j’ai longtemps eu pour mission de m’en occuper comme une vraie mère _ ma mère m’a beaucoup fait ça: « j’suis inquiète pour ton frère , j’suis inquiète pour ta sœur , est-ce qu’ils vont bien ,est-ce qu’ils n’ont pas de problèmes » :j’sais pas si z’en avaient , en tout cas moi j’avais les miens qui n’ont jamais préoccupé ma mère ,mais du coup v’là que pour lui faire plaisir je m’préoccupais des leurs , et que j’faisais la mère poule déléguée avec la plus grande que moi et avec le plus petit ,ça déchargeait ma mère , pis ça faisait diversion , elle m’roulait dans la farine !bref le Éric , le pauv’ petit qu’avait grandi dans les engueulades de mes parents et dans les dépressions de ma mère , il était renfermé , c’était un souci : et longtemps j’ai cru qu’il fallait que j’fasse quelque chose , que je l’aide à s’épanouir , que s’il était comme ça c’était pas de sa faute , le pauvre …J’en ai mis du temps à comprendre qu’il était pas malheureux du tout ! Qu’il profitait tranquillement de tous les égards que j’avais pour lui comme de la chose la plus naturelle du monde , un dû à sa majesté mon p’tit frère si chéri par sa maman qu’il était donc normal qu’il le soit autant de ses sœurs !confondant par les vertus de l’idolâtrie de ma mère sa fonction de substitut d’homme de sa vie de ma mère forcément parfait avec son être réel !En fait , c’est pas du tout génétique le moâ bibemdum : c’est le résultat couru d’avance de la manière dont certaines mères adulent leur fils , adulation elle-même logiquement produite par la déconvenue sévère vécue par une épouse trompée !:de l’archi-classique , vu et revu :y a quasiment pas une bonne femme qu’ait pas fait ça : rendre son fiston imbuvable !Gare Catherine !GARE !

Bon , Éric , il est maintenant ingénieur , enfin un fils qui fait pas de conneries !il a eu que supelec , c’est pas polytechnique , mais bon , il s’est un peu rattrapé avec sa thèse de physique des particules mais bon il a pas eu de poste ni au CEA ni au CNRS ni ailleurs et il est reconverti dans une boîte qui bosse pour la fusée Ariane et où , comme y a des liens avec les militaires , y a du fric pour la recherche bien plus que dans tous les ministères !Comme je l’ai déjà dit ,il est du genre taciturne , il a des airs de gentil empoté auquel il ne faut pas se fier car ils  lui permettent en fait de ne pas se mouiller , c’est une réserve confortable qui masque le trait majeur :une avarice de p’tit vieux !pas question de dépenser ni ses sous ni sa personne !donc il n’a jamais rien à dire et il ne dit jamais rien :ses rares efforts de conversations m’ont toujours semblé pitoyables et je me suis longtemps trompée de diagnostique , attribuant ce trait d’ineptie à des malheurs d’enfance alors que ce mutisme pénible n’est que le plus sûr moyen de mettre les autres mal à l’aise et de s’assurer pour lui qu’il a toujours le contrôle de toute situation : le silence comme l’arme de pouvoir la plus efficace qui soit , je commence à connaître mais m’autoriser à voir que mon p’tit frère s’en servait à merveille , j’ai eu drôlement du mal à y croire , il a fallu m’ouvrir les yeux avec les grosses tenailles , encore maintenant j’en reviens pas : tant d’années à lui trouver des excuses au p’tit chéri d’ma mère qu’était devenu du coup aussi le mien ! Ça a été dur !il a fallu l’épreuve incontournable et qu’j’y aille pas de main morte pour que le vrai de vrai pointe enfin , qu’on voit quand même un peu émerger le lascar hautain et égoïste à souhait derrière le si gentil chéri à sa maman .Avec Vanessa , sa femme qui quand elle vous parle passe son temps à se regarder dans le miroir ou dans le moindre panneau réfléchissant lui renvoyant la splendeur rassurante de sa propre image ,, ils forment un beau couple : une répétition assez exacte du beau couple de Nicole et Jean .

 

 

Chapitre 13 : De celui qui est encore plus un accident que les autres .

 

Yves .Alors là comment j’vais faire ?rapide d’abord ça sera plus facile :des faits , car question portrait , si j’suis la chouette effraie de la famille , comme il me l‘a écrit y a six mois, ben lui alors c’est l’anguille mâtinée de caméléon , tout charme , et de nous tous le comédien grande pointure !mais pas touche , yves il a été si malheureux!

Ben si , tiens, j’vais y toucher! Merde alors , y en a marre que tous me clouent le bec ! Et tes malheurs mon frère , c’est pas que j’les ignore , mais ça me rend plus non plus aveugle sur leurs bénéfices secondaires !

Yves , il est donc né après son frère Jean-Pierre (l’accident du 14 juillet) , après sa demi-sœur Isabelle (la contre-attaque de Nicole pour récupérer Jean) et sept ans avant moi (la victoire de Nicole qui a récupéré Jean , enfin !) :c’est pas du tout confortable : si JP était une erreur , alors Yves ? Version Nicole A. ,mais il ne doit y avoir qu’elle qui y croit , et pourtant elle l’a tant soutenue qu’on peut la qualifier d’officielle du moins dans le camp A. parce que du côté Jacquette(la mère de mes demi-frères) il doit bien y en avoir une sensiblement différente mais que personne n’a eu la gentillesse de me rapporter ,donc version Nicole A. , ne riez pas , Yves est une deuxième erreur dont il faut de toutes façons éviter de parler Si c’était possible , Maman soutiendrait même qu’il n’a pas existé , ou bien qu’il est antérieur à Isabelle (pour ceux qui ignorent que mes parents se connaissaient avant que mon père se marie avec Ginette , c’est plus confortable , maman a épousé un homme divorcé point à la ligne ) , mais avec les dates de naissance yves est donc le rappel douloureux que Jean a non seulement engrossé une fille légère , qu’il a été forcé d’épouser , mais qu’en plus il a continué de coucher avec sa femme , bref c’est l’ignominieux affront , l’impensable , le démenti formel de la grande et unique passion pour elle , ma mère , qu’elle n’a jamais digéré et qu’elle a …zappé depuis toujours : ça n’a pas existé puisque je ne veux pas que cela ait existé : les mécanismes de défense de ma mère sont depuis toujours les mêmes , bien avant que le nom même d’Alzeimer existât dans l’univers familial .

Version paternelle : encore un accident , Ginette m’avait soutenu que comme elle allaitait encore Jean-Pierre , il n’y avait aucun risque qu’elle retombe enceinte : connerie !du coup me voilà avec trois gosses à 22ans , rendez compte !

Ça me revient quand même qu’il y a une version Ginette que ma belle sœur Joëlle , la femme de Yves m’a quand même racontée , mais là on distingue assez du plausible la pure vengeance dégueulasse : elle a dit à son gamin qu’il était pas le fils de mon père ! Histoire de faire savoir qu’à baiseur , baiseuse et demi !

Pour la suite , je peux m’inspirer d’une notice biographique qui traînait dans les papiers de mon père avec les lettres de l’avocat chargé de le défendre à son procès : premières fugues dès la maternelle ! À trois ans ! Pauv’chouchou , qu’était justement pas le chouchou d’sa mère qui n’aimait que l’aîné paraît-il ! Bon bref , à quinze ans il y va plus du tout à l’école et quelques années de drogué plus tard il s’est fait chopé en braquant une banque qu’il avait déjà braquée la semaine précédente ! Bien des années plus tard , alors que je me promenais avec lui près du château de Saint-Germain en Laye , je sais plus ce qu’on foutait là , il évaluait encore le prix d’un joli hôtel particulier en nombre de banques à braquer , et ajoutait philosophiquement que c’était trop facile ! Fanfaronnade ou connerie pure ? Les années passées en prison qui l’avaient passablement amoché ne lui avaient donc pas rendu le sens des réalités ? Ou bien fallait-il m’épater avec cette comédie du caïd blasé ?C’est que ce frère là je l’ai aimé et admiré profondément pendant si longtemps ? Cela l’obligeait-il à soutenir ce rôle pour éblouir  sa p‘tite soeur, laisser croire que ce qu’il n’avait pas , c’était uniquement parce qu’il ne s’en donnait pas la peine ?

Avant les années de prison , il y avait eu la descente aux enfers encore pire : came et overdoses .La dernière fois qu’il était passé à la maison , chez mes parents avant de se faire arrêter par les flics , il était plus qu’un « zombie » , c’est le mot de mon père , un zombie qu’il a dit après qu’il soit reparti mon frère ,mon père a dû dire ça avec sa mine pessimiste et effarée des grandes catastrophes : cet air -là je le déteste , il a fini par devenir synonyme pour moi quand j’ai été un peu plus clairvoyante , de « y a rien à faire » : mon père , l’homme d’action , a des passages à vide dans certaines circonstances , des fois , comme là , y a rien à faire !

Mon histoire avec mon frère Yves je la raconterai plus tard .Maintenant il vit en Bretagne avec sa femme Joëlle et leurs trois gosses , il ne travaille pas , il a peu travaillé dans sa vie , un peu quand même entre sa sortie de prison et sa vie avec Joëlle .Il est malade : l’hépatite chopée sûrement du temps des seringues , ce qui nuance un peu son côté rescapé des overdoses et du sida qui commençait tout juste quand il a été mis en taule ! Il y a deux ans , il a effectué un séjour bref en HP après un épisode de délire : il priait tout nu dans les champs aux alentours de noël , y paraît ! Voilà , il est un peu limite .Je ne sais plus rien de lui , de ce qu’il est maintenant : rien , je ne sais plus que son silence parmi le grand silence général des miens depuis que Catherine A. s’est mise à parler …Hé hé hé !!!

Ça m’a guère avancé pour m’en sortir avec le portrait de mon frère ce détour , c’est pas plus aisé : il est beau gosse , même avec ses dents abîmées par la came et la prison , même avec sa maigreur parfois limite , même quand il se laisse pousser une barbe de prophète-baba très seventies et vaguement pecno ,mais il faut pas s’y laisser prendre non plus : le négligé dans l’allure est savamment travaillé .Mon cher frère , je ne sais s’il en est persuadé lui même aussi hautement qu’il le proclame par toute ses attitudes n’est pas comme tout le monde , non rien à voir , pas un plouc , pas un beauf surtout pas , sa bête noire les beaufs , personne n’est plus sensible au beauf que lui , il les sent les détecte , les révèle , en tout cas ils l’occupent !mon frère est , même si vous préférez l’ignorer un être d’exception , un élu peut-être encore en avance sur son siècle voire sur son millénaire , il aime bien l’abyssal, ça ne l’effraie pas , rien à voir avec le ridicule beauf , qui reste toujours au ras du gazon et que symbolise par excellence un outil entre tous :la tondeuse !donc élu par la race à venir qui lui envoie des messages du futur , c’est trop énorme pour le ridicule , et comme il est pas con mon frère , là vous commencez à douter s’il a un problème ou s’il se paye votre tête : toute son esprit est au service du maintien de cette désagréable hésitation , pour lui-même d’ailleurs et pour autrui .

Chapitre 14 : Ma sœur .

 

Ma sœur maintenant : Isabelle , décembre 1956 .Alors là encore plus qu’avec les autres , j’avance dans l’brouillard , vous la rendre en peinture c’est du pas commode ! Surtout qu’elle peut avoir l’air de rien au premier abord que d’une grosse brute mal élevée ! pas s’y fier non plus : derrière elle a la bosse calculatrice de son père , elle aussi elle fait confiance à personne et se méfie de tout , elle va vous chercher la raison triviale du quoi ou qu’est-ce de c’que les autres ils fricotent et elle fait pas dans la dentelle question analyse psychologique , c’est du carré !pis y a aussi derrière son incontournable et désarçonnante brutalité surtout quand on la connaît pas ! Un abyme de candeur , une petite gosse tendre derrière tout ça qu’a jamais grandi , qu’est là sous la croûte , avec des yeux écarquillés d’une innocente qui comprend rien de rien à la vie : quand on sait qu’elle est là c’te pauv’gamine sous la carapace pas aimable , on s’demande comment elle tient les deux bouts ma sœur :la gosse au cœur tendre et sa cinquantaine dans un mois de femme mariée divorcée remariée , trois gosses , un mec qui travaille tout le temps et elle qui travaille plus mais s’occupe de tout le reste . Physiquement elle est grande , cheveux très courts , elle est carrée des épaules , la fesse plate , un tout petit ourlet de bide depuis kèk zannées , mais qui s'voit pas : t'façon pour moi elle est toujours belle ! mais si faut en donner une idée , y a rien de femme chez elle dans son allure , rien : et chaque fois que j'l'ai vu avec une jupe ou une robe ,elle avait l'air déguisée sauf quand c'est des trucs trop courts qui laissent voir ses cuisses de joueuse de tennis ! Ses vêtements , j'ai jamais compris : entre son manque de goût et le fait que si personne ne la harcèle un peu sur le sujet , elle s'en fout , ça lui fait la plupart du temps un look chaussons mais de la tête aux pieds ! un look de la nana qui a mis des vieux trucs pour faire du rangement dans sa cave !sauf que elle c'est chaque fois que j'la vois , y m'reste qu'à me bercer d'l'illusion que c'est parceque c'est le week-end , qu'elle va p'têt faire vraiment des travaux en tout cas c'est confortable et pis elle fait ce qu'elle veut voilà !Ceci dit je me suis toujours demandé ce que les autres ils pouvaient bien en penser de la dégaine de ma soeur !On peut vraiment pas d'viner que son mec est médecin et qui zont d'la tune !Ceux qui l'savent , je m'demande c'qui'zen pensent !et ses gosses qui sont quand même plus coquets , qu'est-ce qui zen pensent ? mystère !Sûrement rien d'ailleurs , c'est le drôle de privilège des gosses ça de prendre leurs vieux comme ils sont sans trop s'poser de questions , du moins pendant un certain temps ...

Isa , c'est la cible privilégiée de la parano d'not'mère alzémère :isa lui vole son argent quand elle se rappelle plus qu'il est à la banque , Isa veut l'enfermer dans une maison de retraite , Isa lui a piqué sa bagnole qu'elle a raconté dans tout C… quand ma frangine se démenait pour la lui faire réparer sa caisse !Des deux c'est plutôt ma soeur qu'a d'bonnes raisons d'lui en vouloir , à mon avis , j'vous raconterai pourquoi dans quelques temps , quand j'aurais le courage de revisiter tout l'merdier !

 

Chapitre 15 :Réflexions sur l’entreprise autobiographique .

 

J'sais vraiment pas c'qui m'a pris de penser qu'j'allais raconté ma vie ! paske question plongée dans le passé , c'est pas vraiment mon truc ...c'est l'présent qui m'intéresse , et à court terme , m'sieurs-dames ! j'suis pas douée pour les projets et j'vois pas plus loin qu'le bout d'mon nez ! Et l'passé ? aïe aïe aïe !C'est pas ça qui me chatouille dans l'bon sens , ça serait plutôt moins j'y pense mieux j'me porte ...mais y m'remonte , y m'remonte , sans qu'j'y demande rien , y m'revient , y m'tarabuste , y m'turlupine , y m'asticote , et y m'EMMERDE !mais y m'EMMERDE !....le matin , tiens , par exemple , à peine j'me réveille , et hop le v'là ! papa maman la famille les vacances d'autrefois les noëls le ski mes jouets les repas etc etc .....

 

En fait , plus j'ai avancé dans ma vie (avancé vers quoi ?mystère !) , plus je me suis rendue compte que j'm'étais pas mal trompée et que  j'avais pas forcément bien compris ce qui s'était passé .Mon passé , ça a longtemps été un magmas informe structuré par l'histoire officielle et l'hagiographie des deux astres Nicole et Jean , et quelques flashs de souvenirs d'enfance baignant dans le soleil des photos de vacances , IDYLLIQUE .Maintenant , rien que d'y retourner , et j'ai les j'tons ! c'est quoi comme illusions qui vont encore foutre le camp ? Dès qu'je gratte un peu , y a tout qui s'effrite , du vieux plâtre , et quoi derrière ?

 

Y a au moins deux périodes qui semblent bien sable mouvant : mes sept ans , mes quatorze ans :il y a des images qui me restent et de gros décalages , des calques qui coïncident plus du tout !

 

 

Chapitre 16 :De l’adolescence .

 

Allons-y ! J'ai quatorze quinze ans , je suis en seconde au lycée Jules Urhy .J'ai les cheveux longs jusque ...environ le milieu du dos pour les plus longs , mais pas de la même longueur partout , un peu tignasse pas trop démêlée , rien à voir avec ces cheveux longs sans fourche d'égale longueur que quelques greluches arborent encore souvenir de la petite enfance où on fait parfois ça aux filles , la fixation grave sur la longue chevelure comme si qu'y avait qu'ça qui comptait pour être une belle fille et que j'te les démêle et que j'te les brosse matin midi et soir , et t'as vu ils lui descendent jusqu'aux fesses , et patati et patata .J'ai une raie au miyeu ,et y tombent d'un côté et de l'autre , pas tout à fait lisses , y coupent les bords de mon visage , ça n'empêche qui zarrivent pas à cacher mes grosses joues , j'suis une ado et j'ai encore une bouille de p'tite fille avec ces grosses joues :pour l'allure Jeune fille émaciée , fatiguée , teint pâle et cernes sous les yeux , faudra que je patiente encore un tit peu ! J'suis pas non plus maigrichonne , pas de ventre , presque pas de seins , mais un p'tit cul bien rebondi et si possible bien moulé dans un futal archiserré à craquer .J'découvre aussi que j'ai pas la taille très marquée , pas du tout comme ma mère qu'a un beau creux que ça s'évase dessus dessous : bref c'est moins féminin chez moi , et pis les épaules , ben là non plus pas comme ma mère , pas d'arrondi typiquement féminin non plus  , carrées comme ma soeur  , pis je chausse du trenteneuf tout comme , sauf que j'suis pas grande et qu'ça m'fait des péniches qui m'embêtent surtout depuis qu'ma soeur mon père m'appellent Berthes aux grands pieds , qui m'font enrager jusqu'à ce que j'aille couiner dans les jupes de ma mère qui m'console mais nan t'as pas des grands pieds , y disent ça pour te faire enrager jusqu'à ce que j'entende ma mère au magasin de chaussures prévenir la vendeuse elle a de grands pieds ma fille , alors après ça comment ne pas être complexée .J'ai mes règles , depuis peu , ça me dérange quand j'les ai , pacequ'y faut y penser changer de serviettes , êt'e sûre que ça se voit pas derrière  , sous le futale archi moulant , s'teplait Zabeth , t'es sûre que ça s'voit pas ? Question hormones , y doit s'passer quelque chose , je suis plus autant à rechigner pour me laver , ça devient les douches quotidiennes , plus comme au temps où j'avais des remarques à la maison et ricanements de mon peu de zèle à me savonner et le shampoing encore moins ! Mais j'ai pas d'boutons !le bordel avec ma peau date de plus tard ! au pire quelques points noirs que j'enlève le soir , si quand même , ça commence ce délire de la traque au moindre petit truc ...je sais plus quand !

Est-ce que je suis bien dans ma peau ? est-ce que ça va avec mon corps ? grosso modo oui , je crois , mais c'est plus le corps de l'enfance increvable et insensible , c'est l'début des petites gênes , des petits malaises , des petits complexes , mais j'suis pas vilaine , je l'sais , j'ai pas le stress de la môche qu'a peur d'pas plaire .

J'dois pas êt'e bien quand même , mais je me souviens pas toujours bien , je bois , le mardi matin j'ai sport en fin de matinée , quand on est au stade sur le plateau , j'fais un crochet par la maison avant de redescendre au lycée en bas de C. , direction , la cave à vin , j'picole dans les bouteilles d'apéro , le cinzanno , le martini bianco , n'importe quoi qui me saoule vite , j'mange pas chez moi , j'évite de trop croiser ma mère et j'me tire .L'aprèm , j'suis fin saoule , j'ai anglais et français , j'm'en fous , j'peux rester planquée au fond de la classe et déconner en douce .Pourquoi je fais ça ?sais pas !ça me rend malade , j'ai jamais pu reboire depuis du cinzanno , ça me donne envie de vomir rien que d'y penser !Les vagues souvenirs qui me restent de quand j'étais dans les vapes , c'est plutôt le cauchemar : les efforts surhumains que ça me demande d'aller à la cantine et de tenir mon plateau , les regards pas bienveillants autour de moi , la nausée pire que tout , me sentir veule et plus aimable du tout ,isolée et stupide , ce qui m'sidère , c'est que j'remettais ça bravement tous les mardis , que j'rentrais le soir du lycée tout juste dégrisée et me traînant un foutu malaise , des restes d'odeur de vomi qu'il faut cacher , un mal de crâne ,et il fallait oublier , oublier tout le malaise emmagasiné pendant la cuite , le rejet diffus que suscitait ma cuite , et puis il ne se passait rien !!!!J'étais morte de trouille à l'idée de me faire choper , mais c'était p'têt encore plus dur de vivre ce truc de non sens absolu absolument toute seule !!!!

 

Chapitre 17 : Où je redouble ma terminale .

 

Je saute à aut' chose ! Que je vous raconte mon ex , Christophe , le père de mes deux gosses .C'est quand je redouble ma terminale , normal ma soeur aussi avant moi ,et on peut décemment pas décrocher son bac scientifique quand on connaît quedal aux logarithmes et rien en chimie , rien non plus aux équations en physique avec des forces , etc. et j'en passe , enfin rien de rien , une première terminale trous d'air ... donc je repique , avec un bon quart , voire un tiers de ma classe , les petits qu'arrivent de première voilà du sang neuf , du gibier ! Bof ! , en fait y sont p’utôt gringalets , boutonneux , trop sérieux , genre toujours au premier rang et ceci même quand ils occupent trois rangs sur les quatre ( le dernier c'est les glandus qui r'doublent !) .Bref je passe les premiers mois de l'année en me rabattant finalement sur des redoublants quand même moins cons que les petits jeunes même si y zont pas le charme de la chair fraîche ! Christophe , c'est l'un de ces gamins à dégaine à maman , qui moufte pas , qui suit tous les cours avec ses jambes gentiment croisées sous sa chaise , toujours à la même place au bout du rang côté couloir avec toujours à sa gauche un clone premier de la classe , mais boutonneux jusqu'au très répugnant lui ! après le très boutonneux répugnant , il y  a un troisième jeunôt sur la rangée , je sais plus comment il est exactement peut-être le rouquin , qui se révèlera le plus marrant plus tard .En tous cas pour l'aborder le christophe , pas facile ... plus protégé qu'une vierge effarouchée  , impossible de se glisser entre lui et son protecteur boutonneux ! si j'avais su ce que c'était que les tocs à c'tépoque , j'me s'rais méfiée , j'avais bien repéré le côté toujours à la même place toujours les mêmes fringues et surtout pas de changement , mais je savais pas que c'était que la partie immergée de l'iceberg monstrueux ...qu'il était déjà atteint pas qu'un peu ...et j'avais pas divorcé encore non plus, et je pouvais pas savoir que quand on change quelque chose dans la vie d'un type qu'a des tocs , on prend de sacrés risques , ça je l'ai su que vingt ans plus tard , et je me mords encore les doigts de toute l'affaire ! Ah si je n'avais pas redoublé ! Ah que n'ai été une ardente aux maths ! Ah s'il eut eu quelques boutons bien répugnants qui m'eussent détournée ! Ah si l'hiver de cette année là m'avait donné quelque gaillard plus voyou pour m'occuper !Ah si mon frère avait pu faire un an de taule en plus , au lieu de venir perturber ma seconde et j'espérais dernière terminale !( mais j'anticipe !) ...je n'en serais pas là , à me mordre les doigts et à me dire que cette année en rencontrant cet apparemment inoffensif nième premier de classe ( mais sans facilité , plutôt genre tâcheron ! ) je faisais l'une des plus grosses conneries de ma vie , si si , attendez vous verrez ce que vous verrez !

Chapitre 18 : Mon frère sort de prison .

 

Finalement , non , je ne vous fais plus attendre, tanpis  pour l’suspens , tanpis pour les finasseries , ça va être la livraison tout à trac comme un tuyau qu’enfin  l’est débouché , voilà l’paquet : ça commence , par exemple , parce qu’ évidemment ça a dû commencer avant sans que ça se soit vu , ça commence quand je redouble ma terminale , quand je perds mes un an d’avance , en 82 . Vers septembre octobre , y a d’abord Yves qui sort de prison , ouf , que c’est pas trop tôt , et qui vient à C…, il fait pitié : il n’arrive pas à se séparer de ses guenilles rapportées de prison , des vieux slips tout troués par exemple , pour lui ça peut encore servir , même si on lui dit qu’il va en avoir des neufs , quand on mange , il mange même le gras du rôti de porc , la couenne , il fait pas de reste , pas de détritus , on dirait qu’il a fait la guerre , la prison ça lui a fait ça , ça doit être pareil que la guerre .

Je ne sais plus si c’est dès le premier soir qu’il me le fait , peut-être bien , il me choppe dans ses bras , dans la chambre en haut tout au fond ( celle qui est devenue la chambre d’Eric plus grand , celle où vivait Isa à une époque puis Isa et Fabrice , où a vécu aussi sa copine orpheline Marie-Thérèse ) , il m’embrasse comme les amoureux avec la langue , avec de la salive , de la moiteur , de la chaleur ( j’ai le vertige , je vais m’évanouir ) et il commence à me caresser , je ne sais plus quel vêtement je porte ce soir-là , si je suis encore en jean ou déjà en chemise de nuit , quand je comprends qu’il me tripote partout , que rien l’arrête , qu’il a atteint mon sexe , que ça y est je suis envahie par la chaleur de l’excitation et du plaisir et plus capable du tout de résister à rien .A cette époque de ma vie , comme les relations sexuelles sont encore rares et aléatoires , dès que je suis tripotée , je glisse dans le plaisir sans retenue .Là , je me souviens d’avoir quand même eu le temps de trouver ça bizarre , de pas comprendre tout de suite ce qu’il faisait comme si ce qu’il faisait m’avait transformé brutalement en attardée mentale , en débile légère qui sourit béatement devant un accident parce qu’elle n’a pas encor compris  ce qui arrivait vraiment .Elle a pas compris ce qui arrivait vraiment , sûr !C’est pas qu’elle est complètement con , mais pour ça , elle a vraiment mis le temps pour comprendre , et je parle pas sur le moment , non , ni dans les semaines ou les mois qui ont suivi .En fait , j’ai mis vingt-cinq ans , je viens de compter sur mes doigts et j’en reste sur le cul ! putain qu’est-ce que j’ai été longue à la détente bordel !si c’était pas de moi qui s’agissait je l’croirais pas ! non mais vingt-cinq avant de comprendre ce qu’il faisait la main dans ma culotte mon frangin , si c’est pas de la lanterne rouge ,de l’aveuglement , pire que de la glue dans les yeux , de l’impossible à croire ,du feuilleton romanesque ,du cirque !!! S’il a fallu si longtemps pour que je me frotte les yeux et que j’les ouvre enfin mes quinquets pour la regarder toute nue la vraie version , la plus plausible , la plus vraisemblable , mais pas la plus facile à digérer ça non , pas la plus glorieuse et la plus douce , plutôt la plus rappeuse et la plus dégoûtante , la plus bête et méchante , si y m’a fallu le quart de siècle , c’est que ça devait pas être évident ! Il y a des choses comme ça dans la vie , il faut au moins un quart de siècle pour les digérer , on le sait d’ailleurs , les saloperies chimiques dans le corps ou dans l’environnement ça met des dizaines à s’évaporer ,l’inceste , c’est peut-être pareil : comme le plomb dans les vieilles peintures , ça fout le bourdon  pendant des siècles , et il y a vingt-cinq ans on en parlait pas , on n’allait pas mourir il y a vingt-cinq ans , la planète ne se réchauffait pas , et si mon frère mettait sa main dans ma culotte , la grosse bêtasse elle croyait que c’était PARCE QU’IL L’AIMAIT !!!!!Bon d’accord , j’avais pas douze mais dix-sept ans , j’aurais pu trouver une explication plus élaborée , mais celle-là elle était toute prête , je l’aimais , il m’aimait , ça traînait déjà depuis un bon moment , ne lui avais-je pas envoyé dans sa prison des lettres enflammées , des lettres d’amoureuse où je lui déclarais tout de go qu’il m’importait davantage que tous les amoureux qui n’arrivaient d’ailleurs guère à retenir beaucoup mon attention .J’ai dû quand même avoir un léger doute .je me suis dit que c’était peut-être la prison qui lui avait tapé sur le système , comme pour les slips troués et le gras du rôti , p’têt qu’il avait tellement manqué de femme dans ses taules qu’il me sautait dessus par erreur , mais dans ce cas , ça aurait été pas sympa de ma part de piquer ma crise , vu son état , on pouvait pas lui en vouloir !

Le lendemain ou le surlendemain , j’ai moins douté , mais j’ai encore été longue , très longue à la détente .

 

Chapitre 19 : Pendant que Maman corrige ses copies .

 

Parce que ma mère travaille dans le bureau qui est la pièce à côté .Et en plus il y a de la moquette dans le couloir et pas moyen d’entendre à l’avance si quelqu’un se pointe .Donc ça me paraît pas possible .Quand , allongée par terre dans ma chambre sur la moquette entre le grand lit et un autre meuble , avec le corps de mon frère contre le mien qui me caresse et qui m’embrasse , j’ai chaud et je suis excitée , il a ouvert et baissé un peu mon pantalon et ma culotte , je ne vois pas ce qu’il fait mais tout à coup je sens quelque chose de très doux et de très chaud qui s’insinue entre mes fesses , et rejoins ma fente , je crois que c’est son visage , sa bouche ( je connais déjà ce plaisir là qu’un ou deux amants m’ont déjà prodigué ) , et puis non je dois bien me rendre compte que c’est pas possib’ , qu’il peut pas avoir les jambes contre les miennes et la bouches entre mes fesses !  mais alors C’EST QUOI ce que je sens entre mes fesses ????Elle est normalement pas attardée je vous dis , mais alors là elle en a mis du temps à pouvoir se dire que c’était sa queue qu’il lui fourrait entre les fesses !Quel gonflé quand j’y pense , avec ma mère , l’innocente qui corrige ses copies dans le bureau d’à côté , pendant qu’il essaie de me fourrer comme si seuls au monde !C’est bien plus tard que je pourrais me dire que ce n’est pas que ça lui faisait pas peur de se faire surprendre à niquer sa petite sœur , c’est même que ça devait l’exciter et que ça l’aurait pas dérangé bien au contraire : une nique de plus à papa et belle maman !Quant à l’aveuglement de maman , c’est bien plus tard aussi que j’aurais des doutes .Pour l’heure , nous ne fûmes ni inquiétés ni soupçonnés et je ne me souviens plus de rien d’autre qui arriva ces jours-là à la sortie de prison .Est-ce cette année là ou une autre que j’arrivais exténuée aux vacances de la toussaint , dans un état cotonneux , je me revoie prendre le train pour Paris , avec mon petit bonnet noir et grenat tricoté par Elizabeth , je ne sais plus avec qui ni pourquoi , je suis à bout de nerf .

 

 

 

Chapitre 20 :A noël .

 

Vacances de Noël : je réclame de rejoindre Yves à Saint-Pierre Quiberon où il vit depuis septembre - officiellement parce que c’est loin de paris où on trouve de la came si facilement - dans la maison de famille de sa mère , avec son cousin et sa femme , qui vivent au rez-de-chaussée .Je ne sais pas trop ce que je pense alors : sûrement que je dois rejoindre mon frère chéri pour filer le parfait amour .Je prends toujours pas la pilule , alors que je baise de temps en temps en faisant gaffe aux jours de mon cycle , j’ai déjà baisé depuis mes quinze ans avec une bonne grosse douzaine de gaillards sans encombre  ,mais des nausées d’angoisse au moindre retard de règles , et il y en eut !!!Maman planning familial ne m’a toujours pas parlé de pilule ou de quoique ce soit , ça n’existe pas , ni jamais proposé de m’acheter le moindre soutien gorge non plus .Je vais partir à Quiberon avec des ovules spermicides dans mon sac parce que quand même j’ai pas envie d’être en cloque et encore moins de mon frangin : ça nous ferait un débile taré de la génétique , ça serait le bouquet , le cauchemar total-y-a-pas pire .Me voilà partie pour Quiberon , toute seule en train .Y a pas le téléphone là-bas , il a pas répondu à ma lettre comme quoi j’arrive à telle heure à la gare d’Auray qu’est quand même à quelques bornes et plus , que je sais pas comment je vais faire pour rejoindre St Pierre et trouver la baraque dans ce coin où je suis jamais venue , je suis comme je le vois parfois chez certains  ados maintenant pas très au point dans l’organisation , pas très claire , avec de drôles d’imaginations sur les questions pratiques qu’on ne gère pas pareil quand on est ados et qu’on a pas encore les mêmes droits , les mêmes facilités que les adultes .Je ne sais pas ce qu’est passé dans la tête de mes parents pour qui z ‘acceptent de me laisser partir comme ça rejoindre mon frangin psychopathe fraîchement sorti de cinq années de prison et de quelques mois d’H.P !J’ai longtemps cru à ma petite  version perso que je les avais tout bonnement convaincu parce que je voulais et que je voulais tellement qu’il y avait pas à discuter .A la gare , il y avait Yves et son cousin qui m’attendaient puisque Yves ne conduit pas , officiellement , car plus tard , il ressortira son faux permis acheté je sais plus où : papa-maman ont envoyé un télégramme pour donner l’heure d’arrivée de fifille !Le cousin est ornithologue : on fait un détour pour voir quelques oiseaux de bord de mer .Le soir on mange à quatre du boudin noir du jour qui vient d’une ferme d’à côté : du boudin noir et c’est tout .Il n’y a pratiquement pas de chauffage deux jours avant noël !Je me demande où j’ai débarqué , et je ne comprends pas vraiment ce que pense mon frère Yves , je suis incapable de me poser la question d’ailleurs : est-ce qu’il est content de me voir ? Je refoule tout , je vis tout dans un état quasi somnambulique : question d’âge ? d’expérience ? ou paceque la situation , elle est de toutes façons bizarre , de venir voir son frère chéri depuis longtemps et qui maintenant s’est mis en tête de me baiser aussi !Et qu’est pas tout à fait normal non plus ! A l’étage de la maison , dans son appartement à lui , du chauffage  y en a carrément pas du tout et mieux , les fenêtres sont ouvertes et il est hors de question de les fermer , c’est comme ça qu’il vivait en prison , fenêtre ouverte et il ne peut pas s’habituer à les fermer , il lui faut de l’air .Dans une pièce , dès qu’il est debout il tourne en rond , il marche en tournant en rond à une allure assez vive , comme quand il était en prison , il marmonne tout seul à voix haute , et ce n’est pas qu’il est pas gentil avec moi , il va finir par fermer la fenêtre à me voir grelotter comme ça , c’est que j’arrive dans un état de fatigue pas mal non plus , mais disons qu’il n’est pas commode , je suis devant lui comme devant un être énigmatique , qui me touche profondément , mais ça va aller vers le pire au fil des quelques jours passés là bas , s’il psychote moi je m’en rends pas compte dans ces termes là , ce qu’est sûr , c’est que moi je me sens de plus en plus bizarre aussi et de moins en moins réelle , et que parfois je me raccroche à mes livres ( j’ai emmené Nerval et Platon ) pour me raccrocher à quelque chose .Dans le frigo , il n’y a rien à manger , il n’y a que son fusil à canon scié comme celui de Steeve Mc Queen dans « Au nom de la loi » , il me fait une démonstration aussi sec dans le jardin , vise un moineau pas loin , le bruit de la détonation me met les nerfs sens dessus dessous , et lui se met à hurler de rire parce que de l’oiseau , il ne reste que deux trois plume , il a été pulvérisé le piaf , et moi je me demande sur quel planète je me retrouve ! La nuit , on baise , avant il boit et il fume des pétards sinon ça va pas marcher me dit-il , moi je bois un peu et j’attends , je stresse et vais aux chiottes me fourrer un ovule spermicide , quand il sort sa queue de moi , il me demande qu’est ce que c’est que ce truc , je lui dis , alors là il se marre , aucune chance qu’on fabrique un bébé tous les deux à son avis , moi j’en suis pas aussi sûre ( et pourquoi lui il me fait ça ? pourquoi il m’a laissée toute seule avec cette histoire de contraception alors que j’ai que 17 ans ?pourquoi il n’en a pas parlé ? pourquoi il a soutenu qu’il n’y avait pas de risque ? je ne suis pas si sûre , je ne connais pas encore à l’époque le dialogue entre Jack Nicholson et Faye Dunaway dans Chinatown , que je sais encore par cœur , c’est Elizabeth qui l’a d’abord retenu , ça faisait chic à réciter ? ça permettait de se lâcher un peu question fantasme oedipien ? moi ça me sidérait et je récitais ça sans penser plus loin et pour cause !!! : Jack Nicholson : Who is this girl ? Faye Dunaway :My sister .Jack Nicholson ,lui balance une gifle terrible et:Who is this girl ? Faye Dunaway : my daughter .Rebaffe monumentale .Re who is this girl ? Faye Dunaway : my sister and my daughter , sanglots, you know now , me and my father ...(phrase inachevée ) , fin de la tranche d’hollywood .Bon même si je n’ai pas encore vu Chinatown , même si je n’ai pas encore appris par cœur ce bizarre bout de dialogue hollywoodien sans me demander vraiment pourquoi jusqu’à aujourd’hui si si ! sauf que je sais que ça parle d’inceste et que c’est pas souvent ! je crois quand même qu’il y a un risque de tomber enceinte même de son demi-frère adoré et avoir un fiston qui serait en même temps mon neveu à 17 ans c’est l’idée froid dans le dos  ! Que lui croit que non qu’en penser de nos jours ? Je pensais autrefois vaguement , qu’il y avait chez lui ce goût du risque , comme quand on skiait tellement vite que mon cœur se retrouvait en position essorage de machine à laver tellement nous frôlions les limites , il m’emmenait avec lui sur des pistes noires fermées , où nous étions parfaitement seuls et où en cas d’accident , ça aurait pas été marrant marrant ,j’avais dix , douze ans , c’était avant ses cinq premières années de taules , bien avant ce que je vous raconte , je ne savais pas qu’il était camé à mort sur les pistes , je le suivais aveuglément , même quand j’avais des trouilles du diable .Je r’viens à mon mouton :goût du risque le frangin psychopathe , oui pour sûr ,risque de foutre en cloque la p’tite sœur ?Mais non voyons !!!Ben voyons , ça l’aurait fait rigoler de me renvoyer à papa maman en cloque de ses soins ?Qu’il m’arrive quelque chose c’était le cadet de ses soucis ou pire une petite vengeance contre l’enfant trop gâtée que j’étais ?J’y reviens , ça me tarabustait ce risque d’être enceinte , ça me traversait parfois l’idée que puisque c’était lui l’homme de ma vie je voyais pas de qui d’autre j’aurais pu vouloir un jour un enfant , mais il y avait la non moins lancinante idée du taré , du demeuré pour cause de croisement génétique trop rapproché ! je redoublais ma terminale et je connaissais la chanson des cours de bio .Bon , donc , il me baisait mon grand frère , est-ce que je jouissais ou pas , je ne sais plus , en tout cas j’aimais ça et ça a été ma grande découverte des vacances de noël de cette année là , baiser régulièrement , c’est-à-dire tous les jours était ma foi un truc très agréable , qui me faisait du bien et je trouvais dégueulasse cette condition de l’ado qui à 17 ans habite toujours chez papa, maman et doit se passer de sexe les trois quart du temps parce qu’il y a pas moyen de trouver un plan pour baiser quelque part tranquillement et d’échapper à la surveillance : où t’étais ? avec qui ?pour quoi faire ? Je découvrais le bien-être de la baise conjugale !Tranquille d’un côté mais pas de tous les côtés !Un matin je me réveille aux aurores , pas de frangin dans le lit , il a passé la nuit à repeindre en rose les murs gris de l’autre chambre , ça me perturbe , je trouve ça pour le coup vraiment anormal , allez savoir , le fusil dans le frigo , le moineau en charpie , les ricanements et les propos incohérents ça allait , mais le coup de la peinture ça m’a perturbé , et pourtant on pouvait aussi y voir un signe positif d’ardeur à redonner des couleurs à la vie !!!passer du gris au rose , pour un taulard traumatisé qui tournait en rond stupidement comme un fauve ça sentait le renouveau !J’ai eu mes règles .Re conciliabule : mais si qu’il me dit on peut baiser quand même , ça me dérange pas , d’ailleurs ça m’est déjà arrivé avant d’aller en prison , si si avec telle fille que je connaissais , je t’assure il y a pas de problème .Bon .Y a du sang partout sur les draps .La machine à laver de son cousin qu’est parti à Paris pour quelques jours , à l’étage du dessous tombe en panne, les draps mouillés pleins de sang se retrouvent de la machine dans la baignoire ! il râle , mais c’est ça qu’il fait laver les draps dans la baignoire , une autre fois c’est lui qu’est dans la baignoire toujours dans l’appart du cousin parce qu’en haut il y a qu’une douche , il fume et se rase dans son bain , il m’a appelée je sais plus pourquoi .C’est bizarre de le voir dans son bain , joyeux , je ne me souviens plus pourquoi .Pour le réveillon , on va en stop jusqu’à Quiberon , au supermarché avec l’argent que papa et maman m’ont donné , ça fait bizarre , c’est la plus petite qui paye , ils auraient pu lui envoyer de l’argent à lui , pour me nourrir , ça m’aurait paru plus normal , mais non , j’ai une somme , alors on prend ce qu’on veut .Moi je vais faire une salade de riz , c’est tout ce que je sais faire , lui il achète un énorme gigot , un truc d’au moins trois kilos drôlement lourd à se trimbaler , pour deux ça me semble un peu gros , pas pour lui , il va lui faire son affaire en 24h00 au gigot , il ne pense plus qu’à ça , il se frotte les mains et il dit qu’il va lui faire son affaire à ce gigot et il lui fait son affaire en 24h00 :réveillon et toute la journée du lendemain , il y revient toutes les deux heures à son gigot , en se frottant les mains et en riant du bon coup qu’il fait !A part ça , à  part tourner en rond et tirer avec son arme dans le jardin , il écrit des poèmes .Il me raconte pas mal de choses aussi , ses hold-up avec armes en plastique , ses overdoses , ses cambriolages ,les coups de types qu’il a rencontré en taule : il raconte que ce qui est amusant et pour me faire rire , il jubile lui de tout ça qui semble dans sa bouche pas plus que des petites espièglerie de gamin .Son cousin lui il m’a montré ses mygales rapportées de son stage ornithologique dans la jungle amazonienne , et puis après ses traces de morsures de mygales plein les chevilles , et pis qu’il a passé douze jours entre la vie et la mort dans la jungle parce que sa tronche ne revenait pas à un sorcier qu’avait fini par quitté la région qu’on lui a dit quand il a enfin repris ses esprits après sa quinzaine de fièvres amazonienne ! bref , question histoires à sensations c’était un noël Pierre Bellemare pour moi toute seule !

 

Et pis , la découverte du cul !!! Une fois peinte en rose la chambre , on est à poil tous les deux , et il me dit de me retourner , de me mettre à quatre pattes .Moi : ignorance TOTALE !!! qu’est-ce que c’est que ce truc , bordel qu’est-ce que c’est excitant !!! Mon frère m’enfile comme ça avec gros plan sur mon cul !!!Putain , je n’en reviens pas et ça m’a drôlement plu ! Un jour , plus tard , j’ai déclaré que c’est là , ce jour là , quand mon frangin m’a prise en levrette que j’ai découvert l’érotisme : l’amour dans les bras comme-des-zamoureux , c’était fini terminé emballé expulsé : il y avait bien mieux que ça : il y avait le cul , la baise , les trucs obscènes , crus , terminé le tralala à l’eau de rose !!!

 

 

Chapitre 21 :Retour à la réalité .

 

Dans quel état je reviens chez papa maman et retourne au  lycée ? Je ne sais plus ! Je dirais quand même un peu « chose » , « chose » vous voyez c’que je veux dire ?En fait , je ne suis pas revenue , j’ai la tête ailleurs , j’ai la tête là-bas , j’ai la tête abrutie de celle à qui il est arrivé quelque chose et qui ne comprend pas quoi ! Bref , j’ai l’air d’une adolescente typique : à côté de ses pompes !Mon frangin à qui j’ai demandé ce qu’il pensait de l’idée que je reste , que je ne retourne plus à l’école et que je vive avec lui m’a répondu  qu’il n’y avait que moi qui pouvais décider pour moi .Comme je lui avais demandé ce qu’il voulait lui : que je reste ou pas , j’ai pris ça comme une absence d’acquiescement , et j’ai repris le train et le lycée en étant bien contente à l’idée de pas devoir devenir caissière pour gagner ma vie !!!Epouser mon frère :oui , mon avenir au supermarché du coin : non ! Ouf ! Je l’ai échappé belle !!! je me sens quand même comme une revenante , une survivante de la méga catastrophe : le gros scandale que ç’aurait été que ça devienne public , et en tout cas su des parents que fifille se fait baiser par son frangin et qu’elle gagne sa croûte avec un boulot de merde au lieu de passer son bac !

 

Lycée : reprise de mes activités normales : lequel des petits crétins de ma classe , je vais me faire ?Je les passe tous en revue , l’un après l’autre , même les premiers de la classe , et même les boutonneux ! Je les drague , passe une ou deux après midi dans leur bras à nous user en baveux baisers et en tripotages furtifs et je les garde une ou deux semaines quand ils sont vraiment agréables , sinon c’est tout j’ai vu  , en général même avec ceux qui me plaisent , c’est vite fini parce que ça veut vite des prérogatives , ça voudrait être l’unique , qui m’empêcherait de passer au suivant ! et question coeur , je l’ai déjà dit , je suis ailleurs  , ici c’est que mes hormones qui réclament …Bon , me voilà chez un des premiers de la classe que ma copine redoublante comme moi et polonaise a repéré comme petit mec dont on peut tomber amoureuse, elle , elle est plutôt appétissante mais avec un grand nez c’est vrai mais je lui dis que sans son nez elle serait quelconque , et elle a envie , elle est au bord de me croire Yannick Sopeck ! , et parfois elle cède à sa libido quasi contre elle-même et on s’embrasse fougueusement : on joue aux lesbiennes pour choquer , j’irais bien plus loin mais c’est déjà ça !!!elle n’est pas grande mais bien charpentée , des seins : bien , pas trop petit , même plutôt généreux .Elle a la peau blanche et les joues bien roses , elle a souvent les lèvres gercées , elle parle fort , rit beaucoup , bref elle est bien vivante mais la voilà avec des airs languides à reluquer le petit gringalet à l’air pincé avec un duvet de moustache kéké à souhait !!! voilà pourquoi elle m’a embarqué chez lui pour une séance ciné à domicile un matin où on a deux heures de trou , paceque le sérieux kéké , ses parents ont acheté un magnétoscope !! la nouveauté des nouveautés !Nous bien sûr , le film , c’est un prétexte ! on s’en bats les couilles , on est juste venu pour draguer , pour voir ce qu’on pourrait en tirer du petit gars , bavarder , voir … et ben non , il nous lance un hitchcock  et il se barre dans sa chambre faire des maths !!!!Moi , un film , ça suffit pas à capter mon intérêt ! je suis ailleurs , à la masse , et je dois avoir l’air d’une vraie camée alors que juré je suis blanche comme une oie . Bref , ma polonaise a pas l’air d’avoir du succès , du coup , je ne sais pas d’où ça m’est venu de m’y atteler et de faire tomber la citadelle Christophe P. , petit morveux sérieux au visage doux d’enfant qu’a pas encore mué sauf de la voix et du duvet fin signalant une hypothétique moustache à venir ! Quand je m’y mets , ça traîne pas : je suis jolie , et ça doit les tenter !!!

 

 

 

Chapitre 22 :Où si j’avais su , j’aurais pris mes jambes à mon cou …

 

Draguer , à cet âge-là , dans ces eaux là , cette ville pauvre de C*** qui a pour centre névralgique la gare , les trains pour Paris , ailleurs qu’ici en tout cas où il n’y a rien , rien à voir , rien à faire , des commerces merdiques , avec des môchetés de Province d’un autre siècle ou des trucs de pauvre, alors qu’on est à une demi-heure de train de Paris .Pour vous dire , parfois j’allais visiter de fond en comble la grande Quincaillerie près du pont sur l’oise , rien que parce que il y avait de tout ,des choses brillantes , des outils , et puis j’allais me moquer de la vaisselle et des babioles du pire goût ! voilà les distractions : et donc je me suis retrouvée dans un bar près de la gare avec Christophe , on y a passé l’aprèm’ , on a bu du coca ou de la bière , on a joué au flipper , on a parlé chacun de nous et de nos idées d’avenir les plus folles ! moi peut-être être artiste ?je sais plus , lui en tout cas c’est sûr c’était médecin sans frontière et aider les pauvres .(ça lui a passé !) Et ce qui est arrivé , c’est qu’on s’est mis à rire à fond tous les deux , comme si qu’on était tellement ravis l’un de l’autre, comme si que c’était la rencontre miraculeuse !!! Pourquoi ça dure avec çui là ? pourquoi ça s’est passé comme ça , qui m’a pu lâché , et que j’en ai eu pour vingt ans de Christophe P. et deux fils que j’éduque tant bien que mal à mi-temps sans jamais croiser leur père qu’habite à deux-cent mètres de chez moi !!!!

 

Je suis , à ce que je me rappelle dans un état de mélancolie après ce qui s’est passé à noël : le boudin noir sec , le cul , les flingues et la repeinte en rose de la chambre par l’ex-taulard qui tourne en rond .J’ai pas trop le goût de vivre et ce gamin qu’est Christophe , avec son côté vierge , exalté ,ça me fait quoi au juste ? Je ne sais pas , en fait , je comprends pas : c’était pas mon genre , il était trop coincé , j’avais eu bien des potes plus extravaguants , bien des mecs sexys , bien gaulés , plus hommes et plus cultivés ! Y en a une pelle qui m’étaient proches , qui auraient demandé que ça que je reste avec eux : Fabrice C. ,le dandy , le gars hyper sexuel qui vivait plus chez ses parents , le surdoué qui voulait faire de la recherche en bio ,et puis Antoine , et le beau Vincent qu’était le pote de François-Pierre et qu’est mort dans un accident du coucou qu’il pilotait il y a trois ans : bref , j’ai eu le choix !!!!Alors qu’est-ce qui s’est passé pour que je reste avec un qui ne me convenait pas , qui ne parlait pas , qui était têtu pire qu’une mûle incapable de changer ce qu’il avait décidé , qui était palot , sans personnalité à part sa mûlerie de chien sauvage !Il savait ce qu’il voulait , ça au moins on peut pas dire le contraire .Quand on a commencé à baiser , je sentais ça , parfois , que ce qu’il voulait il le prendrait , et il avait pas toujours d’égards pour moi !

 

 

 

Chapitre 23 :Mes problèmes de contraception , suite , mais pas fin .

 

Bon , à c’t âge là on fait des trucs du genre , tu me raccompagnes jusque chez moi et pis quand on y est eh ben j’te raccompagne un petit peu dans l’autre sens , quand on habite à un ou deux kilomètres c’est des trucs qui durent .Un soir sur l’allée de lorraine derrière chez moi , le long des troënes ! toutes mes histoires d’amour ont gardé une odeur de haie de troënes !!! Je n’arrive toujours pas à mépriser ces haies de troënes de pavillons de banlieue !!!Un soir sur l’allée de Lorraine derrière chez moi , je me demande si ça y est il va enfin oser m’embrasser , il se tortille  , je sais plus si je lui suis venue en aide , p’têt bien ! Après , je crois que le cul est venu très vite avec lui ! on a réussi à coucher chez l’un ou chez l’autre les rares fois où on avait la baraque libre !Il s’occupait pas trop et même pas du tout si y risquait de me mettre en cloque ! apparemment son éducation avait fait de lui un de ces petits cons pour qui c’est pas leur problème , du moment qu’y avait l’aubaine de pouvoir baiser y s’posait pas de question !Ben voyons !!!Moi qui prenait pas la pilule , non non , avec ma mère planning familial on parlait pas de ça à la maison , ou bien , pour sa majesté la reine mère à l’éducation catholique-chez-les-bonnes-sœurs si si  , il était hors de question , ça n’effleurait même pas son esprit que sa fifille avait la moule qui la démangeait de se faire asticoter reluire et tout l’barda , non non pas question de la mettre à l’aise , ou ne serait-ce qu’à l’abri , non non tu ne baiseras pas ma fille et silence sur la question , bref je prenais pas la pilule et c’était la contraception rock’n roll comme zavez déjà pu l’entrecouiquer , je baisais à la calculette des jours de ceci cela , de temps en temps un ovule , quand j’y pense y avait que François-Pierre qui avait des capotes , que son père , grand soupirant de sa majesté ma mère , éduquait proprement en lui disant mon fils gare où tu fous ta queue de pas te retrouver père comme un con !Bref ! entre être moderne et avoir l’usage des capotes et ne même pas poser la question à une meuf sur comment elle gère ou pas le côté contraception : y a quand même  la possibilité de pas être mufle complet –irresponsable !C’est à cette catégorie là qu’appartenait pourtant Christophe P.: et j’ai attribué benoîtement à de la timidité ce qui était en fait une sacré pente à la misogynie non déclarée comme il se doit après 70 , ce que j’ai découvert que plus tard , mais patience … ne sautons pas par dessus la sainte chronologie , car certes l’inconscient l’encule la sainte chronologie ! mais moi ,elle continue à m’éclairer ! et y a toutes sortes d’étapes entre la découverte de la levrette via mon frangin et mon avortement la veille de ma rentrée en Hypokhâgne .

 

Bon , donc Christophe P. est entré dans ma vie , et je sais pas encore à ce moment là que j’en prends pour vingt ans !!!

 

Chapitre 24 :Les Vacances de Pâques arrivent …

 

Janvier 1982 à Avril 1982 : je me souviens plus de rien d’autre de particulier .Par contre les vacances de pâques furent riches et mouvementées : j’ai la maison pour moi toute seule : papa maman et le petit dernier partent en vacances , j’ai dû faire je ne sais quoi pour rester plutôt que d’étouffer avec les vacances en famille et je sais plus si leurs engueulades sont calmées mais dans le doute j’ai assez donné et eux y s’méfient d’emmener la méga chieuse quand elle s’y met ou bien ils préfèrent pas me voir , pas savoir : c’est d’ailleurs ce qui caractérise le mieux leur attitude générale à mon égard : pas vu pas su !Pour eux c’est la vie de monsieur le député et madame , y planent sur la réussite des roses , y s’la jouent , peut-être qui sont allés à la martinique avec les billets d’avion via l’assemblée nationale , Papa va bientôt prendre pour maîtresse la voisine d’en face , que ma mère appelle alors « l’été meurtrier » à cause de ses décolletés et de son empressement à sortir dans le square dès qu’un bipède à queue s’y pointe , elle s’appelle pas encore « Nicole deux » , bref côté papa maman , je dois passer mon bac et eux font comme si de rien n’était comme d’habitude .

 

J’ai la baraque pour moi toute seule , et de son côté  Christophe P. , lui , il a fait croire je sais quel bobard qui tient à moitié debout à ses vieux pour venir habiter ici ! Du coup je vais être aussi emmerdée car pas moyen de le renvoyer chez sa mère !Bref , les jonquilles sont en fleur apparemment tout va bien .Yves m’a juste passé un petit coup de fil et je lui ai dit que j’étais seule à la maison , lui je lui demande où il est , il me dit en Bretagne , il ment , j’en suis persuadée , ça me traverse la tête comme un éclair : Amsterdam , la ville de la drogue ! mais bon il dit qu’il est en Bretagne .En fait , il ment , je sais pas comment j’ai deviné , il était  bien à Amsterdam comme il me le dira quelques jours plus tard : on se fait de la transmission de pensée entre nous , c’est pas la première et pas la dernière . Et comme je le verrais aussi quelques jours plus tard , il a de belles traces de piquouse sur les bras mais « c’est rien , c’est vraiment pas grave , mais non je vais pas replonger ! » ,t’inquiète comme on dirait maintenant , t’inquiète comme dit mon neveu à sa mère alors qui va pu à l’école et passe ses nuits elle ne sait où !

 

J’sais pu tout l’détail : je passe la nuit dans mon lit avec Christophe P. : on baise sans relâche comme deux jeunes chiots à qui on a enfin lâché la bride et avec l’énergie de sportifs des gamins de notre âge : à un moment vers le petit matin , Christophe P. se plaint « Quoi ? tu veux encore ? » Ah bon ! on arrête là ? Monsieur est fatigué et me le fait savoir comme vous pouvez le constater , avec élégance, tact, amour ! Ah bon , c’est seulement moi qui voulait et monsieur qui s’exécutait !connard ! mais à cette époque , je disais pas « connard » , je ravalais ma salive , mes larmes et mon humiliation , et y me venait pas à l’esprit que si je ne souhaitais pas abandonner encore le terrain à cinq heures du mat , c’est que je n’avais pas joui ,enfin c’est pas sûr , parce qu’il me suçait aussi et pas à moitié , mais il me tringlait aussi et pas qu’un peu non plus  , c’était donc facile de dire stop après sa nième éjaculation , on est vigoureux à dix-sept ans !,mais moi je voyais pas pourquoi c’était maintenant et pas autrement !

 

Huit heure du mat , branle-bas de combat , on frappe contre mon volet à toute volée , merde qui c’est planque toi et si c’était les parents , on frappe maintenant à la porte d’entrée merde j’ai pas dû entendre tout de suite qui ça peut être , putain merde vite mes fringues .J’y vais prudemment et j’ouvre d’abord le volet de la cuisine : stupeur , c’est Yves un sourire comme on dit jusqu’aux oreilles ! Je vais lui ouvrir la porte , est-ce qu’aussitôt il m’enlace m’embrasse ?Et voilà , c’est là que ça commence le truc délirant , le piège , les mensonges dans tous les sens qui vont durer quelques jours où on va vivre à trois dans cette baraque , mon frère , mon mec et moi , en maintenant des fictions hallucinantes : Yves fait comme si j’hébergeais un copain mais fait comme si il ignorait tout de ma relation plus qu’amicale avec lui , Christophe fait comme si il ignorait tout de ma relation  « très » particulière à mon frère , or il n’ignore rien , je lui ai tout avoué et c’est la condition même pour que je garde un mec , qu’il accepte qu’avant lui , dans mon cœur , il y a ce frangin psychopathe qui me baise aussi !Bref ils la jouent l’un vis à vis de l’autre devant moi : je sais rien , je suis pas au courant , pour moi y a pas de problème !!!et ils couchent avec moi tour à tour et me voient disparaître avec l’un ou avec l’autre régulièrement pour quelques heures sans moufter : faut l’faire , c’est la prouesse que tous les galants du monde parviennent pas !!!!C’est la politesse exquise du je t’en prie après toi non vas-y baise la toi le premier mais faisons comme si nous savions rien ce sera plus commode …Moi je n’en garde qu’un sentiment de brouillard , la chatte en compote et la tête dans le cul !Le frérot y débarque comme ça sans prévenir , j’ai eu le temps de lui dire que j’avais un pote qui dort là (dans la chambre du petit frère en bas juste à côté de la mienne , j’crois bien , comme ça il a dû être aux premières loges quand c’était mon frangin qui faisait grincer mon lit juste d’l’aut’ côté d’la cloison ) , bon , y m’dit on va là haut : je sais pas pourquoi on se retrouve dans le bureau des parents sur le canapé , volets clos , c’est le matin , mon frère a manifestement envie de tirer un coup , moi j’en peux plus , il insiste , j’sais pas dire non , bref me voilà derechef ramonée , je comprends pas que mon frère s’aperçoive pas que je suis sûrement déjà remplie de foutre à raz-bord ! je me laisse faire mais le cœur n’y est pas , ma libido d’excitée de première a foutu le camp momentanément et ça se comprend bien ! Pourquoi j’ai pas appris  dire non : c’est simple : je suis une fille .C’est la première fois que je sens que ma chatte en a marre et qu’elle crie repos !C’est une nouvelle expérience , comme toute enrichissante !

 

 

 

Chapitre 25 : Catherine et les deux larrons .

 

Christophe sort le grand jeu , gentil , discret , aimable .Impossible de le renvoyer chez lui comme j’aurais voulu pour être tranquille because le pipeau monté à ses parents , et pourtant ça m’a p’ têt énervée de pas pouvoir décider mais il fait son cirque queue basse j’ moufte pas .Il s’incruste et le voilà donc à briller par ses talents de marmiton : soufflet au fromage pour le repas du soir à trois dans la cuisine : y aurait vraiment eu de quoi que j’ disjoncte , c’est que plus tard qu’elle va décompenser fifille mais sans rien comprendre encore ni tout de suite ni plus tard ni après ni vingt ans non plus plus tard mais encore après et y a pas longtemps d’ailleurs si j’avoue tout ! Mon cher frère Yves avec air con évaporé : « Tu es cuisinier ? » , sourire tout aussi crétin de Christophe P. , heu heu comment a-t-il pu croire , non non , je suis au lycée , ben bien sûr , ben voyons , tiens avec le vin blanc , ce qui serait pas mal c’est un petit pétard et puis après j’irai faire un petit tour avec ma sœur …

 

Sans rire , je sais pas comment ils ont fait pour monter un truc pareil , pour se mentir , surtout le P. qu’est jaloux comme on fait pas et dont j’essaierai plusieurs fois de me débarrasser encore , pour cette raison là et pas une autre , de ses crises de jalousie quand moi il me chante de sortir ou de coucher avec qui je veux , et puis après je laisserai tomber , parce qu’à ce moment là de toute façon c’est cuit pour moi , la libido j’en ai plus , ma chatte elle supporte plus les bites et je vois plus comment je pourrais faire pour draguer dans ces conditions . Non vraiment , je sais pas ce qu’ils ont bricolé , je peux que faire des romans , conjecturer d’après leurs portraits ,partir des conséquence sur votre serviteur ( y a pas de féminin à c’mot là !!!  « servante » ça fait trop Cendrillon !) : bon ben allons-y !

 

Christophe P. vu que quand il m’a attrapée ne m’a plus jamais lâchée , c’était pas mon demi-frère psychopathe qu’allait le décourager, quand il m’a attrapée , y m’a pu jamais lâchée , encore maintenant après le divorce , y s’agit de rester en guerre parce que de l’histoire avec Catherine A. on se remet jamais , on passe pas à autre chose et on va lui faire payer de nous avoir quitté : donc P. , y a sa mère , y a son petit frère : ça c’est la faute impardonnable de la mère , donc on se venge de maman , pis y a Catherine et c’est comme maman , re , on la lâche pas , une fois qu’on la tient , c’est terminé : comme ces macchabées à qui on peut pas desserrer  les doigts et comme ces gosses nerveux qui agrippent leur mère comme des forcenés et qu’ont manifestement pas appris à être découragés suffisamment dans cette entreprise !! Alors le mâtin , il sait qu’il récupèrera son bifteck (moi) , et il fait pas de vagues , il sait faire ça attendre son heure .Ou bien , au fil des années je surprendrai Christophe plus royaliste que le roi sur le terrain de mon frère Yves , le premier à le déclarer être extraordinaire , hors du commun , à peine mortel , ne raisonnons pas comme avec un comme tout le monde puisqu’on est en face de l’énigme , du comportement de l’illuminé que nous z’aut’es on suit pas ! Bref , soit que Christophe P. vive au travers de moi , pensant «  comme Catherine »  et commençant bravement toutes ses phrases par : « comme Catherine dit… »pendant tout une époque , n’ayant jamais d’autre opinion que les miennes et pour longtemps ! il aurait adopté ma famille , mon frère Yves , ma passion pour lui et qu’il me baise aussi ou plutôt m’ait baisée !soit que Christophe P. ait pensé qu’il pouvait prolonger indéfiniment le quiproquo de départ ayant trouvé en mon frère un qui veut bien jouer au con à faire comme si de rien n’était pour voir jusqu’où l’autre s’enfonce , y se seraient entendus donc pour faire comme si .Là je peux pas ne pas penser au mépris de mon frère pour les cons , il se serait payé la tête du Christophe  comme ça dès le départ à voir jusqu’où irait ce petit crétin dans la veulerie du mec qui ne réclame pas son bien , qui ne défend pas la possession de la fille de son cœur , ou tout bonnement en croyant le tromper , en jouissant de rendre cocu le copain de sa frangine qu’imaginerait pas que le danger puisse venir du propre frère ! Cette version que je me monte  d’un sacré mépris de la part de mon frangin est furieusement  contredite par l’aveu récent et détourné , et tardif d’une indéniable admiration au contraire de mon frère pour Christophe , qu’il affuble des facultés du faucon , animal extralucide comme chacun sait et « faux con » comme il ajoute finement  mon frère ( toujours le même dans sa version psychotique , vous me suivez) ,ce qui n’a pas peu contribué à mon enfin dessillement d’yeux .Certes ! Mais enfin  entre 1982 et 2007 les choses entre eux avaient pu changer .Reprenons les hypothèses , version une deux , d’un côté de l’autre …passons tout au peigne fin …laissons plus échapper l’moindre indice …

 

Bon , que pense le Christophe de la situation ?En tous cas l’en dit rin , l’en laisse surtout rin voir , m’en fera voir ensuite mais l’air de rin , ‘videmment !Vous verrez …

 

Le Yves : c’est les eaux troubles itou ! Comme si y avait pas moyen de trouver à sauter quéquin d’autre ?Elle a un amoureux de son âge ma frangine , un petit propret qui va faire ses études de médecine l’an prochain alors que moi j’ai quitté en seconde le lycée y a lurette , que j’ sors de taule et que je suis pas encore tout à fait certain que j’vais réussir à être calme , à pas remettre ça les conneries contre ces putains de flics qui excitent salement ma veine haineuse et très très moqueuse !Vous verrez ,vous verrez ! De ce côté là non plus le feuilleton l’est pas terminé : y a des rebondissements qui s’préparent à la Steeve Mc Queen !

 

Bon , c’est pas que j’en ai fini avec ce rayon , mais bon , faut que j’laisse un peu reposer la pâte !Et puis c’est du puit sans fin quand on se penche ! de la toile d’une araignée qu’aurait particulièrement le goût du labyrinthe !On est dans les tréfonds très au fond  de l’âââme humaine et qui plus est  qui me conduisent du statut de petite salope qu’a le feu au cul à celui d’hystérique frigide confite d’angoisses pendant la quinzaine d’années qui s’annonce .Normal que ce soit l’énigme qui m’passionne encore du comment du quoi du qu’est-ce qui m’est arrivé !!! Je vais reprendre le fil du racontage .Qu’est-ce qui se passe au printemps 82 et la suite et qui s’est pas encore envolé de ma mémoire ?

 

Chapitre 26 : Les résultats du bac , le mariage du fils des voisins , et « l’été meurtrier » .

 

C’est une journée intéressante de la fin juin , le jour où j’ai déguisé Christophe en fille , où j’ai quand même eu mon bac , et raconté pis que pendre de mon père à l’ « été meurtrier » qu’en a justement  profité pour mettre le grappin sur l’ député maire et voisin d’en face , un peu avant , un peu près , en tout cas dans ces eaux-là .

Dans l’après-midi , nous sommes seuls , Christophe et moi : je lui ai fait enfilé ma robe jaune bouton d’or en cotonnade un peu transparente et je lui ai peint ses petites lèvres froncées avec un rouge à lèvre rouge vif , bien pute !comme il est pas archi-viril ça passe , mais c’est pas encore assez efféminé à mon goût .D’où sort l’idée ?Je sais plus ! Avec le recul et mes petits jeux de ces dernières années de transformer quelques hommes en petites putes à jarretelles suceuses de queues , ça m’ébahit ! On a de la constance dans les idées , on sait pas d’où ça sort !Branle bas de combat avec la revenue fracassante de Madame ma mère et une copine à elle : voilà qu’y faut encore se dépêcher de cacher le pire , se rhabiller , refaire le lit avant d’ouvrir la porte de ma chambre ! mais bon là , non , on a pas eu le temps de remettre Christophe en ordre tellement Maman est pressée ,et c’est en robe jaune d’or sous laquelle il a remis son slip , que Christophe , et moi , sûrement livide de trouille et chevrotante , nous apprenons la nouvelle par Maman que ça y est nous avons notre bac youpi ! ouf ! gros soulagement pour maman tout de même , sans mention aucune mais tant pis du moment que vous l’avez !Youpi fais-je pour donner le change et priant pour que maman ne s’aperçoive pas trop du désordre , des traces de baise , ne s’offusque pas de mon copain en robe etc. et prenne pour l’émotion du bac , ma pâleur et tremblote de fifille surprise au milieu de ses activités privées ! Bref , l’avoir mon bac m’a fait ni chaud ni froid , et d’ailleurs , j’avais laissé maman aller sans moi aux résultats .

 

Le soir c’est le mariage de Pascal B. , le fils de Denise et Michel B. , des amis profs de toujours de mes parents , qu’habitent dans le même square de pavillons après avoir habité dans le même square de H.L.M. que mes parents .Toute la clique des amis profs est invitée à la soirée au centre de rencontres juste après la poste .J’ai pas pu emmener Christophe , mais je l’ai rencardé à minuit dans le jardin , toctoc contre mes volets quand il sera là .

En attendant faut que le temps passe  à ce fichu mariage , j’ai dû picoler et Claudine , la sœur aînée de François-Pierre , encore plus que moi , elle doit avoir 25 ans au moins , et toutes les deux on entreprend Nicole S , la voisine d’en face de chez mes parents , la fameuse « l’été meurtrier », une belle femme , et moi je m’épanche , racontant combien est dur le sort de la fille du député-maire qu’en a rin à cirer de sa progéniture , qui fait jamais attention à moi , que j’existe pas pour lui , bref mes jérémiades habituelles dont je ne sais plus de nos jours si elles correspondaient réellement à ce sentiment d’abandon et de manque  issu d’un oedipe en pleine forme , d’une réelle indifférence de mon père , marquée , du genre ma fille cadette je la regarde pas , j’ai déjà pas été claire avec l’aînée alors ne remettons pas ça , ou tout simplement du mimétisme d’avec maman se plaignant éternellement de l’égoïsme et du manque d’attention de mon père , leçon que je répétais et ânonnais sans en avoir conscience .Claudine draguait un peu Nicole S. , et moi , je poursuivais en faisant le perroquet de maman cette fois-ci consciemment , mais l’air de rien en déclarant à Nicole S. que son mari avait vraiment l’air d’un crétin et qu’est-ce qu’elle faisait elle avec un mec pareil !Propos dont je ne sais pas si l’ « été meurtrier » comprenait qu’ils n’étaient pas du crû d’une gamine comme moi mais venait d’un sournois petit règlement de compte de ma mère , très indirectement .Le mari de Nicole S. , très bricoleur , très jardineur , qui sait plus quoi faire après son boulot et son entraînement de volley  ,avait construit un barbecue maçonné somptueux dans son jardin , et quand maman eut raconté qu’il n’avait évidemment pas saisi l’ironie dans le compliment qu’elle lui avait sorti : « c’est Versailles » à propos du dit barbecue , c’en fut fait , fini plié , le déjà peu estimé mari de l’été meurtrier était définitivement versé sur la liste des hommes méprisables et méprisés par maman . Je crois même que c’est Claudine que ça amusait qui s’était chargée de bien débiner le mari de Nicole S. , vexée ? , peut-êt’e bien ! Qui s’est bien vengée depuis ! puisqu’elle a fini par lui piquer à ma mère son mari ! ça lui a pris 13 ans et même plus pour arriver à du définitif , mais elle a réussi ! Le bricoleur –jardineur , lui il s’est remarié , avec une militaire , et ses volets sont toujours frais repeints en face de chez ma mère et le gazon bien tondu .

Nicole S. , je sais pas si elle couche déjà avec Papa à cette époque où elle me laisse gentiment lui parler de mon vilain père , ou si ça , et nos petites vexations via son mari beauf accélèrent le processus …On sait jamais …j’ai pas su , j’ai jamais très très confiance en cette numéro deux .La Claudine vraiment saoule danse honteusement autour de Nicole S. Je sais pas si il y a eu scandale ou pas plus tard .je suis plus là , je rentre avant minuit , mes parents sont déjà rentrés , couchés .Je dois pas être très nette parce que j’arrive pas à faire pas de bruit quand j’ouvre ma fenêtre , mes volets et m’apprête à rejoindre Christophe qui m’attend dans le jardin .Je suis assise sur le rebords de ma fenêtre et sur le point de sauter quand maman débarque dans ma chambre et me demande ce que je suis entrain de faire !Christophe fait un bond en arrière , elle n’a pas eu le temps de le voir , je n’ai plus qu’à jouer la petite comédie de la fifille saoule qui sait pas trop ce qu’elle fait exactement et qui obéit bien gentiment à sa maman quand celle-ci lui dit qu’il ne faut pas faire ça , qu’il faut que je me couche , et que c’est l’heure de dormir .J’entends néanmoins un certain effarement dans sa voix quand revenue dans sa chambre elle annonce à mon père : Jean , ta fille était en train de passer par la fenêtre !

 

Une autre fois , c’est à une heure du mat que le téléphone sonne et réveille papa et maman  , pendant que Christophe se rhabille , passe par la fenêtre et que feignant d’avoir aussi été réveillée par la sonnerie j’apprends que les parents de Christophe sont morts de trouille parce que leur fiston qui passait la soirée chez moi n’est toujours pas rentré !

 

Ma première plaquette de pilule ,  je l’ai jamais prise .Voilà comment s’est arrivé .

 

 
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